Volume 30 Numéro 04 Le 5 octobre 2012

Vers une pénurie de porc en 2013 ?


Les Canadiens paieront leur porc plus cher en 2013.

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


La sécheresse aux États-Unis et dans certaines provinces du Canada auraient porté un coup dur à l’industrie porcine déjà précaire, selon le président du Conseil canadien du porc (CCP), Jean-Guy Vincent. Résultat : les Canadiens devront payer leur bacon plus cher en 2013.

Alors qu’une association de producteurs britanniques prédit même une pénurie de porc l’année prochaine, le CCP prédit plutôt une hausse considérable du prix.

Selon M. Vincent, plusieurs producteurs n’arrivent plus à tenir la tête hors de l’eau et sont contraints à mettre les clés sous la porte de leur exploitation depuis que les coûts de production ont augmenté au cours de l’été et que le prix de la viande a diminué.

Le prix des céréales a monté en flèche depuis que le département américain de l’agriculture a annoncé une baisse de ses prévisions de récoltes de maïs et les répercussions sont dures pour les éleveurs porcins.

À cela s’ajoute actuellement une surabondance de porc sur les marchés nord-américains. Les producteurs plus affectés ferment leurs portes, alors que d’autres réduisent la taille de leur troupeau, ce qui augmente l’offre sur le marché déjà saturé. Résultat : les prix sont à un très bas niveau.

Les éleveurs vendent donc à perte actuellement au Canada. Le coût d’élevage avoisine les 190 $ par tête, alors que le revenu s’établit à 130 $ pour le même animal. « Les producteurs ne peuvent pas continuer à produire à perte continuellement », confie le président du CCP.

Selon lui, les coûts de production auraient augmenté de 30 à 40 % en seulement trois mois. « On est coincés de tous les côtés, vers une augmentation drastique du coût de la moulée et vers une liquidation des porcs produits », déplore M. Vincent, lui-même producteur.

Pour preuve, plusieurs producteurs de porcelets manitobains dont le marché américain est la principale source de revenus sont actuellement en grandes difficultés. Les engraisseurs américains manquent de liquidité pour s’approvisionner au Canada, en raison de la baisse du prix du porc.

Deux gros producteurs, Big Sky Farms, une entreprise de la Saskatchewan et Puratone Corp., du Manitoba, se sont d’ailleurs placés sous la loi de la protection de la faillite récemment, ce qui inquiète le président.

L’éthanol n’aide en rien

L’engouement pour les substituts du pétrole n’aide en rien la situation alarmante. Aux États-Unis, la production d’éthanol utilise près de 40 % de la production totale de maïs. Qui dit augmentation de la demande, dit nécessairement hausse des prix de cette denrée.

Selon M. Vincent, il faudrait étudier les possibilités d’utiliser d’autres matières pour produire de l’éthanol afin de rendre disponible le maïs pour la production d’animaux d’élevage.

Lueur d’espoir

« Plus vite le marché se redressera, mieux ce sera pour tout le monde », pense M. Vincent.

Selon lui, ce ne serait qu’une période de crise et l’accalmie devrait revenir dans quelques mois, si tout va bien. « Il faut être en mesure de passer [au travers] cet automne pour être présent et fournir [du porc] de qualité produit au Canada. »

Selon lui, tous les acteurs ont un rôle à jouer. « Ça demande de la souplesse de la part du gouvernement dans les programmes d’aide aux producteurs pour maintenir la liquidité des producteurs pour les prochaines semaines ».

Il soutient toutefois que les producteurs doivent regarder de leur côté s’il y a des produits alternatifs moins coûteux avec lesquels ils pourraient nourrir leurs porcs. Quant aux transformateurs, M. Vincent juge qu’ils devraient eux aussi faire leur part en augmentant le prix offert aux producteurs.

Un groupe de travail constitué de producteurs, de transformateurs et de fonctionnaires du gouvernement fédéral a été formé pour voir plus clair et trouver des solutions à la crise.

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