Volume 30 Numéro 03 Le 21 septembre 2012

Vendre récolte ou attendre ?

Par Jean-Philippe Boucher, spécialiste de la mise en marché du grain
redaction@journalagricom.ca


Avec des prix qui frisent des niveaux records, difficiles cette année de ne pas se poser la question à savoir si l’on doit vendre récolte ou non?

D’un côté, certains analystes commencent à dire que les prix ont peut-être bien touché leur sommet pour l’instant, et ils n’ont peut-être pas tort. Si on observe la progression fulgurante des prix des trois derniers mois, mais aussi leurs difficultés des dernières semaines à grimper davantage, on constate rapidement que l’enthousiasme des marchés a fait place à la méfiance, mais pourquoi?

C’est que les marchés sont maintenant bien au fait de la mauvaise récolte américaine, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques semaines, alors que la sécheresse faisait encore rage sans qu’on puisse en estimer les dommages vraiment.

Les seules vraies incertitudes qui persistent sont surtout de savoir de combien la consommation de grains aura été amputée en raison des prix exceptionnellement élevés des trois derniers mois, et si se sera suffisant pour éviter une pénurie d’ici les prochaines récoltes. Sauf qu’on parle ici d’inquiétudes beaucoup moins « sensationnalistes » qu’une sécheresse, la plus importante depuis 1956 aux États-Unis.

Autrement dit, il est beaucoup plus excitant pour les marchés de s’emballer pour une sécheresse que pour un rationnement très vague, quoi que bien réel, de la consommation. Avec un événement historique aussi peu commun, difficile également aujourd’hui pour ceux-ci de trouver de nouveaux motifs qui justifierait une flambée des prix, tel que nous venons d’y assister.

Par contre, si nous nous faisons l’avocat du diable, nous pourrions dire que les prévisions actuelles sous-estiment encore l’étendue des dommages occasionnés par la sécheresse américaine. Il n’est pas impossible non plus que les estimations disponibles qui suggèrent un recul important de la consommation de grains pour la prochaine année ne soient pas justes. Qu’en réalité, elle ne ralentira pas assez pour permettre d’éviter des inventaires de grains à sec aux États-Unis à la fin de 2012-13.

Enfin, il faut garder à l’esprit que par simple logique, les prix ne peuvent pas pour l’instant s’effondrer de manière importante (à moins d’imprévus), puisque s’ils le font, la consommation pourrait alors rapidement retourner à la hausse.

Les opinions concernant la direction que prendront les prix des grains dans les prochains mois sont donc très partagées actuellement. Par contre, ce qui ne fait aucun doute c’est qu’à leur niveau actuel, ils offrent une opportunité en or aux producteurs de vendre dès la récolte à des prix que nous ne reverrons pas de sitôt à l’automne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *