le Mercredi 22 mars 2023
le Jeudi 13 octobre 2022 0:50 | mis à jour le 13 octobre 2022 14:20 Alimentation

Nouvel étiquetage sur les viandes: Santé Canada recule

Les producteurs de bœufs et de porcs peuvent souffler. Santé Canada semble avoir reculé dans sa volonté d'imposer de nouvelles étiquettes sur leurs emballages pour prévenir les Canadiens de leur taux élevé en gras saturé.  En effet, cet été, les producteurs s'élevaient contre cette nouvelle politique du gouvernement de taxer leur produit de «mauvais pour la santé». Or, au moment d’écrire ces lignes, Santé Canada aurait modifié sa politique.

Ainsi, dans la catégorie des aliments qui ne sont pas tenus de présenter ce symbole nutritionnel on retrouve: «les viandes et volailles hachées, crues, composées d’un seul ingrédient, pour éviter de donner l’impression qu’elles sont nutritionnelles inférieures aux pièces entières qui ne présentent pas un symbole nutritionnel».

On devine le soulagement pour les membres de l’industrie. Surtout qu’il y avait une incompréhension générale de constater que des produits comme le lait soient exemptés, mais pas le bœuf haché.

Cette nouvelle étiquette posée sur le devant de l’emballage avertira les consommateurs si le taux de sodium, de cholestérol ou de gras trans dépasse les 15% de la valeur nutritionnelle recommandée. Ces nutriments contenus dans plusieurs aliments sont considérés comme «mauvais pour la santé».

Sodium, gras trans et cholestérol : tous des nutriments utiles

Claire Tugault-Lafleur professeure à l’École des sciences de la nutrition de l’Université d’Ottawa a accepté de décortiquer ces éléments. Gras trans, acides gras polyinsaturés, mono-insaturés et cholestérols sont tous nutriments  qui sont des gras et donc qui appartiennent aux groupes des lipides.

Mais tous les lipides ne sont pas égaux.

« Il y a des gras plus dangereux que d’autres. Certains sont essentiels comme les oméga 3 et oméga 6 pour la santé. Une carence peut amener des problèmes de santé visible », explique Mme Tugault-Lafleur. D’ailleurs ce type d’acide gras se classe dans la catégorie des polyinsaturées. Les gras saturés, les gras mono-insaturés et le polyinsaturé, ces mots compliqués réfèrent à des catégories correspondant à leur formation moléculaire.

« Les moins santé sont les gras qui sont associés à un risque cardio-vasculaire, les gras trans sont les plus dangereux », continue la chercheuse. Elle rappelle que certains sont bannis dans plusieurs juridictions. Dans plusieurs pays du monde, l’usage de plus de 2% de gras trans ajoutés est interdit. C’est le cas du Chili, de la Colombie,  mais aussi de l’Autriche et du Danemark entre autres. Le gras trans peut se retrouver naturellement dans les aliments comme la viande de ruminant. Par contre, c’est le gras trans ajouté qui est à éviter. C’est pourtant un gras très utile en production alimentaire industrielle. Comme l’explique la professeure: « L’avantage d’ajouter ces gras trans comme l’huile hydrogénée est qu’on prend de l’huile transformée pour la rendre plus solide à la température pièce et ça améliore la durée de vie des aliments »

Puis il y a le fameux cholestérol. Même ce type de gras est essentiel pour notre corps. « Nous-même, on en fabrique, notre foie le fabrique. Mais c’est un type de gras associé à un type de maladie cardiovasculaire», souligne Mme Tugault-Lafleur. Comme d’autres gras, le cholestérol est essentiel pour fabriquer des cellules, des vitamines ou d’autres hormones.

Selon elle, si on en parle de moins en moins de ce gras, c’est que les études démontrent que le problème avec le cholestérol n’est pas que lié à sa consommation. En fait, le cholestérol problématique est celui que notre corps fabrique. Et lui, il dépend de toute notre alimentation et de nos habitudes de vie comme la pratique de sports ou la sédentarité.

Pour finir, le sodium aussi est un nutriment important pour préserver une pression sanguine, réguler notre corps. Par contre, comme tout le reste, c’est sa quantité qui peut poser problème.

Cette politique, qui sera obligatoire dès 2026, est un aspect dans le projet plus large de changer les habitudes alimentaires du Canada passées en 2016 et qui vient avec le nouveau guide alimentaire. La chercheuse Tugault-Lafleur se questionne sur l’emploi de cette étiquette sur des produits de base. Entre deux farines, il vaut mieux aller lire le tableau des valeurs nutritionnelles à l’endos des produits pour faire le meilleur choix. Une étiquette sur un aliment que l’on va transformer n’est pas très utile.  C’est plus utile pour comparer des aliments qui sont transformés selon elle.

Un truc de notre experte?

Règle générale, il ne faut pas se fier à une étiquette. À la base, le plus important c’est de s’assurer d’avoir une bonne variété alimentaire. Il faudrait avoir assez de fruits et de légumes, ne pas consommer trop souvent des aliments ultra-transformés. Il vaut mieux se focaliser sur ça plutôt que sur les étiquettes.

«Une erreur que les gens oublient de faire, c’est de regarder la portion de référence. La première chose qu’il faudrait faire est de regarder la portion de référence parce que ce n’est pas standardisé», suggère Mme Tugault-Lafleur. C’est essentiel pour être capable de bien faire la comparaison. Elle-même avoue que c’est difficile de lire les étiquettes. Elle propose de se concentrer sur les pourcentages de valeur quotidienne.

« Regarder les étiquettes en pourcentage, quand c’est plus que 15% c’est beaucoup. 5% ou moins, c’est très peu. 30 % ou 40% de la valeur de sodium, ça, c’est beaucoup ». – Claire Tugault-Lafleur