Volume 38 Numéro 9 – Le 16 avril 2021

Le secteur agricole et agroalimentaire : des secteurs essentiels oubliés



Par Danik Lafond, directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens

Il y a un peu plus d’un an, au terme du congrès annuel de l’UCFO et de son assemblée générale annuelle, les activités « normales » ont été perturbées par la pandémie de la COVID-19. Tous les secteurs d’activités économiques ont connu leur part de problèmes, particulièrement les secteurs agricole et agroalimentaire.

Nous avons réalisé combien notre système agroalimentaire était vulnérable. Nous sommes devenus soudainement inquiets de la souveraineté alimentaire en Ontario. Le système de gestion de l’offre a été confronté à des variations importantes de la demande et du marché, notamment pour les produits laitiers en raison de la fermeture soudaine des restaurants. Néanmoins, la capacité de transformation, particulièrement les abattoirs, et la disponibilité de la main-d’œuvre agricole ont été les facteurs qui ont le plus durement été touchés dans le secteur agroalimentaire. Certains abattoirs et certaines entreprises de transformation agroalimentaire ont dû fermer ou ralentir considérablement leur production pour respecter les mesures sanitaires.

Le printemps dernier, l’arrivée des travailleurs agricoles étrangers, indispensables à la production agricole saisonnière notamment, a créé son lot de maux de tête aux producteurs. Pour certains, les travailleurs sont arrivés au compte-gouttes, alors que pour d’autres, ils sont arrivés tard ou pas du tout. Les agriculteurs ont dû également adapter leurs installations et l’organisation du travail pour se conformer aux nouvelles mesures sanitaires. Plusieurs travailleurs agricoles étrangers ont été infectés par la COVID-19. Nous avons vu des récoltes demeurer dans les champs !

Les activités agricoles et de transformation agroalimentaire constituent un secteur économique essentiel. Douze mois plus tard, nous avons l’impression que le gouvernement a oublié toute l’angoisse collective générée par le constat de vulnérabilité du système agroalimentaire. Nous avons l’impression que nous sommes toujours en mode réaction. Alors que la province de Québec semble avoir agi ou réagi plus rapidement pour procéder à la vaccination des travailleurs du secteur agroalimentaire, nous sommes toujours dans l’attente d’informations sur la stratégie de vaccination des travailleurs agricoles et agroalimentaires dans la plupart des régions rurales de l’Ontario. Certaines régions ont vacciné plusieurs centaines de travailleurs agricoles étrangers alors que dans d’autres rien ne semble bouger.

Les organisations agricoles comme l’UCFO ont collaboré, il y a plusieurs semaines, avec la santé publique pour estimer les besoins en vaccins pour le secteur agricole. Récemment, nous avons tenté d’obtenir des informations sur le processus de vaccination de travailleurs agricoles afin d’informer adéquatement les propriétaires d’entreprises et les travailleurs agricoles qui font face à de nombreuses incertitudes. Dans le contexte où cette année, le beau temps contribuant à un printemps très hâtif pousse nos agriculteurs à démarrer les activités de la belle saison plus rapidement, ce manque d’information exerce une pression accentuée sur nos entreprises agricoles.

Au niveau de l’aide financière, le gouvernement provincial a néanmoins agi de façon soutenue depuis le début de la pandémie pour supporter le secteur agroalimentaire. Très récemment, le gouvernement a annoncé, dans le cadre du nouveau Programme élargi de protection au travail pour le secteur agroalimentaire, que les exploitations agricoles et les entreprises agroalimentaires qui embauchent trois employés ou plus seront admissibles à une aide financière supplémentaire. Cette aide permettra à davantage d’agriculteurs et d’exploitants agroalimentaires d’acheter de l’équipement de protection individuelle, de réaménager des postes de travail et d’améliorer les activités de nettoyage et de désinfection afin de mieux protéger leur personnel.

Au-delà de l’aide financière, à l’aube d’une nouvelle saison, une stratégie provinciale de vaccination et d’information pour travailleurs agricoles aurait sûrement aidé. Il est étonnant de constater que la mesure préventive la plus efficace — la vaccination — n’ait pas encore été planifiée et coordonnée à l’échelle provinciale pour ce secteur économique essentiel.

Sur le même sujet : Nos travailleurs agricoles ontariens : grands oubliés de la vaccination contre la COVID-19 ?

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