Le 17 mars 2005

Steve Peters à Chute-à-Blondeau: des discours et pas d’argent

Par Nadia Carrier*, collaboration spéciale


Non, hélas! Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation en visite à Chute-à-Blondeau, dans l’extrême Est ontarien, n’a pas annoncé d’argent neuf pour contrer les effets d’une crise généralisée qui touche maintenant la quasi-totalité des secteurs agricoles.

Mais là n’était pas le but de la visite de l’honorable Steve Peters dans le petit village de l’est de la province. Il était là pour réentendre les revendications des producteurs agricoles qui en ont gros sur le c’ur et peu dans les poches.

Encore des discours
Plus d’une centaine d’agricultrices et d’agriculteurs ont patienté une demi-heure avant de pouvoir transmettre leurs suggestions quant aux actions que le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario (MAAO) devrait ou ne devrait pas entreprendre afin d’atténuer les effets de la crise. C’est donc après trente-cinq minutes de discours que les producteurs ont pu s’adresser au Ministre pendant les vingt minutes suivantes. « On est tanné des discours de politiciens, on veut de l’action », a lancé Pierre Bercier, producteur laitier à St-Isidore et président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), résumant bien l’impatience qui régnait dans la salle.

D’autres ont dénoncé le fait qu’il y ait trop de comités, trop de discussions et que cela occasionne entre autres de trop longs délais avant que des actions concrètes soient entreprises.

Un producteur a fait aussi référence au nouveau comité formé récemment pour étudier la situation des producteurs de grains et d’oléagineux. « Pourquoi encore un comité qui analysera nos besoins’ », a-t-il demandé au ministre Peters.

En raison des prix dérisoires offerts pour leur maïs et pour leur soya, les producteurs canadiens qui ont la capacité d’entreposer leur récolte, la conserve dans l’espoir de voir les prix augmenter dans un avenir prochain. À cet effet, certaines meuneries pourraient être dans l’impossibilité de s’approvisionner au pays. On a demandé à Steve Peters de faire preuve de leadership et de travailler à ce que le Canada fasse cesser le dumping de maïs américain.

Un autre producteur s’est informé à savoir pourquoi le MAAO ne reconnaissait pas le groupe Lanark Landowners’ Association. M. Peters dit ne pas apprécier leurs méthodes de revendications et que le fait que ce groupe réclame le droit de vendre de la viande non inspectée peut mettre en danger toute la crédibilité de notre système d’approvisionnement. Une productrice était plutôt de l’avis que si rien n’est fait pour appuyer nos secteurs agricoles, les consommateurs n’auront plus d’autre choix que de se procurer des produits alimentaires provenant de l’extérieur du pays et sur lesquels nous n’avons aucun contrôle de qualité.

Ce qui est certain c’est que les agriculteurs ont besoin d’un soutien financier ponctuel qui devra venir très bientôt sinon le nombre de producteurs agricoles pourrait chuter drastiquement dans la prochaine année.

Le ministre s’est défendu tant bien que mal sur les questions et les commentaires qui lui ont été adressés. Toutefois, il a été incapable de mentionner pour quelles raisons le prix du boeuf au détail est toujours le même qu’avant le 21 mai 2003 tandis que le prix à la ferme est quasiment nul.

Manque de vision
Le ministre Peters a aussi été incapable de dire pourquoi l’Ontario avait prévu 300 millions dans son dernier budget pour l’industrie automobile et pratiquement rien pour le secteur agricole qui est le deuxième en importance de la province. À plusieurs occasions, il s’est esquivé en invitant les agriculteurs à exercer des pressions sur Andy Mitchell, le ministre fédéral de l’Agriculture.

Le président de l’UCFO s’est cependant dit agréablement surpris de constater que le ministre Peters connaissait bien ses dossiers. « Le problème n’est pas un manque de connaissance des dossiers, c’est plutôt un problème de manque de vision. Les gouvernements ont tout misé sur l’ouverture des frontières pour nos bovins et n’ont pas prévu de plan de rechange pour pallier à la situation où la frontière resterait fermée », a déclaré M. Bercier.

Par ailleurs, le président de l’UCFO déplore aussi le fait qu’il ait été le seul à s’adresser en français au ministre au cours de la réunion. « L’image qu’il a retenue, c’est sûrement que nous n’avons pas besoin de services en français », a-t-il conclu.

*Nadia Carrier, directrice générale à l’Union des cultivateurs franco-ontariens, est agroéconomiste de formation.

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