le Samedi 4 février 2023
le Mardi 17 janvier 2023 16:39 | mis à jour le 26 janvier 2023 8:26 Cultures

Laisser les plantes faire le travail

Lors de la récolte de soya, le blé d'automne ou le seigle ont déjà émergé entre les rangs. Ces cultures seront récoltées l'été suivant.  — photo : Fermes Bio-Net
Lors de la récolte de soya, le blé d'automne ou le seigle ont déjà émergé entre les rangs. Ces cultures seront récoltées l'été suivant.
photo : Fermes Bio-Net
Dans les champs des Fermes Bio-Net, le blé est semé entre les rangs de soya. Et dès le blé récolté, on sème des « engrais verts ». Les mauvaises herbes n’ont aucune chance.

Thomas Vinet est producteur de grandes cultures biologiques à L’Orignal, dans l’Est ontarien.

photo : André Dumont

En ce mois de janvier, les terres de Thomas Vinet sont recouvertes de neige. Sous ce manteau blanc, il n’y a pas de sillons de labour. Aucun sol à nu. « Ma charrue est à l’arrêt depuis quatre ans », déclare fièrement le producteur de L’Orignal, dans l’Est ontarien.

Sur environ la moitié de ses 1200 acres, du blé et du seigle sont en dormance. Ils ont été semés à l’automne, à la volée, dans des champs de soya approchant la maturité.

Pour récolter le soya, la moissonneuse-batteuse a profité d’un beau tapis vert pour amortir son poids et réduire la compaction du sol. Le blé et le seigle auront aussi été ralentis par l’hiver, mais rien pour les empêcher de redémarrer au printemps et donner une belle récolte en juillet.

Production biologique

Les Fermes Bio-Net sont en production biologique depuis 2007. Thomas Vinet a acheté la majorité des terres trois ans plus tôt, avec son père aujourd’hui décédé.

Pour réussir sans utiliser d’engrais et d’herbicides de synthèse, il a fallu innover. Ce qui étonne aujourd’hui, c’est que plusieurs des pratiques en place sont applicables sur des fermes de grandes cultures conventionnelles.

Chaque ferme est unique. Aucune « recette » ne s’applique partout, vous dira Thomas Vinet, qui est aussi administrateur à l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) et à la Coop Agrobio. Dans la lourde argile Bearbrook non loin de la rivière des Outaouais, rien ne réussit par magie.

Thomas Vinet (2e de gauche), ses fils Gabriel et Alexis, sa mère Monique Berthiaume et leur chien Oréo. 
photo : Fermes Bio-Net

Semer des céréales d’automne à la volée dans du soya en plein mois d’août est une technique que Raymond Durivage, de la Ferme EDPA, en Montérégie, a mise de l’avant dès 2013.

Quant aux engrais verts, ou cultures de couverture (cover crops en anglais), ils sont en plein essor depuis une quinzaine d’années. Pour le conseiller à cet égard, Thomas Vinet se paie les services de l’agronome Sylvie Thibaudeau, une sommité québécoise.

Le blé et le seigle sont récoltés en juillet. Peu de temps après, un mélange de pois, radis, avoine et phacélie est semé. Ces plantes profitent des beaux jours d’août, septembre et octobre pour germer puis recouvrir le sol. Elles préviennent l’érosion par le vent et la pluie.

Le radis décompacte le sol. L’avoine capte les nutriments du fumier de poulet qui est appliqué l’automne. Le pois fixe l’azote de l’air et le laisse dans le sol pour nourrir la culture de l’année suivante.

À la fin de l’automne, ces cultures reçoivent un coup de roulette qui met fin à leur croissance. Au printemps, le champ est travaillé sur 5 à 7 cm de profondeur peu de temps avant le semis de soya.

Les champs de soya devront être désherbés mécaniquement au début de l’été. Mais pour le reste, le blé, le seigle et les cultures de couverture ne laissent aucune chance aux mauvaises herbes!

Thomas Vinet cultive aussi des citrouilles et du tournesol sur 20 acres chacun, dans le cadre de projets de mise en marché avec la Coop Agrobio, dont les Fermes Bio-Net sont l’un des rares membres hors Québec.

Prévenir la compaction

Les sols argileux facilitent le combat contre les mauvaises herbes, fait valoir le producteur. Cependant, ils s’assèchent lentement et sont sensibles à la compaction. Lors de nos automnes pluvieux, rares sont les journées de beau temps où le sol est déjà suffisamment sec pour ne pas se faire défoncer par l’énorme poids de la moissonneuse-batteuse.

« Quand le temps se prête à récolter, on fait de très grosses journées! »

Pour protéger ses sols, Thomas Vinet n’hésite pas à toujours utiliser le plus petit tracteur capable de faire le travail. Pour sarcler sur 12 rangs, nul besoin d’un tracteur capable de tirer une charrue.

Les grandes cultures biologiques font encore peu d’adeptes dans l’Est ontarien, déplore Thomas Vinet. Pourtant, elles sont bonnes pour la planète et pleines de défis qu’on n’est jamais seul à relever. « En bio, on parle de nos erreurs, on échange. C’est un monde très ouvert. »