Élevage

Pollinisateurs : l’Ontario adopte des mesures controversées


Par Élizabeth Paulet


Le 1er juillet 2015, de nouvelles règles restreignant la vente et l’utilisation des néonicotinoïdes entreront en vigueur en Ontario. Le gouvernement ontarien, le premier en Amérique du Nord à adopter une telle réglementation, souhaite réduire de 80 % la superficie ensemencée en maïs et en soya traités avec ces insecticides.

897 millions de dollars. C’est ce que rapporterait le dur labeur des abeilles et autres insectes qui assurent la pollinisation d’environ 13 % des cultures en Ontario. Aussi le déclin dramatique des colonies d’abeilles est-il devenu une préoccupation grandissante pour les agriculteurs ontariens. Au terme d’un vaste processus de consultation sur la santé des pollinisateurs, le gouvernement a opté pour une réglementation ciblant la vente et l’utilisation des semences traitées aux néonicotinoïdes.

Néonicotinoïdes : état de la situation
Mieux connus sous les marques commerciales Poncho, Cruiser ou Gaucho, les néonicotinoïdes sont les insecticides les plus utilisés dans le monde. L’enrobage des semences à l’aide de ces insecticides est une pratique largement répandue pour protéger les cultures contre les parasites en début de saison. En Ontario, près de 100 % des semences de maïs et 60 % des semences de soya vendues sont traitées aux néonicotinoïdes.

Or, l’innocuité des néonicotinoïdes, plus spécifiquement de l’imidaclopride, du thiaméthoxame et du clothianidine, est remise en question. Les effets de ces insecticides sur les pollinisateurs et leurs impacts sur les écosystèmes ont fait l’objet de nombreuses études et ont soulevé des débats passionnés partout dans le monde.

Au Canada, à la suite des nombreux incidents de mortalités d’abeilles déclarés en 2012 et 2013, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) a mis en place une stratégie d’atténuation des risques d’exposition des pollinisateurs aux néonicotinoïdes au moment du semis. L’Ontario franchit un pas de plus aujourd’hui en adoptant des mesures restreignant la vente et l’utilisation des semences traitées.

Les implications pour les producteurs
Avec les nouvelles mesures, un producteur qui souhaite se procurer des semences traitées aux néonicotinoïdes devra se plier à certaines exigences. D’une part, il devra suivre une formation sur la lutte antiparasitaire intégrée, qui lui apprendra notamment à reconnaître et à dépister les insectes ravageurs, et à adopter des méthodes de rechange pour lutter contre ces derniers. D’autre part, il devra fournir un rapport d’évaluation parasitaire. Ce dernier sera requis dès le 31 août 2015 pour acheter et utiliser des semences traitées sur une superficie supérieure à 50 % du nombre total d’acres semées en maïs et en soya. À partir du 31 août 2016, ce rapport devra être fourni, peu importe la quantité de semences achetée, de sorte que les néonicotinoïdes ne soient utilisés qu’en dernier recours, lorsqu’un seuil critique de parasites est atteint sur une terre agricole.

 

Réaction mitigée
Bien que tous s’entendent sur la nécessité de protéger les pollinisateurs, les mesures qui entreront en vigueur le premier juillet prochain ne font pas l’unanimité.

Les nouvelles règles suscitent notamment la grogne chez le Grain Farmers of Ontario (GFO), qui représente quelque 28 000 producteurs de maïs, de soya et de blé à travers la province. « Le manque de communication et de coopération du gouvernement à l’égard de notre organisme a donné lieu à des mesures irréalistes que nous ne pouvons accepter sans broncher », a déclaré Mark Brock, président de l’organisme. GFO soutient que la réglementation n’améliorera en rien la santé des pollinisateurs et sera dévastatrice pour les producteurs.

La Fédération de l’agriculture de l’Ontario, qui avait exprimé des préoccupations semblables lors du processus de consultation, a indiqué dans un récent communiqué qu’elle souhaite continuer à collaborer avec le gouvernement afin de s’assurer que la mise en œuvre des règles ne porte pas préjudice aux producteurs.

Pour sa part, l’Union nationale des fermiers de l’Ontario accueille favorablement les nouvelles mesures. Elle y voit l’occasion pour les producteurs d’adopter de nouvelles méthodes de gestion des parasites qui ne dépendent pas entièrement de l’utilisation des pesticides. « Nous allons nous assurer que le gouvernement offre aux producteurs la formation et les outils dont ils ont besoin pour modifier leurs pratiques », a affirmé la présidente de l’organisation Karen Eatwell.

Une chose est certaine, les néonicotinoïdes sont solidement ancrés dans les pratiques culturales des agriculteurs ontariens. Le gouvernement a probablement encore fort à faire pour convaincre les producteurs de maïs et de soya du bien-fondé de sa nouvelle réglementation.

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