Le 1er juin 2005

Son rêve se réalise enfin!

Par Chantal Quirion


C’est un grand jour pour Émile Niyonzima. Une page importante de son histoire vient d’être tournée, la fin d’un chapitre qui laisse deviner une suite captivante.

Parmi la liste des diplômés de la vingt-troisième promotion du Collège d’Alfred de l’Université de Guelph, Émile a le plaisir de voir les lettres de son nom s’y détacher, couronnement de deux ans d’efforts mus par un désir tenace de réussir. Sans vouloir à tout prix faire de distinction, on ne peut nier que cet aboutissement est d’autant plus remarquable lorsqu’il s’agit d’un étudiant nouvellement arrivé au pays avec comme bagage, le statut de réfugié et tout ce que cela peut comporter de défis.

En ce bel après-midi du mois de mai, Émile Niyonzima n’a pas seulement obtenu son diplôme en Technologie agricole, il s’est aussi distingué en décrochant le prix du Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien pour la meilleure maîtrise de la langue française durant son séjour, fait de loin exceptionnel puisqu’au cours des onze années précédant ses études à Alfred, il a évolué dans un environnement anglophone. Chapeau!

Son excellence académique et sa persévérance ont été également soulignées avec l’attribution de la prestigieuse bourse de la Financière agricole du Canada qu’il a remportée avec sa coéquipière Anne-Marie Richer pour l’excellence de leurs travaux écrits dans le cadre du projet de ferme.

Quiconque est familier avec le Collège d’Alfred connaît l’ampleur légendaire de la tâche associée à ce projet: « J’y ai laissé plusieurs jours et plusieurs nuits, dit-il. J’ai même dû suspendre mon emploi temporairement pour m’y consacrer. Mais je suis content car ce que j’ai perdu à gauche, je l’ai retrouvé à droite! »

Comme l’ensemble des étudiants parrainés par l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC), Émile laisse derrière lui un long parcours d’exil. Fuyant la guerre civile qui sévit au Burundi, il entreprend à l’âge de quinze ans, le dur périple qui le mènera en lieu sûr au Congo RDC. Il est alors accompagné de deux garçons de son quartier. Il se dirigera ensuite vers la Tanzanie où dans un camp de réfugiés, il retrouvera son frère et ses deux s’urs. Mais son père et sa mère ne sont plus.

Il y demeurera quatre ans, jusqu’à ce que débordée par le flux de réfugiés, la Tanzanie force le rapatriement. Il préférera se rendre au Malawi dans un autre camp plutôt que d’être exposé aux conflits qui perdurent dans son pays natal.

Bien qu’il s’accommode de cette vie, il reconnaît qu’avoir le statut de réfugié ne correspond en rien avec la normalité d’un citoyen. « Jamais tu ne peux te sentir chez toi, dit-il. Il n’y a pas vraiment de vie sociale, tu es coupé de ta culture et de tes valeurs. »

À son arrivée au Malawi, il y a déjà eu quelques parrainages grâce à l’EUMC et cela lui donne espoir: « je me dis que je dois faire un effort pour conserver une base solide en français et que c’est ma seule chance pour avoir une porte ouverte pour poursuivre mes études dans un pays francophone, j’en fais un engagement personnel. » Dans les camps en Tanzanie ou au Malawi, les gens échangent dans leur dialecte et la langue officielle est l’anglais. Il trouve des moyens pour conserver ses acquis linguistiques, organisant des pièces de théâtre, offrant ses services pour enseigner le français à l’école élémentaire et en lisant beaucoup.

En septembre prochain, cela fera deux ans qu’Émile est résidant canadien et plus particulièrement citoyen ontarien, puisqu’il se sent fidèle à sa terre d’asile: « je sens que c’est ma province, j’ai l’amour de l’Ontario qui m’a accueilli. » Il est particulièrement attaché à Alfred où il a connu des gens merveilleux, des gens qui l’ont reçu à deux mains, pour prendre son expression. « Ça m’a aidé à me sentir à la maison plutôt que comme un étranger. »

C’est en grande partie pour cette raison qu’il a opté pour l’Université d’Ottawa où il entreprendra un baccalauréat en gestion dès l’automne prochain. Cette démarche s’inscrit dans le cheminement qui doit le mener vers une carrière en développement international, son objectif. Il a l’ambition de s’attaquer à un défi de taille: la faim dans le monde! C’est pourquoi il est convaincu que les connaissances qu’il a acquises au Collège en agriculture lui seront d’une aide précieuse, de même qu’augmenter ses compétences en gestion l’aidera pour l’élaboration de projets.

Il compte également faire un stage au Mexique à l’été de 2006 pour compléter son certificat de spécialisation en développement international du Collège d’Alfred, ce qui lui permettra aussi de concilier son attrait pour les voyages: « je suis amateur de voyages. J’aime découvrir de nouveaux milieux, voir des choses différentes. Depuis que je suis ici, je me suis promené beaucoup et je me suis fait des amis un peu partout. »

Avant d’entreprendre ce nouveau périple, Émile demeure à Lefaivre pour l’été, où il poursuit son stage pratique sur une ferme laitière, La Gantoise. Ce qui lui permet de s’initier à différents aspects de cette production, un travail qu’il aime beaucoup.

Maintenant âgé de vingt-six ans, Émile Niyonzima se dit très content de cet aboutissement et bien heureux de son évolution. C’est pourquoi, il aimerait profiter de l’occasion pour livrer un message: « Je tiens à remercier les professeurs, la communauté d’Alfred, les gens du comité local d’entraide et les amis qui ont semé en moi ce germe. Je puis les assurer que je vais l’entretenir et que leur satisfaction sera ma fierté! »

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