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Réduction du phosphore excrété grâce à l’implantation de l’enzyme phytase Des porcs génétiquement modifiés moins polluants, une nouvelle approche

Par Anne-Marie Boivin, aide-journaliste
info.agricom@atreide.net


Une équipe de chercheurs et généticiens de l’Université de Guelph a réussit une première mondiale: modifier génétiquement des porcs pour qu’ils soient moins polluants. Ils en sont si fiers, qu’ils les ont présentés à la presse il y a quelques semaines. La nouvelle race de porc, surnommée ?Enviro? («Enviropig»), est pour l’instant confinée au laboratoire pour observation. Les animaux se porteraient très bien; on en serait même rendu à la troisième génération. Le porc, un animal d’élevage monogastrique, ne produit pas de phytase, l’enzyme naturelle qui permet aux ruminants de digérer le phosphore complexe des céréales. Or, on nourrit les porcs à l’engraissement avec de grandes quantités de céréales qui sont riches en phytate, une forme peu disponible du phosphore. Les excréments des porcs sont donc particulièrement riches en phosphore non-digéré. L’élevage porcin à grande échelle a toujours créé des problèmes face à l’environnement. La haute teneur en phosphore que l’on retrouve dans leurs rejets peut être dommageable pour l’écosystème aquatique. Les déjections des élevages de porcs sont répandus dans les champs comme engrais pour retourner les éléments nutritifs aux cultures suivantes.

Plus il y en a, plus le phosphore s’accumule, se retrouvant accidentellement dans les rivières, ce qui favorise la croissance des végétaux aquatiques qui appauvrissent l’oxygène aux détriments des poissons.
Les porcs transgéniques se portent bien Jusqu’à maintenant, trois générations de porc Enviro génétiquement modifiés ont vu le jour. Tous les descendants garde le gène phytase introduit en laboratoire.

Il s’agit en fait d’une construction génétique que John Phillips, Cecil Foresburg et Sergueï Golovan de l’Université de Guelph ont développé, grâce à un gène produisant l’enzyme phytase (qui provient de la bactérie E. coli) et de l’ADN de la souris pour stabiliser ce premier gène, qu’ils ont injectés dans le génome du cochon. L’enzyme phytase, secrétée dans le système digestif du porc, réduirait de 75 % le phosphore rejeté par les animaux, selon les résultats d’une étude publiée récemment dans la revue scientifique Nature Biotechnology.

Ce projet de recherche peut représenter une étape importante en vue de réduire le montant de phosphore produit pat l’industrie porcine. S’il n’en tenait qu’aux chercheurs, la viande de ces porcs environnementaux pourrait bien se retrouver sur les tablettes de nos supermarchés d’ici 3 à 5 ans, le temps qu’il faille au fédéral pour permettre de servir cette viande aux humains.

«À part un nouveau système digestif, a dit M. Phillips, les cochons ont exactement la même apparence et se conduise de la même manière qu’un cochon normal, jusqu’à présent. Leur chair goûte probablement pareil, mais malheureusement personne a encore eu la chance d’en manger». Le porc génétiquement modifié deviendra-t-il une partie de la solution aux problèmes de pollution par phosphate en agriculture intensive? Mais rien n’est sûr. Le consommateur voudra-t-il consommer de la viande animale génétiquement modifiée ? [Photo : Cochons.tif ; BdV :] Verra-t-on un jour de la viande de porcs ?Enviro? dans nos assiettes’

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