Volume 28 Numéro 07 Le 18 novembre 2010

Une récolte de maïs plus qu’abondante dans l’Est ontarien

Par Pierre-Alain Blais, rédacteur en chef


L’agronome spécialiste en grandes cultures de l’Est de l’Ontario, Gilles Quesnel, n’hésite plus à qualifier la récolte de maïs-grain 2010 de « récolte record ». Et, contrairement aux années d’abondantes récoltes, les prix offerts pour le maïs-grain sont meilleurs qu’en début d’année, atteignant ou même dépassant les 200 dollars la tonne métrique.

Au moment de l’entrevue téléphonique avec Agricom, vendredi dernier, alors que plus de la moitié de la récolte avait été battue, il estimait que les rendements secs oscillaient entre 180 et 210 boisseaux à l’acre pour la partie extrême Est, et sûrement une dizaine de boisseaux de plus à mesure que l’on se dirige vers le sud, vers Cornwall et vers le comté de Dundas.

Un rendement sec de 200 boisseaux par acre équivaut à quelque 5,1 tonnes par acre, ou plus de 12,5 tonnes à l’hectare, des rendements moyens qui ne se voyaient que de façon exceptionnelle, il y a quelques décennies.

« En moyenne, c’est la meilleure récolte que l’on aura vue depuis longtemps, même depuis le tout début de la culture du maïs dans ces régions », souligne-t-il.

Il modère ces propos, en spécifiant qu’au niveau individuel, il peut y avoir de bonnes différences, attribuables notamment à la qualité du drainage du sol et surtout à la précocité des semis.

On se souviendra du départ fulgurant des semis au printemps, où nombre d’agriculteurs ont terminé tous leurs ensemencements de maïs avant la fin du mois d’avril, tellement les sols étaient bien ressuyés et s’étaient bien réchauffés.

Les semis réalisés plus tard en mai, n’ont donné que des rendements relativement modérés, surtout dans les champs qui ont souffert des excès d’eau cet été.

L’entreposage manquerait… temporairement
Rançon de la gloire, l’entreposage manquerait en cette année d’abondantes récoltes de grains. Le soya qui a été battu tard en raison des fortes pluies en septembre et en octobre et des sols très saturés, a pris du temps à libérer les espaces d’entreposage chez les élévateurs et plus haut dans la chaîne d’approvisionnement.

Ce goulot d’étranglement de la chaîne favorise l’idée de grader une partie de la récolte au champ, afin de la battre plus tard quand les conditions seront meilleures.

Gilles Quesnel croit qu’il y a plusieurs avantages à « entreposer au champ », comme on dit dans le milieu, mais il faut d’abord s’assurer que les plants sont assez forts pour supporter le poids doeun petit verglas ou doeune chute abondante de neige mouillée.

La façon de vérifier la résistance à la verse des tiges de maïs, est de faire un test dans le champ en question : on pousse sur la tige, à la hauteur de l’épi, sur une distance de 10″ à 12″ de côté. On répète le test avec dix tiges en trois endroits différents et si ça tient bien, on peut avoir l’assurance que les pertes au champ seront plutôt acceptables.

L’entreposage au champ, si les tiges sont solides, a l’avantage du séchage naturel. Et qui dit séchage lent (ou à basse température) dit un gain d’au moins un grade de qualité du maïs, selon M. Quesnel. Il y a des recherches qui appuient cette observation. On éviterait ainsi les fines craquelures qui apparaissent lors du séchage à chaleur forcé.

Doeun autre côté, note l’agronome Quesnel, ce n’est pas une bonne idée que de faire ce que les Américains font dans le Midwest plus sec que nous, faire des tas dans la cour, même si on les recouvre tant bien que mal de vastes bâches. Les risques de voir apparaître les moisissures et perdre beaucoup au plan de la qualité.

Le soya a aussi profité de la chaleur
Même dans le soya, les rendements, sans être historiques, ont été plus que satisfaisants grâce à la quantité phénoménale de chaleur que la région a reçu cet été. Les producteurs ont vu leurs rendements individuels de soya s’améliorer de 5 à 10 boisseaux l’acre par rapport à leur moyenne de ferme à long terme, observe l’agronome Quesnel.

Parlant doeunités thermiques (UTM), il y a plus doeune décennie on prenait beaucoup de risques à dépasser la moyenne d’alors qui oscillait autour des 2700 UTM. Cette année, l’enregistrement officiel du compte doeunités thermiques a dépassé les 3200, et cela seulement depuis la date officielle du début d’enregistrement, le 1er mai.

À cela, indique M. Quesnel pour les champs qui ont émergés en avril, on peut ajouter un bon 100 à 150 UTM de plus, ce qui nous donne un grand total dépassant les 3300 UTM. Du jamais vu !

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