Volume 34 Numéro 21 Le 07 juillet 2017

Une saison généralisée par le retard


Les champs détrempés ont rendu la vie difficile aux agriculteurs.

Par Chantal Quirion


Le retard dans les semis dû aux précipitations au-dessus des moyennes printanières se fait encore sentir faute de période de chaleur prolongée. La pluie continue par ailleurs de s’inviter plus souvent qu’à son tour.

« On a un gros deux semaines de retard en croissance pour tout. C’est la pluie qui nous arrête », indique Alain Gratton, représentant des ventes et conseiller au département des sols et récoltes à la Coopérative agricole d’Embrun dans l’Est ontarien.

« Dans le maïs, on roule dans les 12 ou 13 feuilles, mais j’en ai vu dans les quatre feuilles aussi et il y a du retard dans les fractionnements d’azote. Dans le soya on est au stade des cotylédons. Il y en au quatrième, d’autres au cinquième. C’est variable », précise M. Gratton.

Optimisme prudent

À l’agence provinciale Agricorp, où les demandes d’indemnisation ont été très nombreuses en raison de la sécheresse l’an dernier, on s’attend à ce que ce soit la pluie cette année qui cause des maux de tête. Mais, la saison n’est pas encore terminée.

« On fait bien des spéculations, mais on a encore deux mois qui peuvent encore aider. C’est sûr qu’on n’est pas positionné pour des rendements record. Cela n’a pas été semé dans des conditions idéales. Les agriculteurs souhaitent arriver plus ou moins à un rendement moyen », mentionne Wendell Joyce, gestionnaire régional chez Agricorp pour l’Est de l’Ontario (est de Toronto) et pour le Nord-Est de l’Ontario. Ce dernier ajoute qu’il y aura fort probablement des producteurs qui n’auront pas réussi à terminer les semis, ajoutant qu’il y a des programmes de couverture à cet effet, au même titre que pour les problèmes qui surviennent en cours de croissance.

« Il y a des gens qui ont semé de bonne heure et pour certains les graines ont pourri. Il y a des couvertures pour ça aussi », précise M. Wendell.

Les foins

Pour les foins, les champs détrempés ont rendu la vie difficile aux agriculteurs. Dans le Nord-Est particulièrement, la récolte du foin sec n’avait pas encore commencé le 4 juillet.

« La première coupe d’ensilage avance à petits pas. La météo n’a pas été favorable dû au manque de journées ensoleillées consécutives et l’excès de précipitations. La plupart des champs et des sols sont saturés. Quelques petites fenêtres se sont présentées pour récolter les fourrages sous forme d’ensilage à la mi-juin, mais les rendements sont très bons par contre. Le foin sec devrait se faire dans les prochains jours », indiquait alors Daniel Tassé, conseiller en développement agricole pour le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO) dans le Nord de la province. Dans cette région les céréales, le blé, l’orge et l’avoine connaissaient un bon départ dans les sols bien égouttés. Le soya et le maïs quant à eux accusaient du retard.

À l’échelle provinciale, le MAAARO répondait à Agricom : «  Les agriculteurs rapportent dans l’ensemble que la première coupe de foin a été bonne. » Il notait cependant : « Arrivés à un certain point, plus les fourrages mûrissent, plus la qualité du foin diminue. Les pluies fréquentes ont retardé la coupe et rendu presque impossible la production d’un foin sec pour certaines fermes. »

Dans le Sud-Ouest, Richard Kamchen pour Financement agricole Canada rapportait que « les rendements en foin sont exceptionnels et la qualité est acceptable. »

M. Kamchen notait également qu’en raison des pluies anormalement abondantes en mai, certains producteurs dans cette partie de la province n’ont pu terminer leurs semis et que d’autres ont dû réensemencer. Puis en juin, la pluie s’est faite plus rare.

« En juin, les quantités de pluie ont varié de 11 millimètres à 83 millimètres, tandis que la normale est d’environ 84 millimètres. Compte tenu des pluies abondantes, des éclosions de maladies des plantes étaient prévisibles. Toutefois, l’irrégularité des précipitations a réfréné la propagation des maladies. Ainsi, dans certaines régions, le compactage du sol a entraîné des éclosions de pourridié. Paradoxalement, dans d’autres régions, des conditions extrêmement sèches suscitent des problèmes d’insectes (en particulier le puceron du soja et la chrysomèle du haricot) et non de maladies des plantes. »

De façon globale

« Malgré les délais occasionnés dans l’Est de l’Ontario par des conditions météorologiques inhabituellement pluvieuses et froides pour la saison, la saison des cultures 2017 progresse bien dans la plupart des zones de la province. La grêle a frappé plusieurs champs dans l’Est de l’Ontario, mais les dommages sont limités », indiquait le MAAARO toujours le 4 juillet.
« Les accumulations d’eau sont présentes dans la majorité des champs, mais la plupart sont limitées à des dépressions et creux de terrain. Certaines interventions aux champs ont également été retardées. L’application d’herbicides est dans l’ensemble finie, mais il reste plusieurs acres de maïs à épandre. Il est important d’attendre jusqu’à ce que le sol soit en bonne condition (suffisamment sec) pour éviter la compaction et le barbouillage, qui peuvent provoquer plusieurs types de problèmes pour les cultures, tels qu’un accès limité pour les engrais appliqués par les racines », poursuivait-on.

Le MAAARO invitait du même souffle les agriculteurs à se prévaloir des mesures de protection à leur disposition dont les programmes de gestion des risques pour les entreprises.
« En fonction de leur type de culture, les agriculteurs peuvent avoir accès aux bénéfices liés à l’assurance-production, y compris l’indemnité de superficie non ensemencée, l’indemnité de réensemencement, et l’indemnité sur les pertes de rendement, pour couvrir les pertes de cultures liées à des difficultés allant de conditions de plantation difficiles à des pluies excessives ou de la grêle. »

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