Économie et politique

«Tant que n’aura pas été faite la preuve de sa sécurité» Opposition massive contre le blé OGM au Canada

Par Pierre-Alain Blais, agronome
info.agricom@atreide.net


Une opposition quasi-générale s’est manifestée dans l’Ouest canadien contre la commercialisation éventuelle de blé transgénique (OGM).

En effet, une coalition disparate d’organisations agricoles et environnementales, rarement vue du même côté, dont la Commission canadienne du blé (CCB), l’Association des municipalités rurales de la Saskatchewan, le Conseil des Canadiens et Greenpeace Canada, ont fait parvenir une lettre de protestations à cet effet au Premier ministre Jean Chrétien. Les organisations «demandent au gouvernement fédéral de suspendre l’autorisation de blé génétiquement modifié à moins que soient prises en compte les inquiétudes des producteurs, des consommateurs et des marchands de blé canadien», souligne un communiqué de la CCB. La coalition réclame en fait un véritable moratoire sur la culture de blé OGM, «tant que n’aura pas été faite la preuve de sa sécurité».

Des inquiétudes de toutes parts « Les agriculteurs et les différents intervenants de l’industrie du grain s’inquiètent des pertes de marchés et des risques pour la bonne réputation du Canada concernant la qualité de ses variétés de blé. Les producteurs sont également soucieux de l’impact agronomique des organismes génétiquement modifiés en général. Quant aux consommateurs, c’est la sécurité de leurs aliments et le peu de fiabilité des réglementations qui les inquiètent», peut-on lire dans la lettre adressée au Premier ministre Chrétien. Les producteurs biologiques s’inquiètent, quant à eux. «Ils s’interrogent à propos des effets néfastes sur la viabilité du secteur de plus en plus prospère de la production biologique au Canada», poursuit la lettre.

La CCB dit non au blé OGM La commission canadienne du blé s’est prononcée contre la culture de blé transgénique, selon Rhéal Cenerini, porte-parole de la CCB. «C’est essentiellement une question de marketing», a-t-il déclaré. «Bon nombre de nos acheteurs dans les pays étrangers, que ce soit en Europe, en Asie ou en Afrique, nous ont indiqué qu’ils ne voulaient pas de blé transgénique», poursuit le porte-parole de la CCB.

«Nous croyons que nos agriculteurs seraient les premiers à en souffrir, si ces marchés nous étaient fermés». Les inquiétudes au point de vue agronomique sont importantes. Le blé OGM qui est proposé est résistant à l’herbicide Roundup (glyphosate), qui est un des outils de lutte aux mauvaises herbes les plus utilisés au niveau des Prairies.

«Si cette résistance au glyphosate devait se propager accidentellement, on se créerait des problèmes très onéreux à régler à long terme», avertit M. Cenerini. Ségrégation des récoltes Loin de faciliter la tâche, l’introduction de blé OGM compliquera la situation à la récolte explique le porte-parole Cenerini: «Vu que ce blé transgénique a exactement la même apparence que la récolte normale, il faudra également mettre en place un système de ségrégation des récoltes. Ce système-là n’est pas en place encore». On pourrait facilement se retrouver avec des problèmes de contamination comme avec le maïs StarLink l’automne dernier. «En ce moment, le blé transgénique représente un risque que nous ne sommes pas prêts à prendre», déclare le porte-parole de la CCB.

La lettre de protestation envoyée au Premier ministre canadien aurait reçu l’appui de plus de 210 associations de groupes d’intérêts, de gouvernements locaux et de groupes de citoyens au Canada. La coalition a également le soutien de plus de 50 experts et chercheurs canadiens et de 60 organisations internationales. «On lui demande [au gouvernement] de tenir compte des inquiétudes de tous les groupes, et de ne pas permettre la production de blé transgénique à grande échelle à ce moment-ci», résume Rhéal Cenerini.

Du blé OGM à l’essai en secret À l’origine de tout ce brouhaha et ce qui semble-t-il aurait suscité l’inquiétude générale : des essais gardés ?secrets’, pour des raisons de sécurité, de blé OGM en territoire canadien et dûment autorisés par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

Le ministre de l’Agriculture de l’Île-du-Prince-Edouard s’est dit outré qu’Ottawa refuse de dévoiler l’emplacement des cultures expérimentales de blé génétiquement modifié qui poussent quelque part dans sa province. En raison de la pollinisation croisée, ces cultures pourraient en endommager d’autres, craint Mitch Murphy. Dans une lettre que le ministre Murphy a reçu en mars dernier, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) indiquait que la multinationale Novartis allait cultiver du blé modifié génétiquement dans des champs dont l’emplacement serait tenu secret.

L’ACIA aurait dit au Ministre que Novartis ne révélerait aucun emplacement, la compagnie craignant que les cultures soient la cible d’espionnage industriel et de vandalisme.

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