Volume 30 Numéro 21 Le 12 juillet 2013

Quand tout se joue sur la météo


Jean-Philippe Boucher

Par Jean-Philippe Boucher
Spécialiste en mise en marché du grain
jpboucher@grainwiz.com


L’année 2013 s’annonçait prometteuse pour les producteurs de grandes cultures. Il n’y a encore que quelques mois, selon les régions, il était encore possible de vendre par exemple du maïs autour de 290-300 $ la tonne. Les incertitudes occasionnées par l’insatiable appétit des consommateurs pour le maïs et le soya auront aussi créé des soubresauts très intéressants des prix au cours des mois de février et mars. Sans compter qu’avec les maigres récoltes américaines de l’an dernier, ainsi que les inventaires américains à des creux historiques, il y avait de quoi avoir les nerfs à vif. Mais malgré tout, à l’image de 2012, les prix ont tranquillement reculé. Pourquoi?

Sans grande surprise, comme en 2012, avec des prix à des niveaux records, les intentions d’ensemencements des producteurs n’auront pas été aussi élevées depuis longtemps en 2013. Cette réalité est vraie, que ce soit aux États-Unis comme en Ontario et au Québec.  Et bien entendu, qui dit ensemencements importants, dit aussi récoltes importantes avec les conséquences qui s’en suivent : beaucoup plus de grains disponibles.

C’est ce qu’appréhendaient les marchés l’an dernier pendant l’hiver et le printemps, et c’est la même chose qui les aura préoccupés cette année. Pas surprenant ainsi de constater sur les marchés que jusqu’à dernièrement, l’année 2013 se voulait étrangement semblable à 2012 avec un léger recul des prix pendant l’hiver et le printemps. (voir graphiques)

Là où les choses prennent un tournant cependant plus particulier, c’est qu’en 2012, le printemps se voulait très prometteur avec des conditions de semis idéals, alors que cette année ce fut tout le contraire. Suivant cette même veine de contradictions entre 2012 et 2013, à pareille date l’an dernier débutait une sécheresse historique dont on connaît aujourd’hui les conséquences. Cette année, les conditions pour les cultures semblent jusqu’ici plutôt prendre du mieux de semaines en semaines.

Si l’an dernier les prix des grains ont réalisé à partir de ce moment-ci un rallye peu commun pour atteindre des niveaux historiques, tout suggère donc que cette fois-ci ce serait plutôt tout le contraire. Est-ce dire que s’en est fini des bons prix pour les producteurs de grandes cultures?  Pas nécessairement non plus.

Dans les prochaines semaines, les cultures de maïs et soya traverseront des phases critiques de leur développement (pollinisation, remplissage des gousses). Un coup de chaleur trop important à ce moment pourrait encore avoir des conséquences importantes. Cependant, les risques que les récoltes américaines soient mauvaises s’amincissent à vue d’œil. Il ne faudrait donc pas tout miser sur l’espoir de connaître une nouvelle année exceptionnelle comme 2012.

Profiter dans les prochaines semaines des bonds des prix en raison de la nervosité des marchés à l’égard de la météo n’est donc certainement pas une mauvaise chose. Il faut également rester réaliste et s’établir des objectifs de ventes qui reflètent ce contexte de marché qui se révèle de plus en plus à l’opposé de 2012.

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