Volume 39 Numéro 2 - Le 24 septembre 2021

Quelques pensées autour du 25 septembre


Photo : Roxanne Lormand © Agricom


Par : Monsieur Jean Poirier, Alfred, ON pour Agricom

Quelques jours après une élection fédérale pas du tout comme les autres auparavant, -mais avec un résultat assez similaire- les francophones de ce pays, hors Québec et même au Québec, ont raison de continuer à se poser des questions, surtout existentielles.

Plusieurs furent déçus par la nature des soi-disant débats entre les chefs de partis, par le floue des tentatives de réponses, quand il y a eu réponse, par les virements d’opinions sur les chapeaux de roues, par l’évacuation de dossiers majeurs, etc.

Deux grands dossiers parmi tant d’autres ont fait l’objet encore une fois de peu d’intérêt de la part des partis politiques: l’agriculture et la francophonie.

En 2021, l’agriculture fait face à des défis de plus en plus pressants et complexes. Les producteurs doivent composer, entre autres, avec le réchauffement climatique toujours plus dévastateur, des normes environnementales de plus en plus sévères, le manque de main-d’œuvre chronique, une relève incertaine, des marchés volatils, une mondialisation réductrice.  Mais quel avenir se dessine pour nous?  Et les fermes familiales dans tout ça? Comment peut-on planifier l’avenir devant tant d’incertitude, d’évolution éclair, pour ne pas dire révolution?

Un pays qui ne comprend pas le caractère essentiel, qui ne protège pas adéquatement son secteur agricole, sa ruralité, et pire, qui le prend pour acquis, est voué à sombrer dans la dépendance de l’extérieur, avec tous les dangers rattachés. De tels exemples sont nombreux.

On ne peut que constater avec regret que l’agriculture est loin d’être au centre des préoccupations des élu(e)s de toute tendance, et ce, à tous les niveaux.  Pour eux, l’agriculture semble être un dossier peu «rentable» politiquement.  Combien de voix pesons-nous dans leur pondération?

Il y a quarante-cinq ans, alors coordonnateur du programme fédéral de l’Inventaire des terres du Canada, je notais que seulement trois pour cent des terres du pays étaient propices à l’agriculture. Récemment, je lisais qu’un grand journal quotidien recommandait fortement aux très riches d’inclure des terres agricoles dans leur portefeuille d’investissements. De plus, de nombreux investisseurs étrangers accaparent nos terres avec l’appui d’agents immobiliers locaux. Même si quelques gouvernements ont adopté des lois de protection des terres agricoles, on ne peut que regretter leur laisser-faire face à cette enchère des prix et de l’étalement urbain, au détriment des producteurs agricoles et de leur relève. Pas d’agriculture, pas d’avenir pour le pays.

Dans cette campagne électorale, les francophones du Canada auront compris, encore une fois, que l’enjeu de leur avenir pèse peu dans les programmes politiques. En politique, le poids démographique d’un groupe quelconque est directement lié à l’intérêt que voudront bien y porter les élu(e)s. C’est avant tout le poids du pourcentage des nombres qui compte, et non les nombres comme tels. Nous ne sommes que des pions dans un jeu d’échecs politique.

On a vu un Canada tristement et profondément divisé en deux solitudes face à la perception des mesures entreprises pour défendre et promouvoir notre langue et notre culture. La dureté, l’âpreté de sentiments exprimés au Canada anglais révèlent une incompréhension regrettable, un refus même, des choix que nous devons entreprendre pour que nous prenions Notre place, comme le chantait le regretté Franco-Ontarien Paul Demers.

Le 25 septembre, en cette Journée des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes, que nous soyons de souche ou nouvellement arrivés, prenons un moment pour réfléchir à notre avenir, collectivement et individuellement.   Une collectivité vibrante est la somme totale d’individus en santé, dont culturelle.

Je lève mon verre de lait à nous tous et toutes.  Vive l’Ontario français, vive la francophonie, vive la vie agricole.

Jean POIRIER, Alfred Ontario

Membre d’honneur, Union des cultivateurs franco-ontariens ; Ancien président, Assemblée de la francophonie de l’Ontario (anc. ACFO) ; Ancien député, Assemblée législative de l’Ontario

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