Volume 29 Numéro 22 Le 3 août 2012

Un OGM « écologique »?

Par Ariel Fenster, Organisation pour la science et la société de l?Université McGill


Le principe de l’agriculture écologique, ou bio est d’utiliser uniquement des moyens de production dérivés de la nature. Dans cette optique, ses partisans rejettent les pesticides d’origine synthétique. Ils rejettent aussi, bien sûr, les plantes qui ont été génétiquement modifiées pour produire leur propre insecticide, même si celui-ci est d’origine naturelle.

C’est le cas par exemple du maïs Bt qui a été génétiquement modifié pour produire une toxine naturelle qui, elle, est permise dans l’agriculture bio si elle est épandue.

Toutefois, tant dans l’agriculture bio que conventionnelle, l’idéal serait d’éviter complètement l’utilisation de pesticides qui, de leur nature même, sont toxiques. Les travaux des scientifiques de l’Institut de recherche Rothamsted, en Angleterre, vont dans ce sens. Mais là où leur stratégie est inhabituelle, c’est dans leur utilisation du génie génétique pour arriver à leur fin et dans leur campagne de sensibilisation du public.

Les pucerons sont parmi les plus importants ravageurs du blé (ci-contre). Ils adorent la sève exsudée par la plante et la sucent jusqu’à sa destruction. Lutter contre l’infestation demande des pesticides à large champ d’action qui, du fait de leur nature, causent de nombreux problèmes. Cela va de la résistance – les pesticides perdent leur efficacité – à la destruction d’espèces non ciblées. L’approche des chercheurs de Rothamsted est d’agir directement sur le blé pour y introduire un système de défense naturelle.

Les insectes comme les pucerons communiquent entre eux en émettant des produits chimiques qu’on appelle des phéromones. Certaines phéromones agissent comme des attirants sexuels pour faciliter la reproduction, d’autres tracent la route vers les sources de nourriture et d’autres encore servent d’alarme en cas de danger. Dans le cas des pucerons, c’est ce dernier type de phéromone qui a été identifié. Il s’agit d’une molécule assez simple, le bêta-farnésène. Cette même molécule est aussi présente naturellement dans certaines plantes, notamment dans la menthe poivrée où non seulement le bêta-farnésène agit comme agent répulsif pour les pucerons, mais également comme phéromone d’attraction pour les coccinelles, leurs ennemis naturels. Après avoir identifié le gène qui code la production de bêta-farnésène chez la menthe poivrée, les chercheurs de Rothamsted l’ont introduit dans des plants de blé pour en repousser les pucerons et y attirer les coccinelles. Jusqu’à présent, les essais de laboratoire ont été concluants. Cette démarche offre un moyen de lutter contre les pucerons d’une manière en théorie beaucoup plus responsable envers l’environnement.

Mais il s’agit ensuite de déterminer si la technologie est aussi efficace en dehors du laboratoire et si elle ne cause pas de problèmes imprévus. Ce qui demande des études en plein champ. C’est là que les forces anti-OGM se sont mises en action, promettant de détruire, comme cela se fait en France avec les « Faucheurs volontaires », toute parcelle où le blé OGM serait planté.

La réponse des chercheurs de l’Institut Rothamstead a elle aussi été inhabituelle pour des scientifiques. Au lieu de se retrancher dans leur tour d’ivoire, ils ont monté toute une campagne pour convaincre les anti-OGM des bienfaits potentiels de leur recherche pour l’environnement. Il y a même une vidéo sur YouTube où les scientifiques plaident leur cause. Une campagne qui fait que, contrairement à ce qui s’est produit dans le passé, le public et les médias ont majoritairement soutenu leur cause. Face à cette situation, les anti-OGM ont décidé de continuer à manifester contre les essais en plein champ, mais de ne pas essayer d’arracher les plants de blé. À suivre…

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