Volume 29 Numéro 07 Le 16 novembre 2011

Qui était Leslie Hancock ?


Leslie Hancock, horticulteur ontarien et pionnier de la culture des rhododendrons au Canada.

Par André Dumont, collaborateur


Horticulteur, soldat, professeur, député et pionnier de la culture des rhododendrons au Canada, l’Ontarien Leslie Hancock a donné son nom au jardin de rhododendrons du Jardin botanique de Montréal. Notre collaborateur André Dumont a voulu en savoir un peu plus sur cet homme au parcours remarquable.

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Un soir d’hiver des années 1940, loin de sa famille, Leslie Hancock écoule le temps à la bibliothèque de l’Ontario Agriculture College (OAC) où il enseigne, à Guelph, en Ontario. Il tombe sur un ouvrage qui suggère qu’en y mettant le travail nécessaire, il serait possible de faire pousser de magnifiques rhododendrons au Canada.

« Je vais cultiver des rhododendrons », annonce-t-il aussitôt à ses collègues, qui lui répondent qu’il perd son temps. C’était mal connaître la détermination de Leslie Hancock.

C’est ainsi que sa fille, Marjorie Hancock, a raconté à L’Agricom comment son père à eu la « piqûre » pour les éricacées, avant même de savoir comment il s’y prendrait pour les propager à sa pépinière de Cooksville (aujourd’hui Mississauga).

Leslie Hancock n’a pu recevoir qu’une seule livraison de graines de rhododendrons en provenance de la Hollande avant que la Deuxième Grande guerre ne se déclenche. Qu’importe, il collectera du pollen chez les quelques familles de Toronto qui disposaient déjà de rhododendrons dans leur jardin.

Pépiniériste de carrière, Leslie Hancock a connu une existence remarquable, à la hauteur de l’hommage posthume qu’on lui a rendu en donnant son nom au jardin de rhododendrons du Jardin botanique de Montréal en 1981.

Marcus Leslie Hancock est né en1892 dans le comté de Kent, en Angleterre. Dès l’adolescence, il part travailler dans des pépinières. En février 1914, l’aventure le tente et il émigre au Canada. Il trouve du travail dans des pépinières et des fermes du Sud-Ouest de l’Ontario et à l’automne, il entreprend des études en horticulture à Guelph.

La Première Guerre mondiale éclate et au printemps 1915, il s’enrôle. Vers la fin de la guerre, il participe à la libération de Mons, en Belgique. Son héroïsme lui vaudra d’être décoré de la Croix militaire.

Il obtient son diplôme d’horticulture en 1922. L’année suivante, il part enseigner à l’Université de Nankin, en Chine. C’est là qu’il rencontre Dorothy Macklin, qui deviendra son épouse et lui donnera trois enfants.

En mars 1927, l’Armée nationale révolutionnaire force leur départ. Dorothy et leur premier fils Macklin quittent à bord d’un bateau. Leslie est fait prisonnier, mais certains de ses étudiants l’aident à s’échapper et à rejoindre Shanghai. Il choisit de rejoindre sa famille en Angleterre en traversant la Sibérie et l’Europe.

Après la naissance de Don, en juin 1927, ils s’embarquent pour le Canada. En 1930, la famille s’installe à l’ouest de Toronto, sur une terre en partie marécageuse, traversée par une barre de sable et partiellement boisée. L’endroit est idéal pour fonder leur propre pépinière, qui s’appellera Woodland Nurseries.

La famille Hancock traverse la récession en complétant des aménagements paysagers pour de riches familles de Toronto. Marjorie naît en 1932. Peu à peu, toute la famille se mettra à participer à la culture des fleurs. Tôt le matin, Leslie part livrer chez les fleuristes de Toronto, écoulant ce qui reste au St. Lawrence Market.

De 1937 à 1943, il accepte une charge de cours à Guelph, histoire de combler la saison morte avec des revenus d’enseignement. Son intérêt pour les gens et les questions sociales le porte à devenir député provincial, de 1943 à 1945.

« Il était un homme très cultivé, qui s’intéressait à tout, raconte Marjorie Hancock. Il était très bon avec les gens, même s’il lui arrivait d’être de mauvaise humeur. Il était bien plus intéressé par ce qu’il faisait que par l’argent. »

Leslie Hancock poursuit ses expériences avec les rhododendrons, en semant aux pieds des grands pins et chênes de sa propriété. Certains de ces premiers rhododendrons atteignent aujourd’hui près de cinq mètres et font partie des Hancock Woodlands, un magnifique jardin que la famille a cédé à la Ville de Mississauga en janvier 2010.

En 1972, Leslie Hancock participe à la fondation de la Rhododendron Society of Canada, offrant une plante à chaque nouveau membre. Sa réputation est telle qu’on l’invite à Montréal, pour lui demander son avis sur l’emplacement d’un ericacetum au Jardin botanique et lui en commander les plans. Il offre gracieusement ses services d’architecte paysagiste, en plus de faire don de nombreux plants.  

Le jardin est inauguré en 1976 et Leslie Hancock plante le premier rhododendron en compagnie d’André Champagne, alors directeur du Jardin botanique.

En décembre 1977, Leslie Hancock décède d’une insuffisance cardiaque, à l’âge de 85 ans. Quelques jours plutôt tôt, sa fille Marjorie l’avait surpris dans la serre, debout sur un banc, en train d’ajuster un ventilateur. « Il est mort en portant ses bottes! », dit-elle pour illustrer que sa passion pour l’horticulture ne l’a jamais quitté.  

L’éricacetum du Jardin botanique de Montréal fut baptisé Jardin Leslie Hancock en 1981. « J’ai le souvenir que l’hiver précédent avait été très dur et qu’au printemps, seuls deux rhododendrons avaient fleuri. L’un d’eux était ‘Jolly Red Giant’, un hybride de mon père! », a confié Marjorie Hancock dans un courriel à Quatre-Temps.

Marjorie Hancock a vu le jardin qui porte le nom de son père la dernière fois en 2001, à l’occasion du 25e anniversaire de sa fondation. Elle est ravie de ce qu’il est devenu : « The garden in Montreal is faboulus! » (Le jardin à Montréal est magnifique !).

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