Volume 38 Numéro 8 - Le 19 mars 2021

Tirer profit de l’énergie solaire peut être payant !


Photo: Pixabay


Par Julyen Renaud

Ce n’est un secret pour personne : les bâtiments agricoles sont énergivores. En fait, que ce soit en électricité, en gaz naturel, en mazout, en propane, en diesel ou en essence, les dépenses énergétiques sont importantes en agriculture et les coûts associés peuvent grimper rapidement. Il est toutefois possible de tirer profit de l’énergie solaire pour réduire sa facture d’électricité et même générer un profit. Pour certains agriculteurs, il peut être intéressant d’effectuer un virage vers cette source d’énergie renouvelable. S’il est vrai que cette transition est parfois onéreuse, l’investissement pour se doter des technologies nécessaires est généralement profitable à plus ou moins long terme.

Panneaux solaires photovoltaïques

Les plus connus sont les panneaux solaires photovoltaïques qui convertissent l’énergie émise par le soleil en électricité. Ces appareils sont fabriqués avec des matériaux photosensibles comme le silicium amorphe ou le silicium cristallin. Lorsqu’ils entrent en contact avec les rayons provenant du soleil, ils libèrent des électrons et créent ainsi un courant électrique continu. Ce courant continu est emmagasiné dans un dispositif de stockage d’énergie (batterie) et passe par un ondulateur dont le rôle est simple : convertir ce courant continu en courant alternatif propre à l’utilisation. Cette technologie est beaucoup plus abordable de nos jours qu’il y a quelques années et s’intègre bien aux bâtiments agricoles.

Informez-vous auprès de votre compagnie d’électricité pour savoir si celle-ci offre le service de facturation nette. Grâce à ce service, vous pouvez économiser sur vos coûts en électricité en produisant votre énergie grâce à une source d’énergie renouvelable. Advenant que vous produisiez plus d’électricité que vous en avez besoin, des crédits pourraient vous être attribués sur votre prochaine facture.

Produire de l’énergie solaire peut aussi être profitable. Chez Terryland Farms, à Saint-Eugène dans l’Est ontarien, on produit de l’électricité grâce à des panneaux photovoltaïques depuis une dizaine d’années. L’électricité produite chez eux est vendue directement au réseau. Pour Terry Heinzle et sa famille, la décision était évidente à prendre à l’époque : « Pour nous autres, c’était assez facile quand on l’a fait. On a regardé le coût d’installation, on a regardé le revenu que c’était supposé [générer] et on faisait de l’argent. C’était aussi simple que ça, alors pourquoi pas ? »

Panneaux solaires thermiques

En agriculture, ce type de technologie est souvent utilisé pour le chauffage de l’eau. Le chauffe-eau solaire sert souvent à préchauffer l’eau avant que celle-ci n’entre dans le chauffe-eau conventionnel. Ainsi, la consommation d’énergie du chauffe-eau conventionnel est amoindrie qu’il fonctionne au propane, au gaz naturel ou à l’électricité.

Le Bureau de l’efficacité et de l’innovation énergétiques (BEIE) du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, dans sa fiche détaillée sur les panneaux solaires thermiques de 2012, explique le fonctionnement de ceux-ci dans le contexte du préchauffage de l’eau : « Le fluide caloporteur qui circule dans le capteur solaire capte la chaleur et la transporte à travers la tuyauterie jusqu’au réservoir de stockage d’eau préchauffée. […] Progressivement, le fluide caloporteur cède sa chaleur à l’eau d’utilisation. […] Le fluide caloporteur refroidi remonte ensuite vers les capteurs solaires pour démarrer un nouveau cycle. Le fluide caloporteur circule généralement à l’aide d’une pompe […] »

Murs solaires

Le fonctionnement d’un mur solaire est semblable à celui d’un panneau solaire thermique. En fait, le principe est le même, mais on réchauffe de l’air et non pas de l’eau. Le mur solaire est fait d’une tôle foncée perforée qui agit en tant que capteur solaire thermique. Celle-ci est installée sur le mur sud du bâtiment afin de maximiser l’exposition au soleil. L’air extérieur passe par les orifices dans les capteurs solaires thermiques, est réchauffé et termine sa course dans l’espace qui existe entre le mur solaire et le mur porteur du bâtiment. Cet air réchauffé est ensuite distribué dans le bâtiment via un conduit ou en été, peut être notamment dévié vers l’extérieur afin d’éviter la hausse des températures à l’intérieur.

Selon la fiche détaillée du BEIE qui traite des murs solaires, « […] le mur solaire est particulièrement bien adapté aux élevages dont la température de consigne est élevée et la densité animale relativement faible (faible production de chaleur sensible des animaux). Les élevages de poulets de chair et de veaux de même que les sections de mise bas et de pouponnières porcines peuvent le mieux profiter de cette technologie. Le mur solaire peut également être utilisé pour des applications plus spécialisées comme le séchage de fourrages, de céréales ou même de fumier de volailles. »

Bryan Boucher-Côté, consultant en bâtiment bioclimatique et mesures d’efficacité énergétique et PDG de AB2C Energy, une entreprise située à Drummondville au Québec, est clair sur les avantages qu’offre un mur solaire pour la planète et pour les poches des agriculteurs. AB2C Energy collabore avec Aéronergie depuis déjà près d’un an et ces entreprises installent des murs solaires un peu partout, notamment en Ontario. «Pour être en harmonie avec l’intention de produire de la nourriture propre et sans émission de gaz à effet de serre, c’est une solution qui aide à arriver à ces fins-là», dit M. Boucher-Côté. Si l’économie d’argent est évidemment relative à la taille du mur, les économies sur les coûts de chauffage peuvent être importantes : «Un mètre cube de gaz naturel coûte 35 à 50 cents, donc on comprendra que quand on a, dans notre cas à nous ce sont souvent des milliers et des milliers de mètres cubes d’économisés, l’économie [devient substantielle]. […] La diminution au niveau de l’émission de gaz à effet de serre et aussi la diminution de la consommation en mètres cubes [de combustibles fossiles] va jusqu’à 80 % de la facture si l’on additionne toutes nos mesures dans l’efficacité énergétique.»

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