le Jeudi 22 février 2024

Oui, oui, il neige sur le maïs qui est encore au champ! Coup donc, les fermiers sont-ils devenus paresseux à l’approche de Noël?

Premièrement, laissez-moi vous dire que ce maïs-là n’est pas perdu. Il va continuer à sécher et dès que le vent aura balayé la neige sur les épis et que le sol sera un peu plus gelé, il pourra être récolté.

Récolter avec la batteuse qui roule sur la neige? Pas de problème! Ça donne du très bon maïs, qui coûte moins cher à sécher.

J’ai déjà vécu des récoltes qui se sont terminées en janvier, même en février. Comme il m’arrive de dire : ce n’est pas mon premier BBQ!

La récolte est finie!

photo : Sandra Clément

Ce qui se passe cette année, c’est que la récolte est tellement abondante que les silos des producteurs et des acheteurs sont pleins jusqu’aux bouchons. Ça fait que le maïs reste au champ plus longtemps que prévu. La tenue des plants est bonne cette année, alors on n’a pas à s’inquiéter.

Chez nous, au fil des ans, nous avons tranquillement agrandi notre capacité d’entreposage. Nous avons aussi un séchoir à grains plus performant. Donc finir avant Noël devrait être possible la plupart des années.

Terminer en beauté

Je ne sais pas comment les autres producteurs vivent la fin des récoltes, mais pour moi, c’est toujours un moment spécial, que la récolte ait été bonne ou pas!

Je ne peux pas manquer la dernière passe de la moissonneuse-batteuse. Si je ne suis pas dans un buddy seat en tracteur avec une de mes filles, je suis au volant de mon tracteur et j’accompagne mon mari qui pilote la batteuse. On finit ensemble une autre saison!

Un dernier voyage de maïs!

Depuis au moins 20 ans, je n’ai jamais manqué ce moment symbolique où la batteuse n’a tout d’un coup plus rien à avaler.

Les tracteurs se rendent au plan de séchage avec leurs derniers lots de maïs. Pis là, là on court ouvrir la porte de la shop pour faire rentrer la batteuse! C’est là que le marathon se termine!

Envahie par la satisfaction et la fierté, ça me fait comme une boule en dedans. J’ai la gorge serrée, les yeux pleins d’eau (je suis une grande sensible). Je me sens tellement fière de nous!

La fin des récoltes, c’est la fin de mois de dur labeur, de patience, de casse-têtes et d’inquiétudes. Le fruit de nos efforts est enfin récolté. Quel bonheur que de voir le visage plein de satisfaction chez mes enfants et nos employés.

Dame Nature nous a mis les nerfs à l’épreuve jusqu’aux derniers grains à récolter! OUFFFF, soulagement!

« Papa, ouvre la porte de la shop, j’rentre la batteuse! »

photo : Sandra Clément

2023 un peu différent !

Cette saison de battages, pour la première fois, nos filles ont chacune pris le volant de la batteuse! Toutes les trois, de la plus vieille à la plus jeune! OK, le boss (leur papa) n’a pas cédé sa place. Disons qu’il leur fait d’la place! Il pense comme Benjamin Franklin, qui un jour a déclaré : «Dites-le-moi et j’oublierai. Montrez-le-moi et je me souviendrai. Impliquez-moi et j’apprendrai.»

En 2023, ce sont nos filles qui ont fait les dernières passes de 12 rangs de maïs! Elles ont terminé les trois ensemble, une à la roue de la batteuse, les deux autres chacune dans leur tracteur! Et moi, assise dans le buddy seat, pour vivre le moment avec elles.

Et pour faire différent, arrivé à la shop, c’est le boss qui nous a ouvert la grande porte pour ranger la batteuse.

Un petit toast

Pour bien finir, on se rassemble autour de la table de shop, la batteuse encore chaude, un petit shooter de cognac pour chacun (ou du jus pour les trop jeunes). Comme mon beau-père aimait faire, on lève notre verre à une autre saison!
Chers lecteurs, chères lectrices, Joyeux Noël de la part de toute ma gang! Santé!

Au goût des producteurs laitiers de la région, ce scénario ressemble beaucoup trop à celui de 2006, quand Parmalat avait voulu fermer la fromagerie.

C’est un secret de Polichinelle : ce qui intéresse les industriels laitiers, ce n’est pas la production locale de fromage, mais l’approvisionnement en lait attribué à la fromagerie. C’est ce « quota » qui a de la valeur et ils voudraient simplement le rapatrier dans le Sud, vers des usines plus performantes.

La population du Nord est tannée de voir son territoire traité comme une sous-région bonne rien qu’à exporter ses ressources naturelles au profit du reste de la province. Créer de la plus-value en région, c’est ce qu’il faut pour dynamiser l’économie.

Déjà, il n’y a plus de laiterie dans le Nord. Le lait qu’on achète à New Liskeard, à Earlton et même à Timmins peut avoir été produit localement. Cependant, il aura fait 500 km pour aller se faire pasteuriser et ensacher, pour ensuite faire le chemin inverse sur un autre 500 km pour se retrouver en épicerie.

Avec la Fromagerie de Thornloe, au moins une partie non négligeable du lait du Nord était transformée dans le Nord. Il ne reste que la Fromagerie Kapuskoise, une fromagerie artisanale.

En 2006, les producteurs laitiers du Témiskaming ont réussi à se mobiliser et empêcher la fermeture. La fromagerie a été exploitée par EastGen, une entreprise spécialisée en génétique Holstein détenue par des éleveurs.

Loin de vivoter, la Fromagerie de Thornloe s’est mise à innover. Elle a créé des fromages qui ont gagné des prix. Son beurre fait de lait de vaches nourries à l’herbe s’est retrouvé dans les épiceries de Calgary et Vancouver.

En janvier 2020, EastGen a cédé la fromagerie à Gay Lea, une coopérative dont les membres sont des producteurs laitiers de l’Ontario et du Manitoba.

Aujourd’hui, Gay Lea ferme la fromagerie sous prétexte qu’une inspection aurait révélé que la salubrité des aliments était compromise par la vétusté des équipements en place. Lisez entre les lignes : il faudrait investir, alors on préfère fermer.

En 2020, EastGen et le conseil d’administration de la fromagerie voulaient assurer la pérennité de la fromagerie en la confiant à une entreprise capable d’y investir des ressources. L’état des équipements était clairement reflété dans le prix de vente.

Gay Lea semblait l’acheteur tout indiqué, étant donné ses activités en transformation laitière et son statut de coopérative agricole. Et avec un peu d’espoir, on pouvait croire que les producteurs laitiers membres de Gay Lay comprendraient toute l’importance – et la haute valeur symbolique – de cette fromagerie pour leurs pairs du Témiskaming.

On comprend donc la colère des gens du Témiskaming. Encore une fois, leur fierté est mise à mal par des intérêts financiers d’ailleurs. Encore une fois, ils sont incompris. Encore une fois, ils ne se laisseront pas faire.

La mobilisation s’organise. Leur fromagerie ne doit pas fermer. Gay Lea s’est dite ouverte à vendre. Elle aurait tout intérêt à poursuivre la production le temps de trouver un acheteur. Et elle aurait tout intérêt à fonder ses décisions sur ce qu’il reste d’esprit coopératif parmi ses membres producteurs laitiers.

La Fromagerie de Thorloe a été fondée, exploitée et sauvée par des Franco-Ontariens, avec un remarquable esprit de solidarité avec l’ensemble de la communauté du Témiskaming.

Cette solidarité doit maintenant s’étendre à toute la province. Sauver la Fromagerie de Thornloe, c’est sauver la dignité de nos producteurs agricoles et la dignité de tous ceux qui se battent pour leur région soit florissante, riche de son passé et tournée vers l’avenir.

André Dumont est vice-président d’Agricom. Il a grandi à la campagne au nord de New Liskeard.

 

Il y a un moment que j’aime bien pendant les récoltes. C’est quand le soir tombe, que tout le monde est rentré de sa journée de travail. Le séchoir sèche à plein régime pour nous permettre de poursuivre la récolte au champ le lendemain. Avant de me coucher, mon petit bonheur est de sortir pour aller faire une dernière tournée au séchoir pour vérifier que tout se passe bien pour ensuite laisser le WatchDog (une application mobile) superviser.

Moment de bonheur devant le séchoir, juste avant d’aller se coucher!

Le ronronnement du séchoir par un soir frais, les étoiles au rendez-vous, ça fait partie de l’expérience!

Se tenir devant le séchoir, la vapeur s’échappant par le haut, les flammes rugissant sur un fond de bourdonnement sourd des vis sans fin… C’est mon moment à moi! Un moment où je reprends mon calme avant d’aller fermer les yeux. Un petit moment qui embellit la vie. Jusqu’à ce que…

Ding, dong!

1h30 du matin, dans la nuit de samedi à dimanche. Ça sonne à la porte!

Mon mari : eille, réveille-toi, y’a quelqu’un à la porte!

Toute endormie après une longue journée de battages qui s’est terminée tard aux champs, je lui réponds : les filles sont rentrées. Alors ce n’est pas une d’elles qui est embarrée dehors.

Ding, dong! Ding, dong!

Mon mari se rend à la porte : allo ?

« Bonjour monsieur, désolé de vous réveiller, mais vous êtes après passer au feu! Vous avez un bâtiment qui brûle! », lui annonce un passant.

Mon mari : oh non! Y’a pas de quoi vous inquiéter. On sèche du grain, tout est sous contrôle.

Il referme la porte tout endormi et revient se coucher.

Moi : ben franchement, tu aurais pu y expliquer un peu! Tsé, faire de l’agvocacy pour qu’il comprenne! On sèche du grain, penses-tu vraiment qu’il a compris de quoi? On n’est pas après faire cuire du pop corn!

Lui : Eille Sandra, là chu fatigué! Si y s’inquiète trop, qu’il appelle les pompiers, eux vont lui dire de pas s’inquiéter.

Moi qui tourne les yeux : Ouin… T’as ben raison!

Maïs déversé d’une voiture à grain pour être acheminé au silo qui alimente le séchoir.

photo : Sandra Clément

Séchage ultramoderne

Mais qu’est-ce que ça fait un séchoir à grains? Les grains, comme ceux du maïs, contiennent une certaine humidité qui doit être réduite. Le séchoir permet donc de faciliter le processus de séchage en contrôlant les conditions d’humidité et de température afin de garantir une conservation optimale des grains dans les silos d’entreposage.

Il existe différents types de séchoirs à grains, allant des séchoirs en plein air comme les cribs à maïs d’autrefois aux séchoirs mécaniques ultramodernes d’aujourd’hui. Le nôtre fonctionne au gaz naturel et il se contrôle à partir d’une application mobile.

Cette application s’appelle le WatchDog et ce n’est pas pour rien! S’il y a un problème et qu’une alarme doit nous être envoyée, c’est le son d’un chien qui aboie qui retentit! Disons que quand on entend un aboiement la nuit, on se lève pas mal plus vite que quand ça sonne à la porte!

Située à mi-chemin entre New Liskeard et Earlton, la Fromagerie de Thornloe a une forte valeur symbolique pour les producteurs laitiers du Témiskaming. En 2006, ils s’étaient mobilisés pour éviter sa fermeture.

En janvier 2020, la fromagerie était passée aux mains de Gay Lea, une coopérative ontarienne qui regroupe 1400 producteurs laitiers. Quatre ans plus tard, voilà qu’elle met fin aux activités, sous prétexte qu’une inspection des installations aurait révélé d’importants problèmes qui pourraient menacer la salubrité des produits.

Lire l’article de Radio-Canada

La fromagerie a été fondée en 1940. En 2006, Parmalat, alors propriétaire, avait voulu la fermer. Tout le sud du Témiskaming s’était alors soulevé pour sauver ce symbole de la vigueur de l’industrie laitière du district. En 2007, Gencor, devenue EastGen depuis, en était devenue propriétaire (EastGen est une coopérative de fermiers spécialisée en génétique animale).

Dans le journal Agricom :

Gay Lea achète la Fromagerie de Thornloe

La famille s’agrandit à la Fromagerie de Thornloe

 

Comme je vous l’ai raconté dans mes chroniques précédentes, notre blé a été récolté en août. Nous avons connu une très belle récolte de soya en septembre.

Attachez votre tuque, apportez votre lunch, on s’en va au champ!

Soyez prévenus : une fois commencée, on ne sait jamais quand la récolte va se terminer. Pendant que d’autres se promènent dans les marchés de Noël, nous on regarde les premiers flocons tomber au volant du tracteur ou de la moissonneuse-batteuse.

Cette année, le maïs est resté humide plus longtemps. Nous avons dû être patients.

Le taux d’humidité dans le maïs à grain fait référence à la quantité d’eau présente dans les grains de maïs, mesurée en pourcentage. À environ 25 %, le maïs est suffisamment sec.

Un p’tit café, ça réchauffe!

Let’s go au champ!

Ce matin, on récolte de l’autre côté d’Embrun. Ça veut dire quoi? On doit traverser le village avec tout l’équipement! Le défilé John Deere, c’est nous!

Le sentiment d’excitation d’un début de récolte est au maximum. L’ambiance positive et motivante de ma gang se fait ressentir. Mais on se ressaisit, parce que l’ouvrage n’attend pas!

Comme un curé, je fais mon sermon à mes filles :

-Bon là, restez éveillées en tout temps sur le chemin et dans les champs!

-C’est quand qu’on se trouve bonne que les accidents arrivent ou qu’on fait des conneries. (Je parle pour moi aussi!)

-Restez prudentes! Love you! 

À mon mari et notre employé :

-Restez allumés vous autres aussi. La patience c’est une vertu! (Je parle d’avoir de la patience avec moi!)

-Soyez prudents et…n’oubliez pas de profiter de cette saison qu’on aime tant!

Le défilé de machinerie est terminé, on récolte!

PHOTO : SANDRA CLÉMENT

Sur la ligne de départ

Notre parade de machinerie verte est prête.

Papa : la batteuse

Nadia : tracteur et grain cart (nous avons deux tracteurs avec voitures à grain, pour que la batteuse n’ait jamais à s’arrêter en bout de champ)

Mom : tracteur et grain cart, que je laisse à Maya une fois au champ, parce que je devrai revenir à la ferme pour démarrer le séchoir

Martin, notre fidèle employé : tracteur et remorques pour transporter le grain du champ au séchoir à la ferme

Suzie : dans son camion pour elle aussi transporter du maïs sur la route

Les voitures à grain se remplissent, la batteuse ne s’arrête jamais.

Aussitôt au champ, on attend avec impatience le premier verdict de papa, lui qui est au volant de la batteuse.

Pendant la saison, on fait tout pour bien préparer les champs, semer dans les meilleures conditions et s’arranger pour que le maïs ne manque de rien. Malgré ces efforts, notre maïs peut être affecté par le climat, des parasites ou des maladies.

Quand la batteuse entre au champ, c’est l’heure de vérité. C’est elle qui nous donne notre bulletin de fin d’année, avec son capteur de rendement.

Tout à coup, la voix de papa se fait entendre dans nos radios. Il reste humble, mais on ressent la joie dans sa voix : «C’est le début d’une bonne récolte gang! L’humidité est à point et le rendement a l’air d’être au rendez-vous!»

Ses mots nous motivent. L’ambiance est positive, toute l’équipe a le cœur à l’ouvrage. Je mets la musique à fond, tout en restant bien concentrée.

La journée terminée, je ressens la satisfaction d’un début de bonne récolte. Ma gang est remplie de joie, d’optimisme, de satisfaction et de fierté. La récompense du travail d’une année est enfin arrivée.

La machinerie est stationnée à la ferme, mais le séchoir lui n’arrête pas de sécher. Qui va aller faire un test d’humidité avant de prendre sa douche? Comme je vous le disais : quand ça commence, on sait jamais quand ça finit!!!

Un soir de printemps pendant les semis, un bon voisin à bord de son tracteur s’est arrêté me saluer entre deux champs.

-Salut! Comment ça l’avance?

Parle, parle, jase, jase et il en vient à me féliciter pour mes chroniques avec Agricom. Puis, il me suggère d’écrire sur un sujet : la solitude dans le champ en tracteur. (Ça sonne comme le titre d’une chanson country français!)

Pour lui, passer des heures et des heures en tracteur, ce n’est pas le rôle qu’il préfère jouer. Il me raconte cette fois où il avait passé une longue journée au champ, lui pis son tracteur, à travailler le sol sans parler à personne. Le soir en retournant chez lui, pour savoir s’il avait encore une voix, il a crié tout le long du trajet.

«Mom, à quoi tu penses?», me demande ma fille Maya.

PHOTO : Maya Clément

-Les gens que j’ai rencontrés sur mon chemin ont dû trouver que j’étais fou!, me dit-il en riant.

Ils n’auraient pas eu tort, parce que lui-même se demandait s’il n’était pas en train de devenir fou après toute une journée seul.

Mon voisin a beau être un agriculteur d’expérience, il préfère être le gofer à qui l’on dit «go for this, go for that» que de rester enfermé dans la cabine d’un tracteur toute la journée.

Être le gofer qui au printemps, finit les lèvres gercées par le vent, le soleil et la poussière, c’est son rôle préféré. À l’automne, rester dehors pour gérer le séchoir à grain quand le temps est humide et que ça vous rentre dans les os, il préfère ça au confort du tracteur.

Je le comprends, parce qu’à la ferme chez nous, c’est moi le gopher qui court à gauche et à droite.

Le voisin repart, je le remercie de son partage et je lui lance : «Eille! Oublie pas, les gofers comme nous, personne s’en passerait!»

Solitude bénéfique

Si vous me demandez mon avis, vivre de la solitude en tracteur peut être une expérience enrichissante. Si vous appréciez la tranquillité, passer du temps seul peut vous offrir l’occasion de vous ressourcer et de profiter de la nature qui vous entoure.

On profite de ces moments pour faire le point sur notre vie, nos objectifs et nos aspirations. On pense à ce qui nous rend vraiment heureux et on utilise ce temps seul pour prendre des décisions importantes.

Pour ma part, je passe moins de temps en tracteur qu’avant. Mes filles ont pris leur place en tant qu’opératrices de machinerie.

Même si je suis le gofer comme mon voisin, j’aime particulièrement ces moments où j’ai la chance de passer de longues heures seule. Un seul problème : ma boîte à lunch est assurément vide rendue à 10h du matin!

Dans la cabine du tracteur, je suis un peu en vacances, comme dans ma chronique Mon tracteur, mon bonheur!

La journée a été longue!

PHOTO : SANDRA CLÉMENT

Ça me permet d’observer ce qui se passe autour de moi. J’écoute des livres audios, des podcasts pour enrichir mon esprit.

Bon mais là on s’entend, si vous me connaissez un peu, après un certain temps, ça suffit l’enrichissement. Je mets la musique au fond pis je chante de toutes mes forces, me laissant emporter par la mélodie et les paroles.

Je chante comme si personne ne m’écoute. (Dans le fond d’un champ, y’a vraiment personne qui m’écoute!!!) Je me sens authentique et quand j’ai besoin d’aller au petit coin, mon authenticité ne diminue pas. La créativité d’une femme, ça s’exprime de plein de façons!

En terminant, n’oublions pas que la solitude d’une agricultrice, ça se passe aussi à la maison. Quand on est maman, on reste souvent derrière à faire les tâches ménagères alors que le reste de l’équipe s’amuse au champ. Tiens, tiens, on dirait un autre sujet de chronique!  

Sandra Clément est productrice de grandes cultures à Embrun. Elle animera les célébrations du 40e anniversaire du Journal Agricom, le 30 novembre 2023, à Plantagenet.

Belle journée pour récolter!

photo : Sandra Clément

La récolte du soya vient de commencer. Ma mère, qui a grandi à la ferme dans les années 1940 à 1970, n’a pas connu cette culture. Elle a été introduite dans l’Est ontarien en 1976. Presque toutes les fermes cultivent maintenant cette légumineuse, qui peut servir à nourrir des humains, des animaux, ou des procédés industriels.

Pourquoi j’aime le soya? Suivez-moi dans le récit d’une journée de récolte!

En cette belle journée d’automne, je me lève comme tous les matins. Fatiguée même après une bonne nuit de sommeil, la motivation me semble moins intense qu’à l’habitude. Je prie le bon Dieu de me motiver.

En me rendant à la cuisine pour déjeuner, j’aperçois par ma grande fenêtre un étonnant lever du soleil, d’une beauté renversante. Du mauve dans le plus haut ciel, qui vire au rose orange, puis au jaune près de l’horizon. Tellement grandiose que je n’arrive pas à décrire.

Soya prêt à récolter à Embrun, dans l’Est ontarien

photo : Sandra Clément

Parmi ces couleurs, je vois au loin les feuilles des arbres qui sont à leurs plus belles couleurs d’automne. À ce décor s’ajoute d’un côté notre maïs, qui est d’un jaune beige pâle. De l’autre côté, notre soya d’un brun rouille qui n’attend qu’à être récolté aujourd’hui même.

Pas une seconde à perdre si je veux participer à cette récolte avec mon mari et nos filles. Finalement, ma journée s’annonce non seulement une belle journée d’automne tout en couleurs, mais aussi une belle grande journée aux champs en famille. Nous allons récolter notre soya, dans lequel nous avons mis tellement d’effort, de cœur et de passion depuis ce printemps.

Je sors. Un vent chaud effleure ma peau, le même vent qui a vite fait disparaitre la rosée.

Frissons de bonheur

Suis-je encore fatiguée? Plus du tout! La motivation monte en moi. Excitée, j’entends les ronronnements des tracteurs qui sortent des hangars, suivis de notre fameuse moissonneuse-batteuse. L’odeur du diesel et le son des moteurs me donnent des frissons de bonheur.

Tout à coup, j’entends une petite voix crier : «Mom, attends-moi!» C’est ma plus jeune qui court me rejoindre. «Attends-moi, je veux embarquer avec toi, Mom

Une fois installées dans le tracteur, nous partons rejoindre Papa. Au volant de la batteuse, il fait soulever une belle poussière que percent les rayons du soleil. Wow, quelle belle vue nous avons!
De ses grands yeux bleus, ma fille Maya, le bébé de nos trois filles, regarde le paysage nous dire bonjour.

C’est à ce moment qu’elle me dit tout bonnement : «Tsé moi quand j’y pense, ma saison préférée c’est vraiment l’automne. Ça me fait un petit je ne sais quoi, c’est dur à expliquer! Tu comprends- tu ce que je veux dire, Mom

«C’est certain que Mom te comprend!»

J’aime le printemps avec sa saison des semis, mais tout comme Maya, la saison des récoltes est ma préférée. Avec dame Nature qui choisit de nous faire sourire aussitôt levées, rien de mieux pour apprécier notre mode de vie, l’agriculture.

C’est durant ces journées d’automne remplies de couleurs, que nous passons à travailler en famille et à faire ce que nous aimons tant, que ma fierté est au maximum. Nos efforts et notre patience sont récompensés.

De belles journées d’automne au champ, c’est comme le ciel qui nous remercie pour notre travail. Quelle gratitude je ressens le soir quand je me couche encore remplie de cette belle énergie. Tout le monde est rentré en sécurité, le sourire au visage, prêt à recommencer dès demain.

Sandra Clément est productrice de grain à Embrun et mère de trois filles à Embrun, dans l’Est ontarien.

Dans certains de nos champs, on déroche à tous les printemps. À la main, en famille, comme l’on fait nos parents et nos grands-parents. Des souvenirs de corvées de dérochage, en avez-vous?

Se pencher, ramasser une roche, la pitcher sur la waguine. Une blague, une petite chanson et le temps passe plus vite. Chez nous, avec les filles, on se prépare des playlists et on travaille «la musique au fond Léon»!

Dérocher, une corvée qui vire au party!

On a beau avoir de gros tracteurs et toutes les technologies d’agriculture de précision, les roches, il faut les ramasser à la mitaine. On les empile dans la petite benne du côte-à-côte. Quand elle est pleine, on dompe ça au bord du champ. Des cimetières de roches, on en a beaucoup!

On a beau ramasser toutes les roches qu’on voit, on dirait qu’elles se reproduisent année après année. Je vous le jure, les roches dans nos champs sont vivantes!

Party de roches!

Pour encourager les filles, je leur répète l’importance de leur travail. Elles me répondent :

«Oui, mom! On réduit les risques d’endommager les équipements. On le sait! Et oui, on le sait que ça peut entrainer des dommages qui peuvent être très couteux et nous faire perdre du temps en pleine récolte. Oui mom, on le sait!»

C’est quasiment une chanson!

Et je souris en répondant : «Good, parce qu’aujourd’hui, c’est juste ça qu’on fait. Party de roches dans le champ! Préparez vos listes de chansons, on va avoir besoin d’encouragement!»

Petite pause au cimetière de roches.

Autant je pogne l’écœurantite des roches chaque printemps, autant j’aime cette corvée. Ça me garde en forme, parce que pendant la saison des semis, je manque de temps pour mon entrainement régulier.

On apprend tellement à connaitre les conditions de nos sols. Suite à un long hiver, on peut découvrir des problèmes d’érosion ou de drainage, par exemple.

On apprend même à aimer les roches. Oui, même à mon âge, je m’en collectionne toujours quelques-unes. Celle-ci ou celle-là, je ne suis pas capable de la lancer dans le tas. Demandez-moi pas pourquoi…

Nous avons plusieurs belles roches autour de la maison et des bâtiments de la ferme. Chacune a son histoire et aucune ne vient du même champ.

Dérocher peut aussi être une belle occasion pour faire passer les frustrations, ce qui est bon pour le mental!

Le dérochage, une occasion d’exprimer son côté artiste!

Bang!

Finir les récoltes à temps, c’est stressant. Comme si la météo n’était pas assez, on doit aussi composer avec les roches. Si vous suivez mes chroniques, vous le savez déjà : l’agriculture, c’est rock ’n’ roll!

Bang! Une roche dans la batteuse!

Dring, driiing! Je réponds. «Allo! Va vite à mon camion, apporte tel et tel outil. Y’a une roche qui vient d’entrer dans batteuse. On l’a sortie, mais là, il faut vérifier si y’a de quoi de brisé avant de repartir!»

Aille! Ça, c’est le coup de fil qu’on ne veut pas recevoir parce qu’on sait très bien que ça aurait pu être évité. Hmmm, une autre de ces roches qui ont poussé durant la saison!!!

Ça s’explique

Les roches poussent dans nos champs, un peu comme les plantes. Je vous explique.

Lorsque la terre gèle, l’eau qu’elle contient gèle aussi. Se transformant en glace, l’eau prend de l’expansion et fait monter les roches vers la surface du sol.

Lorsque le sol se réchauffe, la glace fond et la boue présente dans le sol prend la place de la glace, ce qui maintient les roches à leur nouvel emplacement.

Chaque cycle de gel et de dégel, les roches montent un peu plus vers la surface. Et voilà pourquoi chaque printemps, de nouvelles roches apparaissent.

Certaines roches aboutissent dans notre collection à la ferme…

La pire des jobs?

On pourrait croire que dérocher, c’est la pire des jobs. Pour moi, ce sont les occasions où j’ai passé le plus de temps avec mes filles à rire, partager des folies, danser et parler de tout et de rien. À observer leur endurance, leur curiosité et leur force qui, année après année, grandit autant physiquement que mentalement.

Dérocher, ça vous tente? Amenez votre musique, vous êtes les bienvenus! Vous pourrez ramener en souvenir autant de roches que vous voudrez!

Sandra Clément est productrice de grandes cultures à Embrun et mère de trois filles intéressées par l’agriculture.

Pour nous à la ferme, cultiver du blé d’Inde sucré, comme on l’appelle en bon français franco-ontarien, c’est une tradition qui remonte à plus de 15 ans. Nous avons commencé cette culture pour montrer concrètement à nos filles le travail que ça prend pour obtenir un résultat.

Des semis à la récolte et jusqu’à la vente, nos filles ont appris ce que c’est que de récolter le fruit de leur labeur. Gérer tout ça, socialiser avec les clients et compter l’argent à la fin de la journée, ce sont de belles occasions d’apprentissage.

La ferme, c’est une belle école de la vie, vous ne trouvez pas?

Maïs sucré vs maïs conventionnel

Quelle est la différence entre le maïs sucré et le maïs conventionnel?

Il y a quelques années, un certain jeune homme ayant grandi en ville m’a posé la question. Un peu comique comme histoire.

Maïs sucré bicolore (grains jaunes et blancs) cultivé à Embrun.

PHOTO : Sandra Clément

«Madame Clément, je n’y comprends rien! Je me trouve un peu niaiseux de le demander, mais le maïs sucré, est-ce que c’est le même que celui qu’on appelle le blé d’Inde à vache? J’ai toujours pensé qu’une fois le maïs rendu trop mûr, vous arrêtiez de le vendre en tant que maïs sucré, pour le récolter plus tard à l’automne et le donner aux animaux.»

«Je me suis même déjà arrêté au bord d’un chemin pour me cueillir quelques épis dans un champ pour le comparer à celui que j’achète au marché. Mais ç’a donc ben pas de goût!»

Eh boy! Je suis toujours la première à dire qui n’a pas de questions stupides. Cette fois-là, j’ai dû faire ben attention pour pas me mettre à rire.

Le pauvre jeune qui avait grandi dans la grande ville ne cherchait qu’à s’informer! Dans le fond, j’étais bien contente qui se sente en confiance de me le demander. À moi de lui expliquer en langage normal et non en langage de fermier !

Pas la même affaire!

Les variétés de maïs sucré ont un goût sucré avec des grains tendres et juteux. On les récolte en plein été et on les consomme frais.

Les variétés de maïs conventionnel sont utilisées principalement pour l’alimentation animale et pour la production d’amidon et d’autres produits industriels. On les récolte lorsque les grains sont murs et secs. La récolte débute habituellement fin octobre ou début novembre.

La principale différence est la teneur en sucre. Quand vous regardez son physique, vous pouvez voir que celui à droite sur la photo, qui est conventionnel, est beaucoup plus haut. Il peut atteindre jusqu’à 13 pieds! Il affiche souvent un vert plus foncé et ses croix sont brunâtres. Quant au maïs sucré, il peut faire de quatre à neuf pieds. Son feuillage vert est légèrement plus pâle et sa croix est blanche.

La taille des plants de maïs conventionnel ou sucré peut varier en fonction de facteurs tels que la qualité du sol, l’humidité, la température et les pratiques culturales.

Les grands champs de maïs le long des chemins sont généralement destinés aux vaches, cochons et poules. Ce maïs n’est pas sucré. Que voulez-vous, ces animaux n’ont pas la dent sucrée. Une chance, parce qu’il faudrait leur montrer à se brosser les dents après chaque repas!

Les poules ont-elles des dents ? En v’là une autre question à poser à un agriculteur!

Sandra Clément est productrice de grandes cultures à Embrun, dans l’Est ontarien. Elle fait aussi pousser trois jeunes filles.

Le 13 juillet dernier, des coups de vent sont venus coucher une partie de notre blé. C’était pas beau à voir. Ce n’est qu’un exemple de comment la météo peut subitement provoquer des dégâts.

La météo affecte le développement des maladies et des ravageurs. Elle peut favoriser l’utilisation des engrais comme elle peut nuire à l’application et l’efficacité des produits de protection.

L’attente de voir les cultures sortir de terre est particulièrement angoissante. Pour ceux et celles qui ont conduit la machinerie pour ensemencer tous ces grands champs à mille grains l’acre, le stress embarque: j’ai-tu bien calibré? j’ai-tu oublié de vérifier tel ou tel ajustement?

Les équipements d’agriculture de précision améliorent nos façons de travailler, mais ne nous enlèvent pas toute la pression d’éviter les erreurs. L’automatisation, ce n’est pas une garantie contre les erreurs humaines!

Lorsque les cultures commencent à sortir, on peut vite commencer à identifier les éléments qui ont bien fonctionné et ceux qui doivent être améliorés pour les prochaines saisons. Le taux de semis, la profondeur de semis, l’humidité du sol et mille autres détails peuvent affecter l’émergence.

S-v-p, pas de météo extrême!

Le mois qui suit les semences n’est pas ma période préférée. On ne veut pas de gel. On veut d’la chaleur, mais pas une sécheresse. On veut qu’il mouille, mais pas trop! Laissez-moi vous dire que cette année, on en voit de toutes les couleurs!

Il faut surveiller nos cultures pour détecter tout signe de maladie, de ravageurs ou de problèmes de croissance. Il est important d’intervenir rapidement afin de prévenir ou de minimiser les impacts sur le rendement.

Plus tôt en saison, si une culture a été affectée par le gel, par exemple, on doit vite décider si on la laisse reprendre tranquillement, ou si on la détruit et on resème. C’est toujours une décision crève-cœur pour moi!

Dommage dans le blé

À l’approche du mois d’août, les cultures sont déjà très avancées. Elles ont déjà subi beaucoup de stress avec la météo de cet été.

D’un côté de la route, le blé affecté par les grandes vents du 13 juillet, de l’autre, du maïs qui croît à merveille!

photo : Sandra Clément

Certaines régions ont reçu trop de pluie, d’autres pas assez. Le 13 juillet, un gros coup de vent s’est abattu sur nos champs, lors de l’avis de tornade. Chez nous, le blé de printemps s’est écrasé sur environ 40 % des superficies. Chez d’autres, c’est le maïs qui a été affecté.

Et là, on nous répète : «Eille, ç’a pas d’allure, votre blé est tout écrasé! Qu’est-ce que vous allez faire avec ça?»

Pour l’instant, nous allons attendre que le blé arrive à maturité pour le récolter du mieux qu’on peut. Des pertes? Surement! Faut pas se décourager! Avez-vous regardé de l’autre côté du chemin? Notre maïs est tellement beau! Et que dire du soya! Il est tout dodu!

Oui, ça nous arrache le cœur de voir nos cultures endommagées. Il faut le vivre pour le comprendre. On se sent vulnérable, on devient facilement négatifs, mais il faut vite s’en remettre! Comme je dis à mes filles: «Suck it up, butter cup!»

Tellement d’effort est mis pour chaque champ. Quand il est affecté par peu importe la raison, c’est comme un enfant qui est malade, on veut tout faire pour le voir se sentir mieux. On doit être patient!

Mais être patient, c’est dur sur les nerfs!