Volume 33 Numéro 01 Le 21 août 2015

Une bataille de gagnée pour Sauvons La Nation


Les manifestants de Sauvons La Nation lors du conseil du 10 août 2015.

Par Chantal Quirion


Coup de théâtre, lundi, au conseil municipal de La Nation dans l’Est ontarien, alors que les élus se sont rangés derrière les opposants aux projets éoliens sur leur territoire.

« On change d’idée, c’est certain, mais avec le montant de population qui demande notre support, il faut aller avec la majorité », a fait valoir le maire, François St-Amour.

Rien ne laissait prévoir ce dénouement puisque la municipalité avait déjà conclu une entente avec la compagnie EDF Énergies Nouvelles Canada Développement Inc, l’un des deux promoteurs qui souhaiteraient s’implanter. L’entente visait à établir le montant des primes à verser advenant l’aboutissement du projet proposé, soit une cinquantaine d’éoliennes dans le secteur de Saint-Isidore. Néanmoins, le conseil à raison de trois votes favorables sur quatre, a adopté une résolution désignant La Nation comme étant une communauté non consentante à accueillir un projet éolien, à l’instar de 90 autres municipalités de l’Ontario qui ont endossé l’appellation, « Not a willing host ».

Les pressions du mouvement d’opposition Sauvons La Nation ne sont certes pas étrangères à ce revirement de situation.

« Compte tenu de tout ce qu’on a vu, le but n’est pas de questionner les arguments des opposants, mais de répondre au désir de la communauté », a expliqué la conseillère Marie-Noëlle Lanthier.

Il faut se rappeler que quelques jours plus tôt, soit le 5 août, plus de 500 personnes avaient répondu à l’invitation de Sauvons La Nation, pour une soirée d’information où les présentations sur les enjeux en matière de santé, les impacts environnementaux et la dévaluation potentielle des maisons liée à la présence d’éoliennes avaient retenu le public pendant plus de trois heures sans la moindre pause. Difficile alors d’ignorer l’ampleur du phénomène alors que le Centre communautaire Caledonia était plein à craquer et que le nombre de signatures sur la pétition en circulation demandant à la Municipalité de ne pas signer d’entente et de joindre les rangs des municipalités en désaccord, continuait à augmenter.

Peu après la conseillère Lanthier annonçait par le biais de Facebook l’ajout de la proposition à l’ordre du jour pour la réunion régulière du conseil du 10 août.

Les opposants se sont alors donné le mot. Ils étaient environ deux cents à assister à cette réunion et la salle pas assez grande pour tous les contenir. La résolution adoptée, les cris ont fusé tant de l’intérieur que de l’extérieur de l’Hôtel de ville.

Mme Lanthier a toutefois tenu à préciser sa position.

« Je ne partage pas votre niveau d’inquiétude, mais mon rôle comme conseillère est de bien vous représenter. En soutenant cette résolution, ce soir, je tiens ma parole. » Celle-ci a par ailleurs enjoint les citoyens à en finir avec les querelles engendrées par le débat sur les éoliennes.

Le conseiller Marc Laflèche, défavorable à la proposition, n’a pas caché son amertume. C’est une somme d’environ 300 000 $ dollars par année dont sera privée La Nation, si le projet va de l’avant. Le maire St-Amour annonçait en plus que la compagnie avait indiqué le matin même son intention de renchérir sur les montants de l’entente initiale.

Le public n’a pas semblé affecté pour autant, exprimant même un certain cynisme.

Depuis des mois, le débat divise la population et la communauté agricole n’a pas été épargnée. Certains se sont affichés totalement contre les projets éoliens, alors que d’autres comme le conseiller Laflèche a déploré ce dénouement.

« Comme agriculteur je ne peux pas endosser ça », a-t-il lancé, désolé que sa municipalité change son fusil d’épaule.

Plus d’une cinquantaine de familles ont signé avec la compagnie EDF Énergies Nouvelles Canada Développement Inc, pour la location de terrain, en majeure partie des terres agricoles dans la région de Saint-Isidore. Jusqu’ici, des contrats ont été établis pour 14 000 acres de terrain a confirmé l’entreprise.

Réaction d’EDF

« On est déçu un peu de la façon dont ça s’est passé au cours des deux, trois dernières semaines. On a mis beaucoup de temps et d’argent dans le projet et il y a beaucoup d’études qui ont été faites. C’est sur qu’avec le développement d’hier ça nous force à réévaluer. On a entrepris les démarches en 2013 et en 2014 on avait reçu un premier support », a réagi Stephane Desdunes, directeur du développement chez EDF en mentionnant qu’outre le potentiel de vent, le support est l’un des facteurs qui avait été déterminant dans le choix de Saint-Isidore.

La décision municipale n’empêche toutefois pas l’entreprise de soumettre son projet à La Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité qui examinera les propositions de partout dans la province, à compter du 1er septembre.

 

Réaction de Sauvons La Nation

Julie Leroux, porte-parole du mouvement Sauvons La Nation a pour sa part indiqué que la vigilance demeure de mise. « C’est une bataille de gagnée mais ce n’est pas encore une victoire, a-t-elle dit en précisant qu’une délégation sera de retour au conseil municipal le 31 août prochain, comme il était prévu.

Un autre projet éolien dans la région de Saint-Bernardin, avec une quinzaine d’éoliennes, est envisagé par un autre promoteur. La résolution qui vient d’être adoptée l’affectera également.

Une réflexion au sujet de « Une bataille de gagnée pour Sauvons La Nation »

  1. Maurice Bonneville

    Je suis encore sous l’effet du choc que l’on a même eu le culot de nous défendre d’applaudir lorsque nos interlocuteurs se sont présentés a l’assemblée du 31 aoust. Ç’a m’a mis le feu au postérieur.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *