le Vendredi 2 Décembre 2022
le Jeudi 28 avril 2022 10:13 Agriculture durable

Condamnées d’avance – La situation inquiétante concernant l’apiculture

Les mauvaises nouvelles continuent de frapper l’Ontario. Des centaines d’apiculteurs constatent les dégâts de l’hiver. Certains ont perdu 90 % de leurs abeilles et ils ne savent toujours pas pourquoi.

Chercheur au Honey Bee Research Centre, Paul Kelly soupçonne le varroa d’être la cause ou le facilitateur de ces morts. « Ce qu’on voit ce printemps était prévisible. Nous avons eu un vraiment beau printemps l’an dernier. Nos abeilles allaient vraiment bien, ce qui veut dire que les parasites ont eu un coup de pouce », affirme le professeur de l’université de Guelph. Les parasites étaient présents plus tôt dans la saison. Pour les apiculteurs, cela complique le processus de traitements adaptés pour prévenir les dommages.

Traitement complexe

Certains traitements efficaces ne peuvent pas être administrés lorsqu’il fait trop chaud sinon, ils deviennent dangereux pour les abeilles. C’est pourquoi les apiculteurs l’emploient au printemps et à l’automne. De plus, il ne peut pas être utilisé lors de la période de production de miel, au risque que le nectar soit contaminé. L’été dernier, la période de fabrication du miel et la pointe de croissance des parasites ont coïncidé. La situation est rare et problématique selon Ph. D. Kelly. 

Les apiculteurs doivent agir vite, car le Varroa est aussi un transmetteur de maladie. Non seulement il affaiblit l’abeille, mais fait rentrer dans la ruche toute sorte de pathogènes. Malgré les efforts des professionnels, le résultat n’est pas toujours au rendez-vous.

« On ne sait pas vraiment pourquoi les traitements ne fonctionnent pas toujours » souligne le professeur.

À titre d’exemple, le centre de recherche compte plus de 300 ruches. Le professeur s’estime chanceux : ils ont perdu seulement 20 % de leurs abeilles. Il attribue ce petit miracle à une surveillance assidue de toutes les colonies. Le centre de recherche test systématique toutes les ruches puisqu’ils en ont les moyens, contrairement aux apiculteurs commerciaux. Cette pêche à l’information a permis de déterminer que 30 % des colonies présentaient des niveaux très élevés de Varroa. Ils ont donc traité les ruches infectées pour éliminer les parasites. Même si tout semblait beau à l’automne, la bestiole avait déjà fait ses ravages. Dans ces colonies, les chercheurs ont perdu 1 abeille sur 2.

Le problème c’est qu’une perte d’apidé comme on le voit cette année (au-delà de 30 %) complique les activités des apiculteurs. Il est difficile de relever une ruche ou de les multiplier. Les autres activités comme la collecte de miel, la pollinisation de champs ou la vente de colonies sont loin dans la liste de priorité.

« La communauté des apiculteurs travaille fort à l’image des abeilles. Les membres s’entraident énormément, même si dans un sens ils sont des compétiteurs. Cette année, la communauté n’aura pas le choix de s’appuyer sur eux-mêmes. »

Paul Kelly

Plus que du miel

Les abeilles sont importantes pour la diversité naturelle, mais aussi pour notre assiette. Plus que produire du miel, les apiculteurs travaillent également avec les producteurs de fruits et de légumes pour polliniser leurs champs. Les abeilles sont primordiales afin de subvenir à nos besoins actuels en production maraichère et fruitière. D’ailleurs, les abeilles ontariennes sont très populaires pour la pollinisation des bleuets du Québec et des provinces maritimes.

Cycle de vie

Paul Kelly explique qu’au plus fort, une ruche abrite 60 000 abeilles. Juste avant l’hiver, ce nombre peut chuter à 40 000. Pendant la saison froide, ce nombre continue à fondre pour arriver à 20 000 ou 30 000 au printemps. La mort, ou la perte d’abeille est un phénomène normal dans la vie d’une colonie. Pour survivre, une ruche réduit sa population juste avant la période d’hivernation. Pendant l’hiver, les abeilles ralentissent leurs activités, mais n’hibernent pas. Pour subvenir à leurs besoins énergétiques, les abeilles qui habitent les lieux vont manger le miel cumulé dans la ruche. Il y a un équilibre précieux à maintenir : il faut assez d’abeilles pour repartir les activités au printemps, mais pas trop pour risquer des famines.