Les abeilles indigènes du Canada, les gardiennes de la biodiversité

Jessica Forrest, directrice du Forrest Lab, consacre sa carrière à en apprendre plus sur les abeilles indigènes du Canada. Ces insectes sont méconnus de la population générale. Pourtant il y aurait 950 espèces différentes sur notre territoire. 

Les abeilles sauvages sont moins populaires que leurs cousines éloignées, les abeilles mellifères. Ces dernières ont été importées d’Europe il y a longtemps.

Elles sont aussi très différentes, car les abeilles indigènes sont surtout solitaires. L’abeille femelle fait son nid et s’occupe de ses œufs jusqu’à ce que sa progéniture arrive à maturité. Ces abeilles sont souvent laissées de côté par les apiculteurs et les agriculteurs puisqu’elles ne vivent pas en grande communauté et ne produisent pas de miel, explique la professeure associée à l’Université d’Ottawa.

abeilles

Pourtant, elles sont essentielles à la biodiversité canadienne. En fait, plusieurs de ces abeilles indigènes sont spécialisées dans la récolte du pollen d’une seule espèce de plante. Elles sont si spécialisées que leur cycle d’activités se synchronise avec la plante. L’abeille est alors active au moment propice où le plant est en fleur. Sans elles, les plantes ne pourraient pas se reproduire. Aussi, grâce à leur petite taille et à leur intérêt, elles sont plus efficaces quant à la pollinisation croisée entre les plantes. Cela favorise le mélange génétique et donc l’évolution des plantes, ce qui peut les rendre plus fortes.

Le Canada est aussi le pays d’origine de plusieurs espèces de bourdons qui sont aussi parents des abeilles mellifères. Ces derniers sont des insectes sociaux comme leurs cousins. Par contre, si une colonie d’abeilles mellifères comprend entre 30 000 et 60 000 individus, le nid de bourdons ne comprend qu’entre 100 et 200 insectes. De plus en plus de producteurs agricoles reconnaissent les avantages de ces derniers. D’ailleurs, les bourdons sont meilleurs pour faire vibrer les fleurs de tomates, de poivrons ou d’aubergine à la bonne fréquence pour en faire sortir le pollen. Ils seraient aussi plus résistants aux intempéries que leurs cousines.

On en connait encore trop peu sur les abeilles canadiennes. Toutefois, l’on sait que leur présence est vitale. « Plus il y a de la diversité [d’insectes] dans un environnement, plus la pollinisation est stable », renchérit la docteure en écologie et biologie évolutive.

De plus, les abeilles et bourdons du Canada sont mieux équipés pour résister à certains changements climatiques. Les abeilles indigènes ont de meilleures capacités d’adaptation à leur climat contrairement aux abeilles mellifères.

Elles ne sont pas non plus menacées par le varroa, ce parasite qui a décimé de nombreuses ruches cet hiver. Par contre, elles sont aussi mises en périls par d’autres, pathogènes et parasites. Ces derniers sont aussi méconnus pour l’instant. Ce qui menace le plus les abeilles indigènes est, bien sûr, les changements climatiques qui modifient leur environnement et raréfie leur nourriture, mais aussi l’abeille mellifère.

En fait, l’abeille mellifère représente un problème lorsque celle-ci habite le même environnement que les abeilles indigènes. Les abeilles mellifères vivent en communauté si nombreuse, qu’elles accaparent les ressources florales et font concurrence aux abeilles sauvages. « Une seule ruche sur 3 mois peut voler le pollen et prévenir la naissance d’environ 110 000 abeilles sauvages » – Jessica Forrest.

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