Le 4 mai 2005

Un projet d’extraction de gravier inquiète à Dunvegan

Par Pierre-Alain Blais


Le projet d’ouverture d’une carrière d’extraction de gravier et d’installations d’asphalte et de béton de la Cornwall Gravel (mieux connue sous le nom de « Grant Ready Mix ») en terrain agricole de la petite communauté rurale de Dunvegan, à quelque six kilomètres au sud-est de St-Isidore-de-Prescott, suscite l’inquiétude des résidants de l’endroit.

Le problème proviendrait du fait qu’un vieux dépotoir contenant des produits néfastes pour l’environnement et situé à seulement 2,3 km du site d’extraction courtisé par la Cornwall Gravel, « risque de contaminer davantage les eaux souterraines de l’endroit, si on permet à la compagnie de creuser dans le roc jusqu’à une profondeur de 150 pieds », explique Robert Hinse, producteur de petits fruits de Dunvegan et membre du comité d’opposants qui se nomme « Quaries Are The Pits ».

Ce qui a mis la puce à l’oreille du comité d’opposants, ce sont les études hydrologiques récentes que le village de St-Isidore a fait faire pour déterminer l’origine des eaux captées par ses puits d’eau potable. Il semble que ces eaux viennent en droite ligne du sud-ouest, voyageant rapidement dans la roche sédimentaire fracturée depuis la localité rocheuse de Dunvegan, située à une élévation de plus de 30 mètres plus haut. Une faille géologique dans le roc friable serait même ouverte en surface à quelques pas du site proposé.

« La Cornwall nous a dit qu’elle demandait un permis de pompage d’eau de 800 000 litres par jour, au cas où la carrière s’inonderait, confie M. Hinse. Nous craignons qu’un tel pompage intensif ne fasse qu’accélérer la diffusion des contaminants toxiques qui s’échappent du vieux dépotoir et que ceux-ci migrent plus rapidement vers les terres agricoles de St-Isidore ».

Cette possibilité aurait même été corroborée par un hydrologiste indépendant affecté au dossier. Les résidants s’inquiètent aussi de l’abaissement éventuel du niveau de la nappe causé par un tel pompage massif. Ils disent que des puits se sont asséchés lors des deux étés secs que l’on a connus dans la région. Des éleveurs ont dû charrier de l’eau pour abreuver leur bétail.

D’ailleurs, la municipalité de Glengarry Nord s’oppose au projet de la Cornwall Gravel et refuse d’accorder le changement de zonage demandé. Le problème? La Cornwall conteste la décision de la municipalité et a fait appel devant le tribunal de la Commission d’appel municipale de l’Ontario (CAMO) qui doit examiner l’affaire vers la mi-juin.

Le vieux dépotoir en question, datant des années 1940-1950, aurait été laissé longtemps sans surveillance. « Les plus vieux nous ont dit qu’à l’époque, les gens y amenaient toute sorte de produits aujourd’hui interdits, comme des batteries au plomb, des restants de peinture et de l’huile à moteur », mentionne M. Hinse.

Dans les années 1990, poursuit le producteur de petits fruits, la municipalité a pris le contrôle du dépotoir, a acheté les terrains environnants et a interdit le dépôt de déchets liquides dangereux. Ce dépotoir incontrôlé, comme beaucoup d’autres datant d’une autre époque dispersés ici et là, représente une véritable petite bombe à retardement, et rend encore plus délicate la gestion du territoire.

Cet appel devant la CAMO n’est pas sans inquiéter les résidants de Dunvegan, car la Cornwall aurait la réputation de jouer dur et « de faire bien peu de cas des préoccupations du voisinage », ajoute Robert Hinse.

Plus d’information se trouve sur le site Internet du groupe d’opposants: www.tam-creek.ca/quarry.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *