le Dimanche 19 juillet 2026
le Mercredi 8 avril 2026 15:00 Économie et politique

Carburant et transport : crise à retardement dans les fermes

Pour préparer les semis, les agriculteurs devront dépenser beaucoup en carburant ce printemps.  — PHOTO : Envato
Pour préparer les semis, les agriculteurs devront dépenser beaucoup en carburant ce printemps.
PHOTO : Envato

La flambée des prix de l’énergie rattrape les fermes ontariennes. Entre résilience et inquiétude, les agriculteurs composent avec une crise dont les effets les plus durs restent à venir.

Carburant et transport : crise à retardement dans les fermes
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À première vue, tout semble sous contrôle. Dans plusieurs fermes, les engrais ont été achetés à l’avance, les approvisionnements sécurisés. Mais derrière cette apparente stabilité, une pression monte, alimentée par la hausse rapide du diesel et du transport, liée à la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz.

À Curran et Pendleton dans l’Est ontarien, Philippe Henrard, copropriétaire de la Ferme Henrard et Fils et de Léon Delorme Limitée, observe les premiers signes d’un choc économique. «Au niveau des engrais, ce n’est pas trop mal parce qu’on avait acheté avant la hausse. Pratiquement tous les engrais sont déjà rentrés à la ferme. Ceux qui n’ont pas acheté vont être fort affectés», explique-t-il.

Mais le répit est de courte durée. «Maintenant, c’est la hausse du diesel qui va nous faire vraiment mal», poursuit Philippe Henrard. Contrairement aux engrais, aucun contrat n’avait été fixé à l’avance. Ses livraisons, effectuées deux fois par semaine, coûtent ainsi «près de 70 % de plus que l’année passée». Une réalité difficile à absorber pour une entreprise qui consomme entre 10 000 et 15 000 litres de diesel par semaine.

Cette hausse survient à un moment critique. Les travaux de préparation des sols, essentiels avant les semis, exigent une importante consommation de carburant. «On n’a pas le choix de continuer comme on fait. On a labouré nos terres, donc il faut les préparer au printemps pour pouvoir semer», souligne Philippe Henrard.

Dans ses sols sablo-limoneux, le travail mécanique est indispensable pour réchauffer la terre. Réduire les opérations n’est pas une option. «Il n’y a pas de remède automatique pour diminuer les coûts drastiquement.»

Même les ajustements agronomiques comportent des risques. Semer des variétés de maïs plus hâtives pourrait réduire les besoins en séchage au propane, mais au prix d’un potentiel de rendement plus faible.

Tôt ou tard, les hausses finiront par se répercuter sur le consommateur, parce que le fermier ne peut pas toujours tout absorber.

— Philippe Henrard

Marcel Laviolette, producteur avicole à St-Isidore, dans l’Est ontarien

PHOTO : Courtoisie

« Entre 2000 et 2500 $ de plus par semaine »

Au-delà du carburant utilisé aux champs, le transport devient un facteur de coût majeur. « Faire venir les semences de pommes de terre du lac Saint-Jean ou expédier le maïs et le soya au Québec coûte beaucoup plus cher », note Philippe Henrard.

Un constat partagé par Marcel Laviolette, producteur avicole à Saint-Isidore. Si le propane est en partie protégé grâce à des achats anticipés, le transport, lui, échappe à tout contrôle. «Ça nous coûte entre 2000 et 2500 $ de plus par semaine», affirme-t-il, en référence à la collecte et à la distribution des œufs dans un rayon de 200 km.

Dans les élevages, l’impact direct varie. Le chauffage des poulaillers reste par exemple limité dans les coûts globaux. Mais les effets indirects s’accumulent, notamment via l’alimentation animale. «Si la moulée augmente beaucoup, ça va se répercuter dans nos prix», souligne Marcel Laviolette.

Dans ce contexte, le système de gestion de l’offre agit comme un amortisseur partiel, permettant d’ajuster les prix en fonction des coûts de production. Mais il ne fait pas disparaître la pression sur la rentabilité.

Pour les producteurs, la facture devra être partagée. «Tôt ou tard, les hausses finiront par se répercuter sur le consommateur, parce que le fermier ne peut pas toujours tout absorber», affirme Philippe Henrard.

Pour l’instant, les impacts au quotidien restent limités mais l’inquiétude est réelle. «Pas grand-chose n’a changé… mais les larmes vont venir plus tard.»