Volume 28 Numéro 21 Le 6 juillet 2011

Quand « Produits régionaux » rime avec Maurice Landriault

Par Marc Dumont, Collaborateur
info.agricom@lavoieagricole.ca


« J’ai passé une partir de ma vie à m’occuper des gens sans emplois et à bien y penser si tu veux les aider, la meilleure façon c’est de créer des emplois », dit Maurice Landriault.

Et c’est ce qu’il tente de faire en tant que coordonnateur du projet: Northern Light Regional Foods de la Société d’aide au développement des communautés du Témiskaming Sud subventionnée par FedNor.

Depuis 10 ans, Maurice travaille à augmenter la visibilité des produits régionaux, à sensibiliser les producteurs du Nord de l’Ontario pour qu’ils aillent dans cette voie et à faire croître la notion d’aliments régionaux auprès du public en général et de l’industrie de l’alimentation (restaurateurs, pourvoyeurs, chefs, magasins…).

En termes plus concrets, Maurice a principalement trois chevaux de bataille. Il cherche à convaincre les producteurs agricoles d’apporter une valeur ajoutée à leurs produits et à tenter la vente directe : éviter les intermédiaires.

Il cherche également à bâtir des chaines de valeurs. Ces chaines de valeurs sont des partenariats entre les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et fournisseurs de services alimentaires pour créer des produits du terroir ou simplement pour augmenter les profits.

Enfin, Maurice est impliqué dans l’organisation de la Foire gourmande de l’Abitibi-Témiskamingue et du Nord-Est ontarien qui se tient chaque année à Ville-Marie au Québec.

L’intérêt de Maurice pour le monde agricole vient de sa volonté de voir la région profiter économiquement. Dans les années ’90, l’économie de la région Sud du Témiskaming battait de l’aile avec la fermeture des mines et une industrie du bois moribonde et trop cyclique. Après avoir travaillé avec un consultant en développement urbain, il est devenu clair que le véritable moteur économique de la région était l’agriculture et il fallait en reconnaître l’importance.

Bien que l’industrie du lait aille bien, c’était plus difficile pour le bœuf et d’autres productions de moindre importance comme celles du poulet, de la dinde, des pommes de terre… La solution était de penser en termes de valeur ajoutée.

Par exemple, Maurice travaille avec le Eco Lodge d’Elk Lake et certains restaurants de la région pour qu’ils soient en mesure d’offrir un menu de produits régionaux en saison et de le faire connaître auprès de la population. « Mon message : si tu ajoutes de la valeur à tes produits, les gens seront intéressés. Mais ça prend du temps », vous dira Maurice.

Pourtant il y a déjà des succès pour ceux qui adhèrent à sa doctrine : le fromage de la Fromagerie de Thornloe, le Bison BIZ de la ferme de Pierre Bélanger, le « Bœuf en or ».

Le « Bœuf en or » est un bon exemple de produit régional qui devient presqu’un produit d’appellation contrôlée. En effet ce bœuf élevé au foin et à l’herbe sans supplément ou antibiotique commence à gagner la cote auprès des producteurs et des consommateurs. Sa viande est si maigre que sa cuisson s’apparente plus à celle de l’orignal. Il est moins gras qu’une poitrine de poulet sans la peau.

On le sait, le Québec a pris ce virage de la valorisation des produits régionaux depuis plusieurs année et la Foire gourmande de l’Abitibi/Témiskamingue et du Nord-est ontarien témoigne de cette tendance. Cette foire sert de stimulant pour la région. « Avec le « Bœuf en or » on voit qu’on c’est possible de faire comme au Québec.»

Maurice siège sur le conseil d’administration de la Foire et sert de liaison avec les producteurs de l’Ontario. Il a la responsabilité du recrutement des exposants ontariens et de faire le lien avec le Ministère de l’agriculture du Québec. On se souviendra de l’histoire des viandes de l’Ontario en vente au Québec.

En Ontario, c’est le Bureau de santé publique qui s’occupe de la salubrité de la viande et au Québec, c’est le ministère de l’Agriculture. Maurice a suivi une formation afin de s’assurer que les producteurs ontariens remplissent les formulaires correctement et suivent les consignes de salubrité du Québec. « Elles sont les mêmes qu’en Ontario! » confirmera-t-il.

La responsabilité de Maurice de recruter des producteurs pour la Foire, est une tâche assez difficile. Pour 50 producteurs sollicités, à peine une dizaine accepte. Certains ont peur, d’autres se voient comme trop petits ou trop gros. Puis quoi offrir aux visiteurs? 

Maurice les accompagne à travers l’aventure de préparer 3000 bouchés pour dégustation. Pour l’aider, le chef Daniel Esposito de North Bay imagine des recettes. Dans toute cette démarche, Maurice garde en tête que l’objectif est de crée de l’intérêt pour le produit régional.

« Plus les gens ont l’occasion de gouter, plus ils seront intéressés au produit, plus ça prend de l’ampleur. Quand on a un meilleur produit, les gens en veulent. Pour que ça réussisse, tu dois savoir où tu vas avec ton produit. »

Et Maurice peut continuer à vous parler avec une calme conviction du virage des produits régionaux qui est en train de s’opérer au Témiskaming. Présentement, le maillon faible est le manque de transformateurs parce que du côté des producteurs : ils savent comment obtenir de la qualité dans leurs produits.

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