Volume 38 Numéro 10 - Le 21 mai 2021

L’huile végétale brute pour remplacer le diesel


Le système de pressage automatisé Energrow pour le broyage du soya cru directement à la ferme. L’huile sera récoltée dans les grands récipients pour vrac en plastique rigide (à droite) alors que le reste de la matière solide provenant des grains de soya, le tourteau, est dirigée dans les grands sacs de transport blanc tel que vu à gauche sur la photo ici. Photo : Courtoisie Energrow


Par Julyen Renaud [email protected]

Le moteur à allumage par compression — que l’on connaît mieux sous le nom de moteur diesel — existe depuis la fin du 19e siècle. Son inventeur, Rudolph Diesel, aurait apparemment utilisé de l’huile d’arachide pour démontrer le fonctionnement de son prototype lors de la foire universelle de Paris en 1900. Certes, de nos jours, ce type de moteur a été perfectionné pour fonctionner au pétrodiesel. Toutefois, l’utilisation d’une certaine proportion d’huile végétale brute (HVB) mélangée au pétrodiesel peut vous aider à réduire vos coûts en carburants et vos émissions de gaz à effet de serre.

Pour utiliser des HVB comme carburant, on doit les traiter. Sur le site Web du MAAARO, on peut lire qu’« avant de sortir du réservoir de carburant, elles doivent être chauffées pour mieux s’écouler dans le système d’alimentation du moteur. De même, on doit filtrer les nouvelles huiles extraites mécaniquement pour les débarrasser des gommes et des autres résines avant de les utiliser comme carburant. On doit également filtrer les huiles végétales usagées pour en extraire les particules et autres contaminants. »

Presser chez soi

La compagnie Energrow est basée à Listowel en Ontario et vend des presses pour extraire les huiles des grains et oléagineux. Cette compagnie, qui existe depuis maintenant 15 ans, est le seul manufacturier canadien de ce genre de presses.

Aux yeux de Jasmin Hofer, présidente et PDG d’Energrow, il est important d’offrir aux agriculteurs les moyens de gagner en indépendance et d’engranger des profits. « Ce que nous offrons, c’est une technologie […] qui est complètement automatisée et qui permet aux agriculteurs de garder leurs oléagineux sur la ferme. Ensuite, ils produisent deux produits : le tourteau […] et l’huile. » Elle ajoute que « pour ce qui est de l’huile, pour la majeure partie, nous la rachetons d’eux. Nous les encourageons toutefois fortement à l’utiliser à la ferme. » Le tourteau, pour sa part, sert à l’alimentation des animaux. Le tourteau de soya, par exemple, est très riche en protéines.

« On peut utiliser l’huile dans un tracteur, dans une génératrice. Certains moteurs convertis fonctionnent avec jusqu’à 80 % d’huile végétale. Ce que nous recommandons, pour garder les choses simples, selon les dernières études que nous avons vues en Europe et la norme DIN 51605, c’est d’ajouter environ 5 % [d’HVB] au réservoir de diesel et d’ainsi utiliser l’huile plutôt comme un lubrifiant pour le moteur. »

« Nos systèmes sont modulaires. Notre système de base peut presser environ une tonne de soya par jour, ce qui est assez pour nourrir environ 300 vaches, et produira environ 80 litres d’huile », explique Mme Hofer.

Des agriculteurs satisfaits

Chez Terryland Farms, à Saint-Eugène dans l’Est ontarien, on possède l’équipement nécessaire pour presser les grains et les oléagineux. Là-bas, on s’est déjà servi de l’huile extraite comme carburant. « On a un gros tracteur […] de 300 forces et puis on a mis un système pour le convertir pour qu’il prenne plus d’huile végétale. C’est juste un système qui chauffe l’huile avant que ça rentre dans la pompe à injection. »

Ailleurs, à la ferme de Mark Howes, située à Vankleek Hill en Ontario, on produit de l’huile de soya grâce à une presse. Les Howes utilisent une faible proportion d’HVB dans leur tracteur depuis un an et ont été surpris par les résultats : « Nous avons mis environ 5 % à 8 % [d’huile de soya] dans notre carburant diesel. Nous avons gagné environ 4 à 5 heures par réservoir de carburant. J’étais assez impressionné ! C’est un produit naturel aussi ! Nous étions très satisfaits. » En raison de la viscosité de l’huile de soya qui est plus élevée que celle du pétrodiesel, les Howes ne se servent toutefois pas de l’huile dans leur machinerie durant la saison froide. « Nous ne l’utilisons pas durant l’hiver, car elle se gélifiera dans le carburant. »

Les tracteurs plus récents ne sont pas nécessairement adaptés pour l’utilisation d’HVB comme carburant. Au contraire, ces derniers ont été conçus pour fonctionner optimalement au pétrodiesel. Toutefois, si vous possédez un tracteur un peu plus âgé, il pourrait être intéressant de transitionner en partie vers les huiles végétales brutes dont les vertus et les utilités sont nombreuses.

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