Volume 30 Numéro 06 Le 9 novembre 2012

Vendre son grain ou attendre ?

Par Jean-Philippe Boucher, spécialiste mise en marché des grains
redaction@journalagricom.ca


Les récoltes tirant à leur fin, la question se pose comme chaque année : entreposer ou vendre dès maintenant son grain? Mais cet automne, celle-ci se révèle particulièrement difficile à répondre.

 

Après tout, si l’on regarde froidement le comportement des prix des derniers mois, malgré une baisse non négligeable depuis septembre dernier, nous demeurons à des niveaux historiquement très élevés.

 

Par contre, si l’on considère les perspectives de disponibilité des grains aux États-Unis et sur le marché mondial, on sait que les consommateurs devront se rabattre sur de très maigres quantités de grains dans les prochains mois, particulièrement dans le maïs et le soya. On sait de plus que les statistiques ont tendance à démontrer que les prix sont meilleurs dans les mois suivant la récolte. Alors la question se pose : qu’est-ce qui pourrait faire baisser davantage les prix à partir de maintenant?

 

Excluant l’imprévisibilité des marchés financiers qui semble s’être accentuée depuis quelques années — grâce entre autres à la présence et l’influence des spéculateurs — deux autres éléments doivent être pris en compte : l’Amérique du Sud et un possible affaiblissement de la demande.

 

À l’heure actuelle, les ensemencements battent leur plein en Amérique du Sud. Les prévisions des marchés quant aux quantités de maïs, de soya et de blé qui seront récoltées circulent abondamment. Et si l’on se fie à ce que l’on entend et que les conditions météorologiques sont au rendez-vous, les producteurs sud-américains récolteraient des quantités exceptionnelles de grains cette année. Or, si cette éventualité se confirme, les consommateurs pourront alors dès le mois de mars prochain se rabattre sur l’Amérique du Sud pour sécuriser leurs besoins d’ici la récolte américaine de 2013.

 

Ensuite, du côté des consommateurs de grains, les signes d’un ralentissement de la demande ont déjà commencé à se faire sentir. Ceci est particulièrement vrai du côté du maïs avec la fermeture d’usines d’éthanol aux États-Unis et le ralentissement maintenant indéniable des exportations américaines de maïs. Mais ce qu’il faut surtout garder à l’esprit, c’est que la réaction des consommateurs à des hausses de prix comme celle de l’été dernier demeure surtout très diffuse. Autrement dit, même si certains consommateurs ont pu réagir rapidement à celle-ci, plusieurs ont dû réajuster le tir progressivement. Résultat : nous n’avons peut-être pas encore pleinement été en mesure d’observer le vrai impact négatif qu’aura eu sur la demande la hausse des prix des derniers mois. C’est ce que les prochains mois pourraient nous révéler.

 

Vendre dès maintenant ou entreposer demeure une décision propre à chacun selon la stratégie de commercialisation suivie. Mais, même si présentement plusieurs éléments suggèrent toujours que nous pourrions connaître d’excellent prix dans les prochains mois, des surprises peuvent toujours nous attendre encore au prochain tournant. Il ne faut pas perdre non plus de vue les prix qui jusqu’ici, malgré leur baisse des dernières semaines, demeurent eux-mêmes à des niveaux historiquement très élevés.

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