Volume 36 Numéro 03

La relève fait face aux incertitudes entourant les négociations de l’ALÉNA


Photo : Evelyn Levac


Par Evelyn Levac – Collaboratrice

Depuis maintenant plus de quatorze mois, un climat d’incertitude règne sur l’industrie laitière au Canada. Effectivement, les négociations de L’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) entre le Canada et les États-Unis sont encore en cours. Bien que les pays impliqués, soit, le Mexique, le Canada et les États-Unis se sont déjà entendus sur plusieurs points; certains sujets clés, dont l’accès au marché laitier canadien par les États-Unis, restent encore à résoudre. Donald Trump, le président des États-Unis, a réitéré à plusieurs reprises que le marché protégé canadien est une injustice pour les producteurs laitiers américains et réclame l’abolition du système de la gestion de l’offre. 

Loin de la table de négociation de Washington, au nord de la frontière, les producteurs laitiers canadiens restent attentifs au moindre développement dans cette affaire qui pourrait de nouveau affecter la rentabilité de leur entreprise. En effet, malgré les pressions dirigées vers le gouvernement canadien et les promesses de support des politiciens en retour, l’industrie a déjà dû céder une partie de son marché lors des négociations des accords de libre-échange du Partenariat Trans-Pacifique (PTP) et de l’Accord économique et commercial global (AÉCG) avec l’Europe il y a quelques années. En conséquence, L’ALÉNA, cette situation au petit air de déjà vu, soulève depuis un bon moment des doutes dans l’esprit des producteurs de la relève qui s’apprêtent à investir temps et argent dans une industrie assez risquée par les temps qui courent. «L’incertitude me fait douter grandement de me lancer dans le domaine de la production laitière», confie Courtney Courville, une étudiante de deuxième année dans le programme de Technique agricole de l’Institut de formation et de recherche agroalimentaire (IFRA) du campus d’Alfred de La Cité, «Notre ferme fait la traite de 40 vaches. La production de la ferme aujourd’hui n’aurait pas assez d’ampleur pour pouvoir survivre la disparition du système de la gestion de l’offre. Il serait nécessaire d’agrandir, mais il manque de main d’œuvre et de financement pour y arriver. Il est déjà de plus en plus difficile de réussir avec les coupures donc même la perte d’un petit pourcentage du marché à un grand impact. La gestion de l’offre est essentielle à la survie de la production laitière familiale à petite échelle au Canada. Il est important que la population s’éduque sur l’agriculture et la situation critique des producteurs laitiers canadiens», exprime Courville.

  Même avant de connaitre l’issue des négociations, l’incertitude entourant l’ALÉNA et d’autres facteurs comme le prix du lait réduit et les coupures de quota influencent déjà la prise de décisions quotidiennes sur les fermes laitières canadiennes. «C’est sûr qu’on a ralenti les investissements sur notre ferme», révèle Alexandre Castonguay, un producteur laitier de la relève de St-Isidore, dans l’est-ontarien, «Nous favorisons les investissements qui réduiront nos coûts de production et/ou qui améliorera notre efficacité. Il faut rester réaliste, le prix du lait a fait réduire nos revenus donc il faut s’adapter pour rester le plus rentable possible».

«Est-ce réalisable de poursuivre mon rêve d’être la 5e génération à exploiter la ferme familiale?», comme c’est sûrement le cas pour plusieurs producteurs de la relève, cette question repasse sans cesse dans l’esprit de Courville. Par contre, à travers toutes les incertitudes, l’opinion générale de cette jeune relève canadienne dévouée et passionnée semble optimiste malgré tout. «J’ose espérer que la pression faite par l’industrie et par les producteurs laitiers va suffire pour convaincre notre gouvernement de défendre nos intérêts pendant les négociations de l’ALÉNA», déclare Castonguay avec conviction, «Nous devons nous adapter aux réalités du marché de l’industrie, mais je suis sûr qu’en tant que producteur laitier canadien nous allons être capable de surmonter les défis et de nous battre pour notre système de la gestion de l’offre. Je continue de croire qu’un bel avenir nous attend».

   

 

 

 

 

 

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