Récolte difficile pour le sud de l’Ontario


Les récoltes de maïs du sud de l’Ontario sont compromises pour certains producteurs en raison des niveaux élevés de vomitoxines.

Par Roxanne Lormand
redaction@journalagricom.ca


Les agriculteurs du sud de l’Ontario connaissent des temps difficiles. Les récoltes de maïs sont touchées par des niveaux de vomitoxines élevées. La récolte 2018 s’annonce difficile en comparaison des autres régions de la province et des années précédentes. Le président des Producteurs de grains de l’Ontario (Grain Farmers of Ontario), Markus Haerle, a même laissé savoir que les niveaux pourraient être catastrophiques à certains endroits dans la province.

Les conditions météorologiques dans le sud de la province compliquent les récoltes de maïs. La pluie et l’humidité ont favorisé l’apparition de champignons. La fusariose de l’épi (Gibberella), principalement la plus présente dans la province, est une moisissure. De couleur rose ou même rouge foncée, cette forme de moisissure peut aussi être blanche à l’occasion et être difficile à différencier de la fusariose du grain (Fusarium). Le gibberella produit plusieurs toxines, comme du déoxynivalénol plus connu sous l’abréviation DON ou vomitoxines, qui peuvent occasionner des problèmes de santé chez les animaux selon la concentration retrouvée. La présence de gibberella ou de fusarium ne veut pas dire par contre qu’il y a présences de mycotoxines, il faut prendre des échantillons et faire des tests.

Les vomitoxines peuvent être très dangereuses pour le bétail lorsque les niveaux sont élevés. Le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires Rurales de l’Ontario, donne les lignes directrices suivantes sur son site web pour l’alimentation :

-porcins, veaux, agneaux, vaches et brebis en période de lactation : 1 ppm;

-bovins et ovins adultes et volailles : 5 ppm.

Ces mesures assureraient que les animaux n’éprouvent pas de problèmes de santé et ne tombent pas malades. Les porcs seraient les plus susceptibles de tomber malades. Lorsque les concentrations sont élevées, les agriculteurs peuvent même éprouver des problèmes de santé respiratoire.  Ils doivent donc être vigilants lorsqu’ils travaillent dans des milieux fermés ou semi-fermés en présence de grains de maïs.  

En ce moment les agriculteurs du sud de l’Ontario sont inquiets. Les premiers résultats de tests et d’échantillonnages effectués à l’ensemble de la province montrent que les niveaux de DON sont plus importants qu’à l’habitude.  Le sud a les niveaux les plus élevés des tests effectués. Agricorp, qui est l’organisme d’assurance agricole en Ontario aurait déjà reçu plus de 1 400 signalements concernant des problèmes de vomitoxines et de moisissure. Mercredi le 14 novembre, Agricorp a offert une compensation de 0,79$ pour des boisseaux qui vaudraient en temps normal 4$.

Le marché risque d’être difficile pour les producteurs dont les niveaux de DON sont élevés. Les pertes sont déjà considérables pour certains. Si les concentrations de vomitoxines sont trop élevées, les agriculteurs ne peuvent nourrir les animaux avec leur maïs et ne peuvent le vendre sur le marché. Même l’industrie de l’éthanol a des restrictions quant au niveau des DON; des restrictions plus élevées que pour les animaux, mais qui empêcheront quand même certains producteurs de liquider leur mauvaise récolte. Pour certains, peut-être pourront-ils se tourner vers l’industrie du chauffage au maïs, ou tout simplement entreposer leurs récoltes en attendant que la province propose d’autres options. 

Le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires Rurales de l’Ontario, recommande de récolter le plus rapidement possible les hybrides les plus susceptibles de développer les vomitoxines. Laisser du maïs affecté par la moisissure et les champignons dans le champ pourrait favoriser une contamination encore plus grande à l’ensemble du champ. Néanmoins, on dit que le développement des mycotoxines aurait tendance à s’arrêter lorsque le niveau d’humidité est inférieur à 15 %. Ainsi de bonnes conditions d’entreposage et de séchage du grain sont nécessaires afin de ne pas aggraver la récolte.   

Et pour les producteurs qui seraient tentés d’utiliser les récoltes comme fertilisants de grande valeur pour leurs champs, ils doivent savoir que ce n’est probablement pas une bonne idée. Le champignon Gibberella peut survivre à l’hiver avec des résidus de plantes ou de grains infectés et transmettre l’infection à nouveau l’année suivante si les conditions sont propices à son développement.

Le 15 novembre dernier, le ministre de l’Agriculture Ernie Hardeman, a rencontré des représentants de l’industrie agricole de l’Ontario afin de voir comment il pouvait aider les producteurs de la province. Il souligne dans un communiqué de presse que cette rencontre a pour objectif d’aider à trouver des solutions. 

Bref, bien que les récoltes soient très prometteuses dans certaines autres régions même si les données ne sont pas toutes compilées, les producteurs du sud de l’Ontario semblent avoir des difficultés. En attendant de voir à combien s’élèveront les pertes, il faut finir de tester et récolter les champs et ensuite voir si la province est prête à aider.

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