Vie rurale

Coup d’oeil à l’intérieur des vieux séchoirs à houblon


Le houblon séché était pelleté vers l’espace de stockage par deux portes. Les bardeaux de cèdre sur le mur du milieu servaient à garder la chaleur dans la moitié chaude du bâtiment. Photo : André Dumont.


Par : André Dumont, journaliste.

Pour voir ou revoir la première partie de cette série d’articles sur le houblon dans l’Est ontarien : ici.

Le paysage estival sur le chemin du Ridge, entre Fournier et Riceville, avait autrefois toute autre allure. Jusqu’à la fin des années 1940, la plupart des champs étaient recouverts de vignes de houblon grimpant sur des perches de 15 pieds.

Cinq vieux séchoirs à houblon survivent à ce jour, rares témoins d’une culture qui a marqué l’histoire de l’Est ontarien. Agricom a pu en visiter trois, grâce à la collaboration des propriétaires Marc Bercier et Pat Sloan.

De l’extérieur, ces séchoirs ressemblent à de petites étables ou hangars à machinerie. Ils font environ 24 par 48 pieds, ont deux étages et un toit à forte pente.

Le séchoir de la famille Sloan se trouve derrière le village de Fournier. Les quatre autres sont du côté nord du chemin du Ridge, à l’est du village. On les reconnaît à leur position tout juste en bas du chemin qui se trouve au sommet d’une petite crête. Des restants des ponts qui servaient à livrer les cônes de houblon directement au 2e étage sont encore visibles.

Les toits en bardeaux de cèdre ont été remplacés par de la tôle. Par la même occasion, la partie saillante de la cheminée a été retirée ; la cheminée n’est visible de l’extérieur que sur l’un des séchoirs survivants.

Les évents sur le toit, qui pouvaient ressembler à ceux des cabanes à sucre, ont eux aussi tous été éliminés, sauf sur un séchoir.

À l’intérieur, les séchoirs sont divisés en quatre grandes pièces (deux par étage), chacune ayant une fonction spécifique : chauffage, séchage, entreposage et empaquetage.

Des évents aux bas des murs pouvaient être ouverts pour forcer la chaleur vers le deuxième étage, où les cônes étaient épandus pour sécher. Photo : André Dumont.

Dans les séchoirs visités, les poêles ont été retirés, mais les cheminées de briques se tiennent encore droites jusque sous le toit. Le trou servant à recevoir un tuyau de poêle est bien visible.

Les séchoirs avaient plus d’un poêle. Dans le livre paroissial Fournier 1867-1992, soeur Rita Denis mentionne que le séchoir de son père avait quatre « buck stoves ».

La chaufferie occupe la moitié du rez-de-chaussée. Ses murs reposent sur des semelles de béton interrompues par des portières longues d’environ un mètre. Elles servaient à admettre de l’air pour forcer la chaleur vers le deuxième étage, où étaient épandues les « caboches » de houblon mises à sécher.

Le plancher entre ces deux étages est composé de « 1 x 3 » en bois disposés à environ deux pouces d’intervalle et recouverts d’une toile de type « coton à fromage ». On y épandait de 12 à 18 pouces de cônes de houblon fraîchement récoltés.

Les « caboches » de houblon étaient mises à sécher sur une toile disposée sur un plancher de lattes de bois. Photo : André Dumont.

Le résident de St-Bernardin Armand Besner, 93 ans, a travaillé dans un séchoir lors des dernières récoltes de houblon, vers 1950.  « Le houblon était cassé le jour, le soir il était monté au séchoir. Il séchait toute la nuit. Vers 2h30 ou 3h le lendemain, il était sec. Pendant la nuit, fallait que tu ailles marcher dedans, pour pas que la verte reste sur le haut et que la chaude reste en bas. »

Ce n’était pas une partie de plaisir, se souvient-il. « On passait la nuit à faire du feu. Il y avait trois poêles, mais tu pouvais en remplir un seul, ou deux à la fois, tellement il faisait chaud. Tu ressortais de là à la course. »

Lorsque les cônes étaient secs, ils étaient pelletés par deux ouvertures dans le mur du centre du séchoir. De l’autre côté, le plancher du 2e étage était environ deux pieds plus bas. Le houblon y était entreposé jusqu’à l’arrivée du camion et de la presse de l’acheteur. Les cônes étaient alors versés par un trou carré dans le plancher, dans une jute, pour en faire un ballot. 

Le houblon servait à parfumer des bières brassées à Montréal et aux États-Unis. Entre autres, la brasserie montréalaise Dawes s’en procurait pour sa célèbre Black Horse Ale.

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