Volume 36 Numéro 14 - Le 21 Juin 2019

Une viande controversée


La fameuse viande «végé» Beyond Meat tant controversée. À l’épicerie, elle se retrouve directement dans le comptoir des viandes entre le porc à gauche et le boeuf à droite; dans le but de berner les consommateurs peut-être ou pas? Photo Roxanne Lormand

Par Martha Jullian
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Depuis le mois de mai dernier, on retrouve en épicerie de nouvelles boulettes pour les hamburgers des consommateurs. La fameuse chaîne de restauration rapide A&W a lancé le bal en proposant des hamburgers végétariens dans la dernière année. Maintenant, le choix s’offre directement aux clients dans leur panier d’épicerie : Beyond Meat, la protéine végétale.

Ces boulettes de viande dite «végétarienne» sont d’origine végétale et ne comportent littéralement aucun vrai produit de viande dans sa composition. C’est pourquoi le nom «Beyond Meat» qui comprend le terme «viande» en anglais est controversé par plusieurs consommateurs et producteurs qui dénoncent cette situation.

D’après Mme Stacey Ash, responsable des communications pour les Producteurs de Porc de l’Ontario affirme que « … le Guide alimentaire canadien mis à jour recommande des protéines saines, maigres et cultivées localement, y compris le porc, dans le cadre d’une alimentation équilibrée, et recommande de limiter les aliments hautement transformés. » Pourtant depuis sa sortie, avec une place moindre pour les protéines animales, de plus en plus de Canadiens ont décidé de réduire leur consommation de viande pour des raisons de santé, mais également environnementale. Ils se tournent alors vers des protéines végétales ou vers les bienfaits du poisson.

La firme américaine MorningStar Farms, numéro un dans le domaine des aliments d’origine végétale en a donc profité pour implanter ses produits sur le marché de son voisin. Elle offre des boulettes végétales de plusieurs saveurs offrant chacune de 9 à 11 grammes de protéines par portion de 67 grammes. Le slogan de son partenaire, IGA, annonce un joyeux  « Vive la viande végé » !

Seulement, la réglementation canadienne stipule que le terme viande ne peut être utilisé que pour les parties comestibles de la carcasse animale. C’est donc cette appellation de viande, qui concerne en réalité un produit 100% végétal, qui créer la stupeur chez les éleveurs et les producteurs agricoles. L’Union des producteurs agricoles (UPA) et les Producteurs de bovins du Québec (PBQ) ont porté plainte à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), pour tenter de faire changer l’étiquetage de ce produit, qu’ils jugent erroné. Les Producteurs de bovins du Québec (PBQ) ont acheminé une plainte contre A&W au Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec MAPAQ. L’utilisation d’une appellation injustifiée pourrait entrainer un retrait du produit sur le marché ainsi que des amendes onéreuses. Pour M. Claude Viel, président des PBQ, il affirme qu’il souhaite tout simplement que l’appellation viande soit retirée, pour éviter les amalgames entre les différentes protéines et « éviter que le consommateur soit floué ». 

L’organisme Beef Farmers of Ontario (Les Producteurs de bœuf de l’Ontario), supporte la réponse donnée par l’Association des éleveurs canadiens (Canadian Cattlemen’s Association) sur la situation. «Les efforts visant à empêcher les producteurs d’aliments d’étiqueter les produits à base de végétariens comme étant de la viande au Canada s’inscrivent dans le mouvement international visant à établir une nomenclature commune pour la viande avec des dérivés de protéines d’origine animale.» pouvait-on lire dans un de leur récent communiqué. Les efforts visant à améliorer la clarté et la cohérence des consommateurs en matière d’étiquetage des produits de protéines alternatifs ont débuté en France et en Italie, et certaines des régions des États-Unis. Depuis, ces démarches ont permis de ne pas autoriser les produits carnés à base de plantes à être étiquetés et commercialisés comme «viande» dans ces régions.

Selon le Règlement de l’Ontario 31/05 sur les viandes que nous retrouvons dans la Loi de 2001 sur la qualité et la salubrité des aliments, ces boulettes végétales ne répondent à aucune norme applicable aux produits constitués de viande. L’emballage devrait donc indiquer « simili ». La Canadian Cattlemen’s Association (CCA) est donc aussi en train de collaborer avec son homologue américaine, la National Cattlemen’s Beef Association (NCBA), sur la nécessité d’une nomenclature commune sur l’étiquetage des protéines de viande.

Malgré le silence de l’ACIA suite à ces plaintes, l’entreprise américaine de viande «végé» a affirmé qu’elle considérerait davantage la réglementation canadienne dans sa campagne marketing. Reste à surveiller si le mot viande sera retiré de ses produits et remplacé par un nouveau mot ou un substitut équivalent moins choquant et plus respectueux. Également à voir si ce nouveau produit réalisé à partir de différents ingrédients importés est plus écoresponsable que le bœuf par exemple qui est produit localement…à suivre.

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