Volume 29 Numéro 04 Le 5 octobre 2011

Une taxe sur la graisse


Par Sylvain Charlebois, Université de Guelph


Malgré l’opposition féroce de certains groupes industriels, le Danemark impose dorénavant une nouvelle taxe sur certains produits alimentaires. Pour lutter contre la consommation des graisses saturées, le Danemark a adopté depuis le 1er octobre une taxe sur les produits alimentaires, dits gras. Une première mondiale. Cette mesure, destinée à combattre l’obésité, s’applique à tous les produits, qu’ils soient de fabrication domestique ou qu’ils proviennent de l’importation. Les plats cuisinés n’y sont pas exclus. Les fonds amassés par cette taxe serviront à diminuer le prix de certains fruits et légumes. Par contre, les autorités gouvernementales danoises restent vagues sur certaines mesures qui affecteront les autres produits alimentaires ayant moins de graisses saturées. L’idée de taxer des produits moins bons pour la santé peut paraître une bonne idée en soi, mais l’application d’une telle loi a certes ses limites.

 

Le plus grand défi d’une telle mesure sera toujours de déterminer l’échantillonnage des produits affectés et son étendue. Avant le Danemark, d’autres pays l’ont déjà vécu. Il est toujours difficile de définir ce qu’est un produit malsain. La taxe danoise n’est pas une taxe sur les produits de « grignotage » ou de « coupe-faim ». Au contraire, le dénominateur commun choisi est le taux de graisses saturées contenu dans les aliments. C’est une mesure comme une autre, mais ce choix législatif vise plusieurs produits que nous, les Canadiens, considérons comme importants dans notre alimentation. Nous pensons entre autres aux viandes, fromages, lait, beurre, crème, lard ou encore certaines huiles, bref plusieurs produits alimentaires de base sont assujettis à cette nouvelle politique. 

     

Dans un deuxième temps, depuis le début du mois, le prix de détail des produits alimentaires affectés par cette taxe a augmenté de 8 à 15 %. Compte tenu du contexte économique européen qui peine à montrer des signes de vigueur ces jours-ci, cette augmentation arrive à un très mauvais moment pour certains consommateurs danois. Avant cette nouvelle mesure, l’inflation alimentaire était déjà un problème en Europe. Les personnes à revenus fixes ou les familles ayant des enfants seront particulièrement affectées par cette taxe. Afin d’économiser, certains prévoient que plusieurs Danois iront acheter leurs produits alimentaires à l’extérieur du pays. Le beurre, par exemple, est présentement 40 % moins cher en Allemagne qu’au Danemark. D’ailleurs, les Danois dépensaient déjà plus de 10 milliards $ CAN par année à l’extérieur de leurs frontières pour des produits alimentaires. Vraisemblablement, cette taxe ne fera qu’accentuer cette tendance. Certains détaillants allemands ont déjà vu les effets de la nouvelle taxe depuis le début du mois. Plusieurs croient donc que cette nouvelle politique cible un segment de marché vulnérable. Le notoire magazine The Lancet avait même mentionné qu’une telle politique pourrait nuire aux consommateurs moins nantis. Ceux qui n’ont pas les moyens de voyager pour économiser devront dorénavant payer plus cher pour s’alimenter.  

 

Les Danois ont déjà adopté de telles politiques par le passé. Entre 2008 et 2010, le gouvernement danois avait instauré une série de nouvelles taxes supplémentaires sur les boissons gazeuses et confiseries. Depuis, l’État a accumulé plus d’un milliard de dollars destiné à réduire le prix au détail de certains produits santé. Or, selon certains rapports, les consommateurs danois attendent toujours ces réductions. Demander à l’État de redistribuer la richesse au sein de l’industrie alimentaire au profit de certains secteurs émane de la pure fantaisie.      

En principe, si l’État la juge nécessaire, une campagne de taxation comme au Danemark doit être accompagnée d’un programme national d’éducation afin de sensibiliser les consommateurs à la saine alimentation. L’éducation demeura toujours une méthode importante pour l’État désireux de conscientiser sa population à mieux se nourrir. Contrairement à une politique de taxation, les effets d’une campagne de sensibilisation sont mesurables et contrôlables à long terme. Pour les consommateurs, le pouvoir des connaissances a une plus grande portée qu’une simple taxe qui pénalisera probablement ceux que l’on veut aider.    

 

Les humains trouveront toujours un moyen d’acheter les produits qu’ils veulent, à moindre prix. En matière de taxation de produits alimentaires, les Danois sont des pionniers, mais les résultats empiriques de ces politiques sont peu convaincants jusqu’à maintenant. Au lieu de miser sur des politiques punitives afin d’influencer les consommateurs à acheter des produits plus sains, incitons-les à faire de meilleurs choix en les encourageant à bien manger. À ce chapitre, le Canada peut apprendre de l’expérience danoise.

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