Le 5 mars 2003

Un pêcheur commercial à l’année dans l’est ontarien!

Par Josée Sauvé, correspondante régionale


De chez lui devant le lac Saint-François, M. Maurice Laframboise explique comment il opère son exploitation. Photo J.Sauvé.

Détenteur d’un permis de pêche commerciale dans le lac Saint-François et dans la rivière d’Ottawa, M. Maurice Laframboise, à l’aide de son frère et de son neveu, s’affaire à ses filets depuis déjà 33 ans. Ce résidantdans la région de Bainsville à l’est de Lancaster, ancien guide pour pêcheurs amateurs durant 29 années, gagne bien sa vie de ce métier traditionnel.

Il y a de nombreux pêcheurs commerciaux dans notre région compte tenu du nombre de lacs et de rivières. M. Maurice Laframboise en est un de ceux-ci.

«J’ai acheté le permis d’un pêcheur local lorsqu’il a décidé de prendre sa retraite en 1971. Depuis ce jour, je gagne très bien ma vie à jeter mes filets.»
M. Laframboise pratique son métier douze mois par année sur le lac Saint-François ce qui l’oblige à percer la glace en hiver. «Une journée avec une température de moins 30 degrés Celsius comme nous en avons tant eu cet hiver, la glace mesure au moins deux pieds», dit-il. «Lorsqu’il fait aussi froid ou qu’il vente, nous ne sortons pas vérifier les filets.»

«Je lance 40 filets dans le lac Saint-François, mais seulement 20 dans la rivière des Outaouais. Toutefois, cette dernière est trop loin pour rendre l’exploitation à l’année rentable. Je n’exploite donc cette voie d’eau que du 15 septembre au 15 novembre.»

M. Laframboise pêche la barbotte et le malachigan d’eau douce, pour lesquels il n’a pas eu à acheter de quota, ainsi que la perche et les anguilles, pour lesquelles il a dû acheter un quota peu dispendieux. «Nous ne pêchons qu’en saison. Par exemple, la saison de la perche débute le 15 août et finit le 15 mars de l’année suivante. Le malachigan est l’espèce la plus abondante dans le lac Saint-François. Pourtant, l’espèce qui rapporte le plus est l’anguille.»

«Toute ma prise est vendue à Toronto. J’achète celle d’autres pêcheurs commerciaux du Québec, et je livre le tout à mes clients de Toronto. J’ai des camions de livraison pourvus de citernes pour les prises vivantes comme les anguilles qui doivent être vivantes. J’ai également un générateur de glace qui me permet de conserver le produit jusqu’à la livraison. Enfin, mes camions sont réfrigérés assurant la fraîcheur de mon produit lorsqu’il est livré.»

L’entreprise de M. Laframboise est très productive. «Je pêche de 80 000 à 100 000 livres de poissons par année. Je gagne très bien ma vie mais je dois travailler dur. Je me lève ordinairement à environ 5 heures du matin, pour être sur l’eau à 5 h 30. Les filets sont toujours en place. Mes trois bateaux commerciaux, qui en hiver sont en cale sèche à différents endroits, sortent les filets remplis de poissons. Les poissons vivants sont aussitôt replacés dans des cages et dans l’eau. Les autres, nous les pesons pour enregistrer le poids de la prise, puis nous les plaçons rapidement sur la glace avant de remplir les formulaires du quota. Une sortie en bateau prend environ 4 heures.»

M. Laframboise connaît très bien la pêche. Il a été guide durant 29 ans. Son expérience lui vient de son père. «Je suis pêcheur, mon père était pêcheur, ainsi que mon grand-père. Ça fait au moins 100 ans que ma famille en fait son gagne-pain, dit-il. Je crois pourtant que les petits commerces de pêche sont appelés à disparaître dans les 10 à 15 prochaines années. Les coûts d’opération sont élevés et les restrictions gouvernementales trop importantes.»

Lors de rencontres des représentants de petits commerces de pêche et du ministère de la Chasse et Pêche lesquels ont lieu assez régulièrement, M. Laframboise remarque qu’il est le plus jeune à y assister bien qu’il ait 53 ans. Ses deux fils ont choisi des carrières différentes et n’ont pas l’intention de suivre son exemple.

«C’est un métier qui requiert de l’expérience. On doit savoir où aller, où les espèces de poisson iront à une saison ou une autre. On doit aussi savoir à quel endroit lancer les filets. Ce n’est pas un métier pour n’importe qui», ajoute M. Laframboise.

Et pourtant, M. Laframboise compte un jour prendre sa retraite. Il y a déjà pensé plus d’une fois. Il ne travaille déjà plus en été. Il laisse son neveu prendre la relève pour lui permettre de s’occuper de sa deuxième carrière. «Il y a neuf ans, je me suis acheté une ferme de 200 acres. J’y élève des bovins de boucherie. À l’est d’Alexandria, je possède une terre de 300 acres où je cultive du foin afin de nourrir mes bêtes. Je ne produis rien d’autre. La production de grandes cultures prendrait trop de mon temps, ce qui nuirait à mes activités commerciales. C’est pourquoi je me suis limité qu’à ça», dit M. Laframboise.

Il ajoute : «Je me suis acheté d’abord un petit troupeau mais je gardais toujours les taures et je vendais les taureaux de surplus. Mon troupeau compte aujourd’hui 140 têtes. Cette année, j’ai vendu 65 bêtes, parmi lesquelles se trouvaient des taures. Maintenant, je ne veux que maintenir le troupeau à sa grosseur actuelle.»

«Je compte garder la ferme encore 8 ou 10 années. C’est un bon investissement et les bovins peuvent être nourris à n’importe quelle heure du jour ce qui est pratique pour moi.»

Jusqu’au jour où il prendra sa retraite, M. Laframboise exploitera cette grande richesse naturelle et nous approvisionnera en poisson de chez nous.

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