Le 16 février 2005

Un festival de la vache: bravo, mais attention!

Par Pierre Bercier, président, Union des cultivateurs franco-ontariens


Il n’y a pas si longtemps encore, lorsqu’on voulait se moquer d’un agriculteur qui était un peu en retard dans les nouvelles on lui disait « vend tes vaches et arrive en ville ». Heureusement aujourd’hui pour les gens d’Embrun, de nombreux agriculteurs ont fait la sourde oreille à ce propos assez condescendant et ils ont gardé leurs vaches’ et ils sont demeurés à la campagne.

Un beau projet se dessine à Embrun dans l’Est ontarien: celui de créer de toutes pièces un festival dont la mascotte serait une vache et dont le thème serait la production bovine. Des entrepreneurs y travaillent fébrilement avec beaucoup d’enthousiasme. Et pourquoi pas! Étant donnée que les Comtés unis de Prescott et Russell sont en quête d’identité, pourquoi ne pas choisir la sympathique vache à lait comme une mascotte de notre coin de pays. Ne sont-ils pas d’ailleurs, la 2e région au Canada où il se produit le plus de lait, et que dire des producteurs laitiers du comté de Russell (Embrun) qui ont les troupeaux les plus performants de la province selon DHI (le contrôle laitier de l’Ontario). La production laitière n’est-elle pas le moteur économique de la région, c’est-à-dire la vache à lait de ce coin de pays’

La vache, depuis les lustres des temps, exerce une fascination chez l’humain. La définition que le petit Robert en fait est un exemple éloquent.

Vache: la vache, animal sacré en Inde. Les sept vaches grasses et les sept maigres dont parle la Bible, symbole de l’alternance de l’abondance et de la disette. Plancher des vaches. Vache à lait: personne qu’on exploite, qui est source de profit pour une autre. Gargantua « pleurait comme une vache ». Être gros comme une vache, très gros. Comme une vache qui regarde passer les trains, manger de la vache enragée, parler français comme une vache espagnole*. Chacun son métier, les vaches seront bien gardées. Elle est vachement bien, ils nous aident vachement, etc.

Rappelez-vous, pour les plus vieux, de Fernandel dans le film « La vache et le prisonnier », son personnage parvenait à s’enfuir d’un camp allemand, tenant une vache au bout d’une corde. Personne, ni même les Nazis ne pouvaient s’imaginer qu’un homme tirant une vache par le cou, puisse être un fugitif. Le pouvoir innocent de la vache!

Avant Noël, les producteurs du Québec ont offert des vaches à leurs ministres et à leurs députés en guise de protestation des bas prix du boeuf. Cela a fait la « Une » des médias, et l’opinion publique était de leur côté. Le pouvoir médiatique de la vache!

Quand on contemple la vache et son nouveau-né, on a des sentiments d’assurance, de réconfort et de confiance, devant tant d’instinct maternel. Les gens, en général, sont attirés par les vaches parce qu’elles reflètent l’image angélique de naïveté qui nous fait rire avec leurs grands yeux bleus inoffensifs.

Les vaches sont omniprésentes dans nos vies, par exemple, chansons, proverbes, comparaisons et bien plus. La vache est un symbole, un être mythique, une fontaine nourricière, un symbole de fertilité exprimant la maternité. Et en plus, en raison justement des images et des symboles qu’elle projette, la vache se prête bien à l’humour de bon goût.

Ceci dit, des mises en garde s’imposent. La vache peut aussi faire allusions à des choses désagréables. Ne dit-on pas d’une parole ou d’une action méchante que c’est une « vacherie ». Ne dit-on pas de quelqu’un qui nous joue un mauvais tour que c’est une vache! Le risque de dérapage est omniprésent et le plus grand danger est qu’en voulant faire de la vache une attraction touristique payante sur des thèmes humoristiques mal choisis, on en arrive par inadvertance à ridiculiser l’industrie de l’élevage bovin et pire encore le noble travail des éleveurs.

Les producteurs bovins sont très chatouilleux par les temps qui courent. On les traite de méchants pollueurs, on critique leurs pratiques ayant trait au bien-être des animaux et on leur impose des coûts supplémentaires pour assurer la traçabilité et la qualité de leurs produits. Ils n’ont pas besoin d’un coup médiatique qui dévalorisera leur industrie ou portera ombrage à leur travail avec leurs animaux.

Cela dit, l’Union des cultivateurs franco-ontariens s’implique dans ce projet parce qu’elle y voit aussi, à l’inverse, une belle occasion de réaliser une partie de son mandat qui est:

– D’informer les consommateurs de la provenance des aliments et des méthodes de production;
– De valoriser l’agriculture auprès des citoyens, des jeunes (la relève) et des politiciens;
– De rassembler les intervenants du secteur agricole de la région de Prescott et Russell et aussi d’ailleurs;
– De faire la promotion de nos produits laitiers « les meilleurs et les moins chers au monde »;
– De souligner l’expertise des producteurs laitiers de la région;
– D’encourager l’agrotourisme;
– De valoriser la langue et la culture française.

Bonne chance aux entrepreneurs d’Embrun. L’UCFO est à vos côtés pour vous aider à réussir et vous éviter des erreurs qui pourraient vous faire perdre l’appui des agriculteurs.

*Déformation de « parler français comme un basque espagnol ».

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