Volume 29 Numéro 02 Le 7 septembre 2011

Un retour à la communauté

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


Accepter de louer son terrain pour la tenue d’un événement qui attirera 100 000 festivaliers comme celui du Concours international de labour (CIL), ça demande une période de réflexion. Ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Les trois fermes hôtes du concours de labour qui se déroulera du 20 au 24 septembre prochain, Connors, Kirby et Lachaine, ont consenti à ce que l’Association des laboureurs de l’Ontario tienne son événement annuel dans leurs champs, là où habituellement, ce ne sont que des tracteurs et de la machinerie qui foule le sol.

Pour Robert Kirby, qui louera une parcelle de terre agricole d’une superficie de près de 800 acres pour la tenue de l’événement, il s’agit d’un retour d’appareil. « La communauté de la région a été bonne pour moi, donc c’est une opportunité de lui remettre ce qu’elle m’a offert », raconte l’agriculteur, qui est aussi Maire de Hawkesbury-Est.

Évidemment, avec le prêt de cette immense aire de terre cultivable, l’agriculteur a dû modifier cette année sa rotation de cultures et ses pratiques culturales. Plutôt que de semer du soya, il s’est tourné vers l’orge. Cette céréale à paille lui a permis de récolter sa culture plus rapidement cette année, au mois d’août, de façon à nettoyer le terrain suffisamment tôt pour la préparation du site d’une superficie totale prévue de 1 000 acres.

Il a également eu suffisamment de temps pour effectuer trois coupes de foin dans les champs où il cultivait du fourrage.

Ce changement n’est cependant pas sans conséquence pour Monsieur Kirby qui a un troupeau laitier de plus de 200 têtes à nourrir quotidiennement. Qui dit changement de culture, dit également modification de la ration alimentaire de ses bovins laitiers. Le soya sera remplacé par une quantité plus importante d’ensilage l’année prochaine, en espérant que ce changement de ration n’aura pas trop d’incidence sur la production lactée.

Pertes financières

Monsieur Kirby reconnaît que la tenue de l’événement de portée internationale lui occasionnera une perte financière vu la hausse de la valeur du grain. « Quand on a embarqué dans ce projet trois ans passés, les prix n’étaient pas aussi élevés », soutient-il. Selon l’agronome et consultant en mise en marché des grains Jean-Philippe Boucher,  si l’on considère le prix actuel des marchés, le coût de production et le rendement à l’acre,  la perte occasionnée par le remplacement du soya par l’orge dans le champ de Robert Kirby devrait se chiffrer entre 150 et 170 $/acre.

Le dédommagement financier accordé par l’Association des laboureurs de l’Ontario en vertu de leur entente qu’il préfère garder confidentielle ne sera certes pas suffisant pour compenser le manque à gagner, mais Robert Kirby ne regrette rien. « On est embarqué dans le projet et on va l’avoir jusqu’à la fin », conclut-il fièrement.

Compaction

Avec le passage de plusieurs centaines de camions, voitures, remorques, autobus et tracteurs, le piétinement du sol par une centaine de milliers de personnes, ainsi que l’installation de plus de mille véhicules récréatifs, on peut s’attendre à ce que le sol des terres agricoles soit pour le moins… compacté.

Mais Monsieur Kirby ne s’en inquiète pas. « Nous avons des machines qui passeront pour décompacter la terre, des sous-soleuses, explique l’agriculteur. On ne devrait pas avoir trop d’impact puisque nous sommes sur un sol sablonneux. » Serge Tremblay, enseignant à l’Université de Guelph-Campus d’Alfred abonde dans le même sens : « il risque d’y avoir de la compaction, mais pas en profondeur. Ça fera de la compaction en surface, sauf aux endroits où les voitures passeront à répétition » et il poursuit en mentionnant qu’avec un bon travail du sol, il n’y aura aucun impact sur les cultures.

Et c’est sans compter le déversement et l’épandage de plusieurs tonnes de roches concassées. Mais là encore, tout cela est loin dans les préoccupations du maire. « Le contrat stipule que lorsque tout sera terminé, ils devront remettre la terre comme elle était à l’origine. » Il se concentre pour l’instant sur l’organisation de l’événement, lui qui est responsable du comité « divertissements et spectacle ». L’après-concours est encore loin dans ses pensées.

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