Volume 26 Numéro 19 Le 3 juin 2009

Un nouvel abattoir à Hearst dans le Nord de l’Ontario

Par Marc Dumont, collaborateur régional


Guylaine Tremblay en train de préparer les peperettes. Son abattoir en produit présentement 200 lb. par jour. Photo courtoisie.

Vivre d’agriculture dans le Nord de l’Ontario aussi loin qu’à Hearst: il faut le vouloir! Ici pas question de s’astreindre à suivre les lois du marché. À Hearst ce serait se laisser mourir!

Non seulement Guylaine Tremblay et Michel Bureau défient toute logique agricole en se lançant dans la production de bovin ; ils construisent un abattoir provincial.

Comment en sont-ils arrivés à prendre une telle décision’ Pourtant le calcul est simple: faire abattre une bête coûtait 500$. Il fallait se rendre à Earlton, l’abattoir le plus près qui est à 4h30 de route de Hearst. Le coût de l’essence, du camion, de l’employé et de l’allée/retour deux fois: ça fait 500$ par tête.

Il faut savoir que le couple fait la transformation de la viande: jambon, salami, pepperettes, saucisses et coupes de viandes. En tout de 20 à 25 produits. Pour faire tout ça, il faut présentement 200 têtes de bétail par année pour répondre à la demande.

Alors avec 200 têtes à 500$ la tête à l’abattage, pour continuer à être rentable, il valait mieux construire leur propre abattoir.

Mais comment Guylaine et Michel peuvent-ils vendre une telle production’

Nous sommes à Hearst ne l’oublions pas. L’esprit de communauté, on connaît ça! L’achat local, à Hearst, c’est du sérieux dans l’esprit de cette communauté. Son éloignement fait que la culture d’entreprenariat est forte. Ici il y a une demande pour la viande fraîche et de transformation locale. Même l’épicerie Independant offre à son comptoir de viande les produits de Guylaine et Michel parce qu’on les demande.

Vous êtes surpris ! C’est que vous n’avez pas encore rencontré Guylaine. Elle a dû pousser et pousser fort. « Si tu prends tout le potentiel juste dans ta ville et si tu penses à ton affaire autant pour les magasins que les prélèvements de fonds: tu peux y arriver. C’est seulement si j’ai de l’extra que j’irai dans la ville voisine. Puis on est arrivé juste à temps. Depuis 10 ans, les gens commencent à regarder local et à demander local », vous dira-t-elle.

Ce couple s’est lancé en agriculture en 2004 et Guylaine espère que son initiative réussira à relancer une industrie agricole anémique dans son coin de pays. En plus des services de l’abattage et de transformation, il y a le ramassage des bêtes et la livraison de la viande avec un camion réfrigéré. En arrière plan, ses services servent à faire passer le message qu’il n’est pas nécessaire d’investir massivement quand certains prendront la décision de s’embarquer en agriculture.

Bovin de race Highland
Guylaine et Michel veulent se spécialiser dans l’élevage du bovin de race Highland. Ces bovins peuvent survivre à des températures de moins -60°C. Le troupeau a été installé dans un habitat naturel et bientôt tout sera aménagé pour recevoir le public.

Si ces bêtes résistent au froid, il faut savoir qu’il n’est prêt à abattre qu’après 4 ans au lieu de 2 pour les autres races. Sa viande contient presque 4 fois moins de cholestérol, elle est donc meilleure pour la santé. Puis elle est plus tendre et son goût est spécial. À cause de son coût de production plus élevé, elle se prête mieux à la cuisine haute gamme.

Les nouvelles installations pour la transformation seront prêtes vers la mi- juin et l’abattoir vers la mi-août. Alors on pourra y faire abattre la volaille, le porc, le boeuf et le mouton.

Pour ce qui est de la capacité, la question ne se pose pas. Le couple a décidé de commencer petit. Par exemple la production de pepperettes sera de 200 livres par jour.

Guylaine reconnaît qu’il faut être courageux pour se lancer ainsi et elle a peur de rien. « Je crois en ce que je fais. Quand on a le feu, quand on a une vision, c’est facile de trouver l’énergie en dedans de soi ! » clame Guylaine Tremblay de Hearst.

Qui veut gager que ce couple réussira? Il se donne 10 ans pour y arriver.

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