Volume 38 Numéro 12 - Le 23 juillet 2021

Les tortues : porteuses de maladies malgré elles


Les maladies sorties du bois —Les tortues

La tortue ponctuée (Clemmys guttata). Taille adulte: environ 14 cm. Habitat : milieux humides (marais, marécages, etc). Répartition : sud de l’Ontario, est des États-Unis, sud des Grands Lacs jusqu’au nord-est de l’Illinois. Source : Registre public des espèces en péril du Canada. Crédit photo : Ltshears, Wikimedia Commons

Leila Fayet, journaliste

En Ontario, les promeneurs ne doivent pas toucher les tortues telles que les tortues ponctuées. Ils risquent d’attraper la salmonellose de ces tortues sauvages. Par la suite, ils contamineront leurs proches. Bien des maux de ventre en perspective qui auraient pu être évités.

Ce scénario aurait pu se produire. En juillet, un randonneur fait une pause. Il s’assoit sur un rocher le long de la Baie Georgienne. Tout en dégustant une pomme, il aperçoit une roche noire sur le sol. Intrigué il s’approche. La roche égaillée de points jaunes se déplace alors lentement vers l’eau. Féru de reptiles, cet homme reconnait une tortue ponctuée, Clemmys guttata. C’est une des plus petites tortues de l’Ontario. Il l’observe. Elle s’arrête. La tortue tourne la tête vers le randonneur fasciné. Il aurait aimé en avoir une dans son vivarium chez lui, mais cette tortue sauvage est peut-être porteuse de zoonoses, ces maladies transmissibles à l’humain. Il reste prudent. Il ne voudrait pas attraper la salmonellose.

Le Centre Hospitalier Universitaire Vétérinaire de Montréal résume la contamination indirecte de cette maladie ainsi : « Mettre à sa bouche quelque chose de contaminé par les selles […]. » Si cette personne touche la tortue ou son vivarium et ne se lave pas les mains, il finira par ingérer les bactéries responsables de la salmonellose, les salmonelles. Et à son tour, il contaminera son entourage. « La salmonellose provoque chez l’humain des poussées de fièvre subites, maux de tête, diarrhée, crampes abdominales et nausées pouvant aller jusqu’aux vomissements » indique le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario. Il recommande de « toujours se laver les mains après avoir manipulé des animaux […] particulièrement après avoir nettoyé un aquarium ou un terrarium. »

Les dangers de la salmonellose

D’après l’Institut Pasteur en France, les personnes âgées, les nourrissons, les femmes enceintes et les personnes à faible immunité, comme les patients de chimiothérapie, peuvent mourir de la salmonellose.

L’Institut signale aussi qu’une « grande majorité des reptiles sont des porteurs sains […], ces nouveaux animaux de compagnie sont à l’origine d’infections sévères chez le nourrisson. »

Tortue ontarienne protégée par l’Ontario

La Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario (LEVD) protège des espèces sauvages, dont la tortue ponctuée. Il est interdit de « tuer, harceler, capturer ou prendre » un spécimen. Il est aussi interdit de « posséder, transporter, collectionner, acheter, vendre, louer ou échanger, ou offrir de vendre, d’acheter, de louer ou d’échanger » une de ces tortues. Si le randonneur avait capturé la tortue ponctuée, il aurait encouru une peine allant de 250 000 $ à 2 000 000 $ et jusqu’à un an d’emprisonnement.

Tortue ontarienne protégée par le Canada

La Loi sur les espèces en péril du Canada quant à elle, interdit notamment de « posséder, de collectionner, d’acheter, de vendre ou d’échanger un individu […] d’une espèce sauvage inscrite comme espèce disparue du pays, en voie de disparition ou menacée. » La tortue ponctuée fait partie de la liste des espèces en péril au Canada. Le contrevenant encourt une peine allant de 50 000 $ à 1 000 000 $ et jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Le Canada contrôle aussi les importations des tortues d’autres pays.

Une tortue mexicaine prend l’avion illégalement

« Un client a demandé des conseils sur une tortue sauvage ramenée du Mexique dans sa valise. D’abord c’est dangereux à cause des zoonoses des animaux sauvages […], et ensuite c’est illégal, » déclare Steeve Michaud, gérant de l’animalerie Magazoo à Montréal, spécialisée en reptiles.

La tortue dans les bagages, le client indélicat revient du Mexique. La tortue entre au Canada, peut-être porteuse de pathogènes.  

Tortue mexicaine protégée par le Canada

Au Canada, ce client encourt une peine allant de 15 000 $ à 2 000 000 $ d’amende et jusqu’à 5 ans de prison selon la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial. Il est interdit au Canada d’importer ou de détenir des animaux sauvages protégés par la loi du pays d’origine de l’animal.

Tortue mexicaine protégée par le Mexique

De plus, le Mexique peut juger et condamner un Canadien pour capture de tortue. Selon l’article 420 du Code pénal fédéral mexicain, une personne qui capture une tortue encourt une peine d’un an à neuf ans de prison et 300 à 3000 jours-amendes. Un jour-amende correspond au revenu journalier net du contrevenant au moment des faits.

Protection des animaux sauvages et contrôle des zoonoses

Ces lois permettent incidemment d’éviter l’introduction de nouveaux pathogènes et donc de contrôler les zoonoses potentiellement pandémiques. Les animaux sauvages restent dans leur milieu naturel et les pathogènes responsables de zoonoses circulent moins d’un continent, d’un pays ou d’une province à l’autre.

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