Volume 33 Numéro 13 Le 11 mars 2016

Vache folle, mai 2003 ou l’effondrement d’un rêve


Photo: Stock Free image

Marc Dumont

Par Marc Dumont
Correspondant – Nord de l'Ontario
info@journalagricom.ca


Pour le secteur du bœuf et de l’industrie laitière, le 20 mai 2003 est le début d’une fin. On se souviendra que l’annonce de la découverte d’un cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), mieux connue sous le nom de maladie de la vache folle dans l’Ouest canadien avait précipité la fermeture des frontières. Trop vite pour certains qui avaient vu là une manifestation du bon vieux réflexe protectionniste. L’industrie du bœuf encaisse un dur coup, mais peu de gens connaissent l’impact de la crise sur un secteur de l’industrie laitière.

Avant la crise, la réputation du Canada pour ses vaches Holstein n’était plus à faire. Plusieurs pays souhaitaient en acheter.  Leur valeur était reconnue. La rigueur de nos hivers avait été un allié dans le développement des vaches de qualité. À cause de la nécessité d’avoir des étables et d’engranger suffisamment de foin, les cultivateurs ne gardaient que les meilleurs sujets. Si bien qu’au fil des décennies la génétique s’améliorait et la Holstein du Canada se vendait bien. Certains producteurs laitiers tiraient des revenus d’appoints importants à produire des Holstein pur-sang. La demande était telle que certains producteurs expédiaient de jeunes taures sans même que l’acheteur ne les ait vues. Il n’était pas rare d’en vendre à 5 000 $. D’ailleurs, certains avaient développé une expertise en génétique et produisaient des animaux qui se classaient bien et étaient de bonnes familles.

C’était le cas d’Yves Gauthier, producteur laitier à Earlton dans le Nord de l’Ontario. Mais à partir du 20 mai 2003, tout commence à s’effondrer.  Les clients qui achetaient une Holstein à 3 000 $ ou 4 000 $ ne veulent même plus payer 1 200 $. « Et même là, on voulait négocier le prix à la baisse. C’était insultant », commente M. Gauthier. Ailleurs, dans certains encans, elles se vendaient 300 $. Produire des vaches laitières avec une excellente génétique se faisait à perte. Le tragique vient aussi que la production d’animaux est un projet à long terme. « Aucun retour sur l’investissement n’était devenu possible. Ça ne te tente plus de continuer s’il n’y a plus d’argent à faire », poursuit ce dernier. Avant, il était avantageux de garder les plus vieilles vaches avec un bon pedigree. Elles produisaient de bons sujets. Mais les choses ont changé. « Plus personne n’en veut et les étables sont pleines! La question maintenant est de savoir ce qui va faire le moins de pertes. Les plus vieilles vaches de qualité sont vendues pour la viande », affirme l’agriculteur avec désolation.

Et même s’il y a eu réouverture des frontières, l’industrie canadienne de la vache de réforme ne s’en est jamais remise estime M. Gauthier. « Même si tu peux en vendre, il n’y a pas d’argent. L’Angleterre, qui importait beaucoup de Holstein canadiennes n’achète plus. La demande pour le produit baisse. » Si les années avant la crise avaient été bonnes pour la vente d’animaux,  deux ans plus tard, ces revenus-là sont divisés par dix. Et il y en a qui ont connu pire quand les animaux expédiés se vendaient à 25 $. Certains producteurs ont eu des surprises parce que la vente d’animaux ne couvrait même pas les dépenses. Ils recevaient une facture au lieu d’un chèque. Certains ont même dû tuer et enterrer des animaux de valeur pour éviter cette situation.

Aujourd’hui, il se produit encore des vaches Holstein qui sont très bonnes ou excellentes. Elles sont destinées surtout au marché canadien.  Très peu sont exportées selon Micheal Smith de High Point Farms qui vient de remporter une quatrième plaque comme maître-éleveur décernée par Holstein Canada. Lui, il s’est tourné vers la vente d’embryons à l’Angleterre. « Il n’y a pas de danger de maladie et l’animal sera de la qualité souhaitée. »

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