Volume 28 Numéro 20 Le 15 juin 2011

Une bactérie qui divise

Par Sylvain Charlebois, Vice Doyen - Recherches et Études Supérieures, Université de Guelph


En Europe, c’est malheureux, mais le calvaire des agriculteurs maraîchers ne fait que commencer. L’image de marque, des légumes européens, sera vraisemblablement affectée pour un certain temps. En effet, depuis le 2 mai dernier, les consommateurs européens sont sur le qui-vive et boudent plusieurs légumes frais. Dès le début, l’Allemagne pointait du doigt, à tort, les producteurs de concombres espagnols, créant ainsi des tensions entre deux pays membres de l’Union européenne. La Russie, quant à elle, a misé sur la gestion de la peur en émettant un embargo arbitraire sur tous les légumes qui proviennent de L’Union européenne. En effet, l’approche continentale, qui prescrit les politiques en matière de salubrité alimentaire, depuis plusieurs années, est rudement mise à l’épreuve ces jours-ci.

 

Lorsqu’on considère l’intégralité économique qui existe entre les pays du continent nord-américain, plusieurs estiment qu’une approche continentale en matière de gestion des risques alimentaires est une nécessité, au Canada. Toutefois, les événements qui frappent l’Europe, présentement, peinent à convaincre. Le Vieux Continent apprend, à ses dépens, que l’approche continentale peut être un couteau à double tranchant. Or, pour l’harmonisation des standards de salubrité alimentaire, c’est l’idéal. Une telle approche est autant louable que logique. L’harmonisation des normes, entre les pays européens, a été un accomplissement de taille. En contrepartie, lors d’une éclosion ou d’une crise, l’ensemble des pays est souvent mis dans le même panier, comme c’est le cas avec l’Europe présentement. L’entente multilatérale mène aussi certains pays à tirer des conclusions prématurées afin de protéger ses acquis commerciaux. Tel était le cas, entre l’Allemagne et l’Espagne, avec les concombres. Pourtant, l’alimentation crée des dépendances, des rapports de force ainsi que des relations particulières entre les pays et il faut le reconnaître.

 

Bref, le commerce international, en agroalimentaire, est un processus intrinsèquement fortuit. Un jour, un pays peut être l’assaillant et d’autres, la victime. Le hic, c’est qu’une entente intercontinentale complique les choses.

 

Malgré tout, l’harmonisation des standards nord-américains demeure un problème. D’ailleurs, favoriser une approche continentale, en ce qui a trait aux questions de sécurité alimentaire, est logique. En Amérique du Nord, il est, en effet, plus facile de traiter, de façon efficace, les problèmes de sécurité comme un tout plutôt qu’en prenant chaque pays séparément. Afin de développer un système proactif de surveillance des risques alimentaires, nos frontières canadiennes devraient virtuellement disparaître. Cependant, en Amérique du Nord, une approche continentale n’est toujours pas une priorité et c’est malheureux. À cet effet, notons que l’Europe, elle, ne semble pas avoir ce problème.

 

Entre-temps, en Europe, les recherches sanitaires se poursuivent toujours. Certains soupçons se portent désormais sur des graines germées vendues par une entreprise allemande. Depuis lors, presque une trentaine de personnes sont décédées. La bactérie, E coli (0104 : H4) inquiète, car même si elle est déjà connue, elle ne s’est jamais propagée sous forme d’une épidémie. Malgré tout, cette bactérie ne semble pas, outre mesure, inquiéter l’Agence canadienne d’inspection des aliments. 

 

Quant au chapitre de la communication du risque, l’Agence fédérale déçoit encore. En effet, ce n’est que le 3 juin dernier, soit un mois après le début de l’éclosion, que celle-ci a affiché, sur leur site internet, une note officielle relative à la situation européenne. Ainsi, l’analyse des risques systémiques ne se limite pas au Canada. De plus, puisque nous avons une économie très ouverte au monde, l’Agence fédérale doit élargir son terrain d’évaluation afin de mieux informer les consommateurs d’ici, car leurs vies en dépendent.

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