Quand il n’y a pas de remède – La grippe aviaire

Le 14 avril 2022

L’Agence canadienne de l’inspection des aliments (ACIA) déclare que 2021-2022 est une des pires années de la grippe aviaire (H5N1). Les agences de surveillance constatent des taux de mortalité très élevés en Amérique, en Europe, en Asie et en Afrique. En Ontario, c’est 84 000 oiseaux déjà morts ou abattus en raison de cette grippe en 3 semaines. Les oiseaux migrateurs amènent le virus au-dessus de l’Ontario depuis le 21 mars. La maladie se transmet principalement par la fiente et la salive. 

Face à cette grippe, les éleveurs de volaille sont démunis. Aucune thérapie ne peut la prévenir ou la traiter.

 « Quand on se retrouve avec ni vaccins ni médicament, ça limite les traitements préventifs et les traitements lors de la maladie. Ça limite les outils qu’on a pour combattre cette maladie et encore une fois c’est pour ça qu’on met tellement d’emphase sur la responsabilité des gens pour aider à prévenir » déclare le Dr Isabelle Picard, vétérinaire au ministère de l’Agriculture des pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) en entrevue.

Les acteurs de l’industrie de la plume se rabattent sur des protocoles de biosécurité pour empêcher la contamination entre les poulaillers. Pour éviter de propager le virus, les éleveurs doivent méticuleusement désinfecter l’équipement (bottes et gants compris) qui entre et sorte d’un poulailler. À ce jour, l’ACIA n’a répertorié aucune transmission d’une ferme à l’autre, cela démontre que les protocoles fonctionnent.

 En plus, lorsque l’on détecte un cas, une prémisse d’infection (PI) est déclarée. Cette zone établit un périmètre autour du lieu d’infection qui peut s’étaler jusqu’à 5 km. À l’intérieur de cette zone, tous sont considérés comme infectés. Puis, une deuxième zone, la zone de contrôle primaire (ZCP), est formée autour de la zone d’infection. Le périmètre peut se déployer jusqu’à 10 km de la bordure de la PI. Aucun oiseau, sous-produits de la volaille (œufs compris) ou matériel qui a pu être en contact avec des oiseaux ne peut sortir, entrer ou bouger à l’intérieur de cette zone de contrôle.  

Une grippe mortelle… et sans traitement

Cette maladie est semblable à la grippe chez les humains, car elle mute constamment. Chaque année, une nouvelle forme de cette grippe émerge. Par contre, elle devient de plus en plus virulente… et mortelle. Il existe des antiviraux contre la H5N1, mais seulement pour l’homme. Il n’y a aucun vaccin reconnu par l’Office international d’épizooties (OIE), une organisation mondiale qui contrôle la santé animale.

À l’image de la situation chez les humains, le développement d’un vaccin est une course annuelle. Les entreprises pharmaceutiques tentent de fabriquer un vaccin qui pourra contrer les mutations imprévues du virus… Cela explique que le taux d’efficacité des vaccins contre la grippe humaine n’est jamais de 100 %. Peu cherche à faire cette même course pour sauver des oiseaux.

Mais ça, c’était avant. La grippe aviaire devient inquiétante. Les épidémies de H5N1 sont plus fréquentes. Autrefois, la maladie atteignait seulement quelques oiseaux sauvages et elle ne se répandait pas autant. La France envisage sérieusement de se doter d’un vaccin contre la grippe aviaire. L’un deux seraient en phase d’expérimentation.

Même si l’inoculation devenait accessible, l’OIE devrait d’abord l’approuver pour que les producteurs canadiens y aient recours. Sinon, les oiseaux et leurs œufs ne pourront plus être exportés. En 2021, les exportations canadiennes de ces produits ont généré 140 457 M$.

En attendant

Pour l’instant, les producteurs de volailles ou d’œufs ne peuvent faire qu’une seule chose: limiter les dégâts. Lorsque le virus entre dans un enclos, l’élevage est condamné tellement le virus est mortel. 

« Le virus circule tellement efficacement chez les oiseaux qu’on n’est pas capable de faire une ségrégation, de dire : là, voici les oiseaux sains qui ne représentent pas de risque pour la santé de la volaille au Canada. Les mettre dans un coin n’est pas possible, le virus est vraiment extrêmement efficace. Si on avait d’autres options, c’est très clairement vers les autres options qu’on irait » affirme la Dr Isabelle Picard. 

Pour l’animal encore en vie, mais très certainement contaminée, l’euthanasie est la chose la plus « humaine ».

« L’euthanasie, quelque part, va causer moins de dommage en termes de bien-être animal que de laisser la maladie progresser… »

Dr Isabelle Picard

Quoi faire

Pour les propriétaires d’oiseaux, domestiques ou sauvages, il faut surveiller un changement dans le comportement de l’animal. La grippe aviaire peut causer un manque d’appétit et d’énergie, des signes nerveux voire un problème de coordination. Elle peut aussi se manifester par un changement physique tel qu’une enflure de la tête, des paupières, de la crête, de la caroncule ou des jarrets. Aussi, une diarrhée, des éternuements ou de la toux sont des signes de la maladie chez l’oiseau. Finalement, une diminution dans la ponte d’œufs, la pointe d’œufs à coquille molle ou sans coquille est aussi à guetter.

Le virus peut se présenter sans signe apparent. Donc, un indice sérieux est la mort subite d’une bête ou l’augmentation de décès dans un troupeau. Il est conseillé de contacter un vétérinaire. De plus si un propriétaire suspecte la présence du virus dans son élevage, il doit communiquer avec le ministère de l’Agriculture de l’alimentation et des Affaires rurales au 226 217-8022, de 8 h à 18 h (HNE ou au [email protected]ection.gc.ca )

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