Volume 36 Numéro 10 - 22 février 2019

Prix d’excellence en agriculture Pierre-Bercier : Madame Legault, une femme sur tous les fronts!


L’Union des cultivateurs franco-ontariens remettra le 12e Prix d’excellence en agriculture Pierre-Bercier à Madame Odette Charbonneau-Legault de L’Orignal le 21 mars prochain. Photo Martha Jullian

Par Martha Jullian


L’Union des cultivateurs franco-ontariens remettra le 12e Prix d’excellence en agriculture Pierre-Bercier à Madame Odette Charbonneau-Legault de L’Orignal le 21 mars prochain. Pour l’année de son 90e anniversaire, l’UCFO voulait récompenser une personne à la hauteur de ses ambitions et Madame Legault est apparue comme la candidate désignée. 

L’agriculture : une évidence

Élevée dès l’âge de 3 ans par son grand-père puis sa belle-sœur suite au décès de ses parents, Odette Charbonneau est née les mains dans la terre. Fille et petite-fille d’agriculteur, Odette a grandi sur la ferme avec ses nombreux frères et sœurs. «À 10 ans je faisais la traite des vaches, à 14 ans je montais le foin à la fourche et j’allais couper du bois dans la montagne».

Odette Charbonneau a confirmé sa passion pour l’agriculture en intégrant le club 4H. Les valeurs telles que : honneur dans les actes, honnêteté dans les moyens, habileté dans le travail, et humanité dans la conduite, ont forgé son développement personnel et ont encore aujourd’hui une place importante dans sa philosophie de vie. «C’est grâce à ce club que je suis qui je suis aujourd’hui, ça m’a appris la fierté d’accomplir quelque chose de bien et l’importance du travail bien fait.» Elle faisait également partie de la jeunesse agricole catholique.

C’est également lors d’un concours agricole que Madame Charbonneau a rencontré l’amour : Louis Legault. À l’époque de leur rencontre, Louis Legault possédait un troupeau modeste de quatorze vaches laitières. Désireuse depuis toujours de fonder une grande famille, Odette et Louis se sont mariés en 1954. Comme disait son grand père «une femme qui fait un enfant, ça vaut un 5000 pièces de plus». Ainsi ils ont eu six enfants; Pierre, Louise, Francine, François, Gabriel et Louis-Philippe, tous nés dans l’amour de la ferme familiale. En même temps que la famille s’agrandissait, le troupeau atteignit 125 bêtes. Cependant, à la naissance de leur quatrième enfant, François, Monsieur et Madame Legault pensaient à changer d’activité agricole, car cela devenait difficile financièrement, pour obtenir une meilleure rentabilité malgré l’aide des enfants.

Madame Odette Legault en action dans Les Serres Legault dont elle est la co-fondatrice. Photo Gracieuseté.

Ils produisaient des choux, du sirop d’érable et élevait des dindes. À la naissance de Gabriel, le 1er avril 1962, c’est en discutant avec l’un des voisins de la Ferme des Legault que l’horticulture leur est apparue comme la solution idéale. «Louis avait les idées et moi je les accomplissais» a souligné Madame Legault.

C’est à la suite de cette révélation en 1963, que le couple fonde Les Serres Legault, faisant la préparation des semis, offrant des plantations intérieures et extérieures ainsi que tous les outils d’horticulteurs. Depuis, Odette Legault dit à qui veut l’entendre «J’aimais ce que je faisais, l’agriculture ça rime avec le bonheur. Si tu sèmes le bien, tu récoltes le bien».

«Une culture qui oublie son passé, c’est une culture vouée à disparaître»

Malgré une famille nombreuse et un travail ardu sur la ferme, Madame Legault a toujours trouvé le temps de concilier son dévouement pour l’agriculture et son engagement social. «La meilleure vie c’est celle sur la ferme, nous travaillions fort sur la ferme, mais je prenais les fins de semaine ou l’hiver pour m’impliquer auprès d’organismes communautaires».

Elle est la fondatrice du mouvement La Femme et la gestion de la ferme en 1977, à Plantagenet. «Les femmes ne comprenaient pas les documents qu’elles recevaient lors de la paye du lait, c’était nécessaire de les aider». Lors des premiers colloques, des cours de gestion agricole étaient dispensés par des agronomes et des banquiers pour aider les femmes à s’investir dans l’entreprise agricole. Madame Legault est également une personne généreuse de son temps, toujours prête à aider et améliorer les conditions de vie de son prochain. Elle s’est impliquée dans la société de l’horticulture en Ontario désormais obsolète et a été comme son grand-père et son père avant elle, représentante locale de l’UCFO pour la région de Prescott et Russell. «Aujourd’hui les gens ne comprennent pas pourquoi j’aide tout le monde, mais c’est normal pour moi d’être à l’écoute et disponible» a-t-elle exprimé.

Avec toutes ses activités, Odette Legault n’oublie pas d’être fière de ses origines franco-ontariennes, fierté acquise de son grand-père, son père, sa famille et sa communauté. Elle s’est investie près de 10 ans auprès de l’ACFO aux côtés de Monsieur Jean Poirier. S’impliquer pour la francophonie, c’est faire vivre ses racines et continuer l’histoire de ses ancêtres. Il y a quelques années elle disait «je me considère comme une passeuse culturelle. C’est notre responsabilité collective de promouvoir et propager nos langues, notre culture, nos valeurs, que j’ai moi-même su apprécié et recevoir». Sa ligne de conduite c’est «une culture qui oublie son passé, c’est une culture vouée à disparaître. Le partage des connaissances et la communication c’est très important». Toujours dans cette même optique, elle a joué pendant quatre années à Casselman dans la pièce  Écho d’un peuple avec son arrière-petite-fille. En 2007, elle participait à l’organisation de la Parade de la St-Jean dans le comté de Prescott et Russell qui a rassemblé 2000 francophones sur la Ferme Drouin.

Madame Legault pose ici avec son père photographié dans les années 1920
ainsi que son grand-père (en haut) dans la galerie photo de la salle du
Mérite Agricole au Collège d’Alfred. Photo Martha Jullian

Également, présidente de l’association des Charbonneau d’Amérique, son nom de jeune fille, elle a pris contact avec le vieux continent pour exporter son association jusqu’en France et maintenir le lien entre les familles.

Il faut dire que son ouverture d’esprit et sa soif de découverte découlent de son grand-père, qui dès ses huit ans, l’avait amené dans le Nord en train. C’est une passion qu’elle a souhaité partager avec ses six enfants lors d’un voyage dans l’Ouest canadien en 1977. Madame Legault a toujours eu le goût de l’aventure et a accompagné, en 2009, son fils Gabriel en Belgique, lors de ses missions en tant qu’aumônier auprès de l’armée. Trois années durant lesquelles elle fait du bénévolat avec l’OTAN auprès des familles canadiennes, trois années riches en expérience humaine. Elle contribue financièrement à un orphelinat de Burundi ce qui démontre sa grande générosité.

C’est sa détermination et ce côté téméraire, ouvert au changement qui ont permis à Madame Legault et ses 31 descendants de former aujourd’hui la 13e génération de cultivateurs au Canada. Tout d’abord, son fils François et sa conjointe Diane, désormais ses petits-fils Pascal et Jonathan continuent de développer l’entreprise familiale. «On ne plante pas un arbre n’ importe où, on doit le planter dans un bon endroit avec un sol approprié pour produire des fruits. J’ai l’impression d’avoir été plantée où il fallait».

Pour le futur, Madame Legault souhaite continuer à s’impliquer dans des organismes qui lui tiennent à cœur comme la Paroisse de St Jean Baptiste à L’Orignal. Elle veut continuer à faire son jardin et transmettre son message : «Faites des jardins, produisez vos fruits, partagez avec vos enfants la culture de la production». Aujourd’hui, à l’aube de ses 85 ans, elle se lance dans l’écriture de ses mémoires.

PRIX PIERRE-BERCIER

C’est un honneur de recevoir ce prix pour Madame Odette Legault : «Pour moi, Pierre c’était un avant-gardiste de l’évolution des grandes entreprises d’aujourd’hui. Il n’a jamais traîné des pieds.  Je vois en Pierre-Bercier la fierté de mon père et de mon grand-père pour ce métier de semer du bonheur et de l’espérance». Madame Legault souhaite à cette occasion remercier les personnes qui ont travaillé avec elle, pour elle, et tous ceux qui l’ont côtoyé. «Plus je vieillis plus je vois le bonheur que j’ai eu dans le passé, à vivre dans la paix et l’amour».

Madame Legault dans son élément parmi ses fleurs et ses légumes qui l’entourent. Photo Gracieuseté

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