Le 5 novembre 2003

Un ennemi mortel de l’érable est arrivé au Canada

Par Pierre-Alain Blais


Le longicorne asiatique. Source: APHIS-USDA.

L’Agence canadienne d’inspection des aliments confirme la découverte d’une infestation de longicornes asiatiques dans la banlieue de Toronto ? secteur Vaughan ? en septembre dernier. Le longicorne asiatique est ce terrible insecte perceur d’arbres feuillus importé accidentellement de Chine aux États-Unis et qui représenterait une menace sérieuse pour les essences de bois dur nord-américaines.

Le 4 septembre dernier, une population résidante de longicornes asiatiques a en effet été découverte dans un boisé de feuillus à Vaughan en banlieue de Toronto, situé dans une zone industrielle à la croisée des autoroutes 407 et 400. Des dizaines, voire des centaines d’arbres seraient possiblement infestés. Une zone dépassant les 13 kilomètres carrés a été mise en quarantaine et a été l’objet d’un dépistage intensif.

Il s’agit de la première fois que l’on détectait une population établie du longicorne asiatique au Canada, confirme l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Selon l’avis des experts dépêchés sur les lieux, l’introduction initiale pourrait remonter à 4 à 6 ans.

Comme ce fut le cas à Chicago et à New-York, c’est un citoyen qui a observé la présence de l’insecte et qui a averti les autorités, ce qui démontre toute l’importance de sensibiliser la population, souligne un groupe de vigilance du ravageur basé au Québec. « Les citoyens sont la première ligne de défense contre ce dangereux ravageur », disent-ils.
Suite à des recherches plus intensives menées par l’ACIA dans le périmètre de la zone initiale vers la mi-septembre, d’autres arbres infestés ont été retrouvés à l’extérieur de la zone infestée initiale. Ces arbres se retrouveraient dans des zones résidentielles.

L’ACIA dit s’apprêter à lancer une « campagne dynamique de lutte et d’éradication » contre ce ravageur indésirable, avec la pleine collaboration de la ville de Vaughan, de la ville de Toronto et de ses autres partenaires fédéraux, provinciaux et municipaux. « Tout le matériel des arbres hôtes infestés ou avoisinants sera détruit pour éliminer le risque que le longicorne asiatique ne se propage à des arbres non infestés », explique l’ACIA, qui a aussi interdit aux propriétaires touchés de se débarrasser de tous résidus végétaux dans les ordures régulières.

Même si l’insecte ne pose aucun risque pour la santé publique, précise l’Agence, ce longicorne représente une menace importante pour les forêts et les arbres feuillus du Canada. Il faut savoir que le longicorne asiatique, comme beaucoup de ravageurs accidentellement introduits, ne compte pour l’instant aucun ennemi naturel qui pourrait empêcher sa propagation en Amérique du Nord.

Le longicorne asiatique est un insecte coléoptère d’un noir brillant doté de points blancs qui attaque principalement les arbres feuillus, et qui préfèrerait surtout les érables et les marronniers d’Inde.

Les larves du longicorne tuent les arbres en se nourrissant à l’intérieur des troncs et des branches. Les arbres attaqués dépérissent et meurent éventuellement. Les conifères sont immunisés contre ce ravageur d’Asie.

Selon Brian Barkley, le directeur général de la Forêt modèle de l’Est de l’Ontario (FMEO), « l’incapacité à contenir l’infestation du longicorne asiatique pourrait avoir des effets dévastateurs à long terme à travers la province ». Selon ce dernier, l’infestation découverte à Toronto est encore contrôlable et n’aurait pas encore atteint le territoire de la Forêt modèle qui s’étend du comté de Lanark jusqu’à la frontière du Québec à l’est de Cornwall.

Le FMEO a adressé une lettre aux ministres responsables de l’Agriculture et des Ressources naturelles de l’Ontario et du gouvernement fédéral, ainsi qu’à l’ACIA pour offrir sa collaboration. À titre d’exemple, souligne le forestier Barkley, « les résidants de Toronto qui doivent sacrifier des arbres sur leur propriété privée devraient pouvoir compter sur un programme de reboisement qui pourrait être mis en oeuvre par des organisations telles que la Fondation canadienne de l’arbre ».
Soulignant le fait que la réaction des autorités gouvernementales sera principalement réactive, Brian Barkley préconise une approche proactive de la part des agences de lutte. « Toronto est à mettre sur pied une équipe d’intervention d’urgence similaire à celles qui combattent les feux de forêt? ce qui est très bien », indique-t-il. « Toutefois, il faudrait créer une équipe de surveillance à l’extérieur de Toronto afin de détecter le plus tôt possible les échappés de longicorne asiatique au-delà des limites de la ville ».

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