Volume 37 Numéro 7 - Le 14 février 2020

Réjean Pommainville, à l’heure de la récolte


Réjean Pommainville sera honoré le 12 mars prochain lors du Banquet annuel de l’Union des cultivateurs franco-ontariens. On lui remettra alors le Prix d’excellence en agriculture Pierre-Bercier afin de souligner son implication et sa passion pour le monde agricole et la langue française depuis toutes ces années. Photo : Janie-Renée Myner

Par Janie-Renée Myner
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Limoges, le 6 février 2020.

Il neige à plein ciel, tellement que je ne distingue plus la ligne d’horizon. Ma voiture s’engage dans le chemin qui mène vers la ferme du chemin Calypso. En arrivant, j’ai une impression de silence et de grands espaces et un visage souriant m’accueille à la porte : c’est ma première rencontre avec Réjean Pommainville. Le plus étrange, c’est que je connais tout le reste de sa famille – ses frères et sa soeur… et que c’est lui que je viens rencontrer aujourd’hui. 

Il est né là où il habite toujours. Il a grandi sur cette terre qu’il aime plus que tout. Il y est attaché, comme un enfant à un parent. C’est cette terre qu’il a racheté de son père en 1975, en même temps qu’il y amenait son épouse et son premier fils pour y vivre et pour opérer la ferme familiale. Et il y est toujours, malgré les embûches et les détours que la vie a lancés sur son passage.

Dès le début, j’ai voulu savoir si l’agriculture avait été un choix pour lui. Il me raconte se souvenir du moment précis où il a décidé d’être un agriculteur. C’était le matin de sa première journée d’école de 13e année, en attendant l’autobus. C’est comme si c’était le déclic. Il est revenu à la maison – s’est mis à travailler sur la ferme paternelle à temps plein – et depuis, il n’a jamais vraiment regardé en arrière.   Le 5e d’une famille de 6, ses frères et sa sœur ont tous poursuivi des études, mais Réjean lui il préférait la terre et les vaches. D’emblée, il faut savoir que Réjean, c’est un bon vivant, jovial, rieur, mais à la fois une force tranquille et un peu timide. Il avoue qu’il préfère l’ombre aux places d’honneur. Mais quand on le rencontre, on sent très vite que c’est un rassembleur, un « connecteur ». C’est celui qui donne sans compter, accueillant, passionné, toujours le regard tourné vers l’autre. 

Réjean Pommainville ne perd jamais une occasion de soutenir sa communauté en participant à diverses
collectes de fonds comme en faisant pousser et cuire du maïs sucré pour la cause durant l’été dernier! Photo : gracieuseté Réjean Pommainville

Quand on l’a contacté pour lui annoncer qu’il serait le récipiendaire 2020 du prix Pierre-Bercier, il avoue s’être demandé s’il méritait ce prix ! « J’ai connu Pierre Bercier ; c’était un homme avec beaucoup de charisme et un don de communicateur extraordinaire. On n’a clairement pas les mêmes forces, » manifeste Réjean. Sa femme Barbara, elle aussi présence douce et rassurante, se contente de sourire en l’entendant. Elle l’épaule, l’encourage, le conforte et partage son quotidien depuis 45 ans maintenant, à travers les épreuves autant que les moments exaltants… elle aussi, elle a participé à la ferme, à traire les vaches, à tenir maison et nourrir tout le monde. S’il y a une chose qui les caractérise, c’est qu’ils ont tous deux la conviction qu’une grande maison, c’est fait pour accueillir du monde et faire des célébrations, pour cultiver une appartenance et un sens de la communauté, et pour donner de la vigueur à « leurs racines ».  

En 2009, son plan de vie se retrouve chamboulé après un accident de ferme qui le laisse avec un handicap- un talon reconstitué avec plusieurs vis et plaques- qui l’empêchera de continuer à opérer sa ferme. Adieu veaux, vaches… (comme dirait la fable de Lafontaine – dans Perrette et le pot au lait). Lors de la vente de son troupeau et de son équipement, il me confie qu’il avait le coeur lourd et qu’il ne savait pas ce que l’avenir lui réserverait. Mais comme à l’habitude, la famille et la communauté se rallièrent autour de lui ; les photos témoignent de la grosse fête qui suivit cette vente. Et Réjean se relève les manches et repart de plus belle dans la culture de sa ferme. Décidément, il regarde toujours plus en avant qu’en arrière…

Je l’écoute raconter ses voyages, tout le temps et le sérieux qu’il met dans ses tâches de directeur à la FAO (Fédération de l’agriculture de l’Ontario), et je ne peux m’empêcher de penser qu’il a bien plus en commun avec Pierre Bercier qu’il croit : ce sens de la résilience, le goût du défi et du partage, le visionnaire qui met l’épaule à la roue et qui essaie de changer des choses en douce à travers son implication de plusieurs années au sein de la FAO… Il a ce discours qui emprunte le « nous » plus souvent que le « je », il pense au pluriel et à la réalité de la vie à cultiver la terre, au futur, aux jeunes de la relève. Il est heureux de constater que les femmes prennent une place plus grande en agriculture- il les encourage. Il savoure les petites victoires, comme ses « cartes d’affaires bilingues » ! Il sait que le changement, ça prend du temps, de l’énergie, de la patience, de l’ouverture et une bonne part de tolérance à l’inconnu (et qu’il faut recommencer des explications souvent, surtout avec les changements de gouvernement). Mais si c’est un homme de conviction, c’est aussi un homme d’espoir et de positivisme. C’est sans doute là, sa recette de longévité et de succès.

Notre entretien tire à sa fin et j’ai l’impression qu’on pourrait parler encore des heures. Une chose est certaine, il a semé bien plus que du grain, Réjean Pommainville. Et c’est l’heure de la récolte. L’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) est fière de lui présenter le prix Pierre-Bercier lors du Banquet de reconnaissance qui se tiendra le 12 mars prochain, pendant le congrès Agro et Franco 2020.

Cliquez ici pour vous inscrire au banquet.

 

 

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