Le 19 mars 2003

Projet d’une grande porcherie à Ste-Anne-de-Prescott

Par Étienne Alary


La grande porcherie serait construite à quelque 1,2 kilomètre au nord du chemin de la concession 7. Photo É.Alary.

« Tout passe par la localisation, la gestion et la grandeur du terrain » ? Marcel Bédard
La municipalité de Hawkesbury-Est a rejeté, le 10 mars dernier, la demande de permis de construction d’une grande porcherie dans la région de St-Eugène. Déçus de cette décision, les instigateurs de cette demande, les propriétaires de la Ferme Bédard et frères Inc., espèrent que ce n’est que partie remise.

« Nous avions déposé une demande, le 20 février dernier, pour obtenir un permis de construction. Étant donné que la municipalité a adopté, la même journée, un moratoire limitant l’implantation ou l’expansion d’une production de plus de 250 unités animales, le conseil a décidé d’étudier notre demande de plus près pour finalement la rejeter. Le conseil dit s’être basé sur trois petits détails pour rendre cette décision », a indiqué Marcel Bédard, copropriétaire de la Ferme Bédard et frères Inc. lorsque rencontré par Agricom.

Même s’il s’attendait à une telle décision, Marcel Bédard croit que la municipalité aurait dû accepter la demande. « C’est décevant car nous avions un projet solide entre les mains. Si je prends l’exemple de St-Ablert, le projet de porcherie dans cette région répondait aux exigences et il a été immédiatement accepté par la municipalité », souligne Marcel Bédard.

Le projet de la Ferme Bédard et frères Inc. se veut une construction de trois porcheries de 1500 porcs d’engraissement. « Le nombre total de porcs peut paraître élevé mais pourtant, nous répondons aux exigences et aux règlements qui étaient en place avant le moratoire », mentionne M. Bédard. « Lorsque le projet a été développé, nous avions le choix entre les règlements municipaux et ceux de la province. Nous avons opté pour suivre ceux du gouvernement de l’Ontario car ceux-ci étaient plus sévères vis-à-vis un projet comme le nôtre », précise l’agriculteur de Ste-Anne.

Opérant avec son frère Richard, depuis 1987, une ferme laitière comprenant une centaine de vaches en lactation, Marcel Bédard soutient qu’ils y ont pensé longtemps avant de se lancer dans ce projet de grande porcherie. « Cela fait maintenant trois ans que ce projet nous trotte dans la tête. Nous possédons 1190 acres de terrain et le troupeau que nous avons ne nous donne pas assez de fumier pour l’épandage », mentionne M. Bédard. « Afin de maximiser la production des sols et palier à ce manque d’engrais naturel, nous avons dû augmenter l’utilisation d’engrais chimiques », souligne-t-il.
Augmenter le nombre de vaches est quelque chose qui a été regardé par Richard et Marcel Bédard mais cette idée a été écartée. « Tout d’abord, les prix du quota ne favorisent pas une expansion de ce côté. De l’autre côté, nos sols présentent déjà un pourcentage élevé de potasse alors même si je double le nombre de vaches, je ne règle pas ce problème », soutient Marcel Bédard. « L’épandage du lisier de porc permettrait d’équilibrer les sols », précise-t-il.

Une méconnaissance du projet

Depuis le dépôt du moratoire par la municipalité de Hawkesbury-Est, des gens ont affiché leurs mécontentements et leurs craintes face à la construction de grandes porcheries dans leur région.

Selon les frères Bédard, les personnes qui s’opposent à ce projet devraient cesser de créer des rumeurs et poser des questions aux personnes concernées. « Une seule personne de la communauté m’a officiellement demandé si c’était nous qui étions derrière ce projet. Non pas que nous voulons nous cacher, loin de là. De l’autre côté de la médaille, des dépliants ont été circulés dans le village pour dénoncer la venue d’une grande porcherie. Ce dépliant n’était pas signé et nous comprenons pourquoi; toutes les raisons avancées n’étaient pas fondées », lance Marcel Bédard.
Richard et Marcel Bédard estiment que la clé entourant les grandes porcheries se trouvent derrière trois principes : la localisation, la gestion et la grandeur du terrain. « Les gens ont peur de deux choses : la pollution et les odeurs.

Au niveau de la pollution, si je prends l’exemple de St-Isidore de Prescott, en plus des productions laitières, il y a des poulaillers et des porcheries et même si certaines de ces fermes sont situées à moins de trois kilomètres du village, il ne semble pas y avoir de problème », présente Marcel Bédard.
Pour ce qui est des dangers que le lisier se déverse dans les cours d’eau, les deux agriculteurs de Ste-Anne ne croient pas que cela se produira. « Nous manquons de fumier présentement alors si nous agrandissons, ce n’est pas pour voir le lisier s’écouler dans les cours d’eaux mais plutôt pour l’épandre sur nos terres », affirme Marcel Bédard.
Pour les odeurs, « les gens sont-ils au courant que cette porcherie serait localisée à 1,2 kilomètre au nord de la concession 7, là où la concession 6 n’est pas développée? Cette porcherie ne sera presque pas visible de la route car elle sera dans un boisé. Sans oublier que les vents dominants, qui sont sud-ouest, iront directement vers le boisé », explique Marcel Bédard.

Les frères Bédard auraient pu décider de construire leur future porcherie sur une côte, « mais nous sommes soucieux des gens qui nous entourent et nous préférons la construire dans un endroit plus isolé. Même si pour le faire, nous devons investir un 75 000 $ supplémentaire pour amener l’électricité, notamment, à cet emplacement », évoque-t-il.

Afin d’éviter les plaintes de voisins sensibles aux odeurs, les frères Bédard mettront toutes les chances de leur côté. « Le sondage dans la communauté nous a permis de découvrir qu’il y avait une porcherie de 2500 porcs tout près de Ste-Anne de Prescott. Peu de personnes, dont moi le premier, n’avaient eu connaissance de cette ferme là. Pourtant, même si les vents dominants de cette porcherie vont vers le village, il n’y a jamais eu de plaintes à l’égard de cette production », souligne Marcel Bédard.

Malgré tout, Marcel et Richard Bédard préfèrent prévenir plutôt que guérir. « Nous comptons investir dans un enfouisseur qui injecte directement le lisier dans le sol. Cette méthode a fait ses preuves et les odeurs sont grandement réduites », prétend Marcel Bédard.

Comme le rappelle Marcel Bédard, les gens ne doivent pas oublier qu’ils habitent, avant tout, en campagne et dans une zone agricole. « Nos campagnes se peuplent de plus en plus de citadins qui ont le nez sensible. Pourtant, qu’est-ce qui est le plus toxique : les émanations au monoxyde de carbone ou l’odeur de fumier », questionne le producteur.

Retombées locales

Un enjeu qui est ressorti lors des consultations publiques du comité de développement économique de Ste-Anne relativement à l’établissement de productions intensives sont les retombées pour la communauté.

« Acheter des produits dans la région, les intégrateurs québécois le font depuis déjà quelques années. De plus, ce sont eux qui offrent le meilleur prix et ils ont toujours été de parole pour acheter nos produits », indique Marcel Bédard.
Cette construction permettrait de créer également de l’emploi. « La Ferme Bédard et frères Inc. est une opération familiale. Nous voulons augmenter la production pour assurer un avenir à notre relève. L’aîné de mon frère travaille présentement à l’extérieur mais la construction de la porcherie lui permettrait de revenir travailler dans la ferme familiale », déclare Marcel Bédard.

L’avenir du projet

Malgré ce premier revers, Marcel et Richard Bédard ne comptent pas baisser les bras. « Depuis le dépôt du moratoire, tu ne peux pas t?imaginer le nombre de télécopies et d’appels que nous avons eus de producteurs laitiers de la région et de résidants de la communauté qui nous disent de ne pas lâcher », affirme M. Bédard.

Même si aller en appel de la décision de la municipalité est une option, les frères Bédard préfèrent attendre. « Nous avons un projet solide entre les mains mais pourquoi gaspiller l’argent de tous les contribuables en frais juridiques pour lutter contre un petit groupe de gens qui s’oppose à notre projet. Je pense que dans ce contexte, la patience est de mise et nous attendrons le dépôt de la Loi 81 », mentionne Marcel Bédard.

Marcel et Richard Bédard souhaitent que l’adoption des règlements entourant la Loi sur la gestion des éléments nutritifs se fasse rapidement. « L’adoption dans les prochains mois de la Loi sur la gestion des éléments nutritifs mettra fin au moratoire et nous pourrons aller de l’avant avec notre projet », indique Marcel Bédard.
Ce dernier invite les gens à la conscientisation. « Ceux qui se disent contre les mégaporcheries aujourd’hui s’opposeront aux grosses fermes laitières demain et à l’expansion des autres productions une autre journée. Nous, les agriculteurs, sommes de moins en moins nombreux au Canada et pour être en compétition avec nos voisins québécois et américains, nous n’avons pas de choix que de prendre de l’expansion », lance Marcel Bédard.

« Quel message les politiciens et la population en général veulent lancer à notre relève agricole? À nos deux familles, nous comptons cinq enfants et pour eux, la décision de ne pas émettre le permis de construction leur donne le message que nous ne voulons pas qu’ils travaillent ensemble pour assurer l’avenir de notre industrie », mentionne Marcel Bédard.

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