Le 19 novembre 2003

Quel est le vrai visage de l’agriculture?

Par Nadia Carrier* et Pierre Bercier, collaborations spéciales


Depuis longtemps on nous dit que les goûts ne se discutent pas.

Ce dicton s’applique particulièrement lorsqu’il est question d’art. Alors, si l’on en croit certains qui prétendent que la pub est le huitième art, il est grand temps de clore le débat, à savoir si les publicités de Bell que l’on voit depuis quelques mois sont de bon ou de mauvais goût. À chacun son opinion! Et on pourrait en parler longtemps avant d’arriver à un consensus car les « pour » et les « contre » sont bien partagés.

D’un côté, les pionniers qui ont favorisé et participé à l’avancement de l’agriculture depuis quelque soixante ans se disent outrés de voir de telles images. D’autre part, il y a les plus jeunes qui en rient, tellement la caricature est grande.
Il y a toutefois quelque chose qui nous tracasse lorsque nous regardons ces images: Se pourrait-il qu’il y ait des gens pour croire que cette parodie soit le reflet de ce qu’est réellement l’agriculture aujourd’hui? Certains gens de la ville sont-ils assez déconnectés du monde rural pour prendre ces pubs comme référence du mode de vie des personnes qui vivent sur des fermes’ Examinons un peu le modèle auquel ils sont confrontés lorsqu’ils regardent le petit écran.
L’image la plus réaliste qui nous est présentée nous apparaît comme celle qu’on nous montre tous les dimanches midi à La Semaine Verte de Radio-Canada qui traite non seulement d’agriculture mais aussi des secteurs des pêcheries et forestier. Nous avons cependant l’impression que lorsqu’il est question d’agriculture c’est seulement l’élite que l’on y présente et il faut se l’avouer, quoique conçue pour le grand public, cette émission attire probablement une majorité de téléspectateurs qui vivent en milieu rural.

Dans le même style, diffusé à Télé-Québec, Cultivé et bien élevé, animé par Pascale Tremblay nous dresse un portrait tout aussi juste de l’agroalimentaire. Des visites sur des entreprises agricoles, entrecoupées de conseils culinaires d’experts, nous en font découvrir sur diverses productions et sur les gens qui les pratiquent.
La série dramatique FranCoeur réalisée et tournée sur des fermes de l’Est ontarien donne aussi une image assez conforme de l’agriculture moderne. Il faut comprendre toutefois que les péripéties exceptionnellement dramatiques de cette série ne sont pas le sort de toutes les familles d’agriculteurs. En effet, ce type de scénario se doit d’être déchirant et dramatique afin de retenir l’attention des téléspectateurs.

Une autre bonne initiative que nous avons pu visionner cet automne est Marché Jean-Talon. Sur quatre semaines seulement et à raison d’une demi-heure à la fois, ce télédocumentaire nous présentait quelques familles qui vendaient leurs productions au fameux Marché Jean-Talon de Montréal. De plus, dans certains cas nous allions jusqu’à les visiter dans les champs et à la maison, prenant ainsi part à toutes leurs activités qu’elles soient rattachées à la ferme ou non; les relations avec les employés, avec les autres membres de la famille entre autres. C’était un portrait réaliste, bien vulgarisé et qui rendait bien le lien existant entre la production et la consommation de certains produits agroalimentaires.

De ces quatre émissions, les plus pertinentes à notre sens, retenons que FranCoeur qui est la seule qui reflète la vie à la ferme des Franco-Ontariens, n’est malheureusement pour l’instant du moins, diffusée qu’à TFO, et par conséquent non accessible à grande échelle. Pour ce qui est de Marché Jean-Talon, quatre semaines en septembre, c’est pas long. Finalement, reste La Semaine Verte et Cultivé et bien élevé deux excellentes émissions mais qui à la fréquence d’une heure par semaine nous laisse sur notre faim.

D’autre part, dans l’actualité radiophonique ou dans la presse écrite qui est plus accessible ponctuellement, il n’est question depuis la fin du printemps dernier, que de la crise reliée à la découverte d’un cas de vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine) en Alberta. Et avant cela, n’êtes-vous pas sans vous rappeler le brouhaha médiatique entourant le dossier de l’établissement de soi-disant méga-porcheries’ Pas très reluisant pour donner aux citadins un portrait d’ensemble de l’industrie agroalimentaire canadienne.

Mis à part D’un soleil à l’autre, tous les jours de la semaine à la radio de la première chaîne de Radio-Canada, qui nous informe sur plusieurs facettes de l’agroalimentaire en général, ne misons pas sur l’actualité pour nous présenter un portrait global et réel.

Nous croyons alors, qu’il n’est pas faux de prétendre que les gens de la ville en savent trop peu sur la profession d’agriculteur et qu’ils doivent être sensibilisés davantage; aucun modèle moderne de l’agriculture n’est diffusé à grande échelle de façon soutenue pour les citadins. Il est grand temps de permettre aux gens de la ville de se familiariser ou du moins de prendre conscience qu’il y a toute une variété de productions et de techniques adaptées selon les besoins, qu’il y a de grandes fermes et de plus petites, et qu’en campagne il y a toute une gamme d’entreprises agroalimentaires allant de la production jusqu’à la transformation et la distribution. L’idéal c’est de pouvoir amener les gens de la ville à visiter les fermes en personne comme on le fait à l’occasion de la tournée Agri-Tour.

Mais encore faudra-t-il leur donner la chance de visiter des entreprises agricoles viables et performantes et non seulement des entreprises agrotouristiques qui ont plus de revenus touristiques qu’agricoles.

Ah oui, revenons au sujet déclencheur de ce commentaires: Y a-t-il du monde pour croire que les fameuses annonces publicitaires de Bell soient le portrait réel de notre société rurale? Nous ne pensons pas, tellement elles sont exagérées. Mais entre vous et nous, elles commencent à nous taper réellement sur les nerfs’

*Nadia carrier est directrice générale à l’Union des cultivateurs franco-ontariens et Pierre Bercier en est le président.

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