La tradition orale franco-ontarienne est riche de centaines de mots et expressions qui résonnent encore, tout particulièrement en milieu rural. La mission de ma chronique La Parlure sera de vous les faire découvrir. Je choisirai avec soin du parler bien de chez nous qui a piqué ma curiosité. Et bien sûr, vos suggestions sont les bienvenues!
« Aller s’encanter »
Signification : se reposer, s’installer confortablement dans un fauteuil, un lit ou n’importe quel lieu qui vous semble propice à relaxer!
Dans son livre Mon terroir à nous, l’autrice Florence Serré, originaire de Désaulniers près de Sudbury, nous propose l’exemple suivant : «On va aller s’encanter un peu après l’dîner» en allusion à une petite sieste.
Voici d’autres exemples :
«Il cale son verre de jus d’orange, puis s’encante dans son fauteuil en attendant l’arrivée du repas.»
«Après une longue journée aux champs, elle s’encante sur le sofa sans même enlever ses bottes.»
Selon le Dictionnaire de l’Académie française, encanter est un ancien mot français conservé dans le français canadien. À l’origine, il signifiait «mettre de chant», c’est-à-dire placer quelque chose sur son côté ou l’incliner.
Ce sens, présent encore dans certains parlers régionaux de France, a traversé l’Atlantique avec les premiers colons. Plus tard, on disait aussi encanter un malade, c’est-à-dire le relever ou le mettre en position inclinée dans son lit. De cet usage est né le verbe pronominal s’encanter, qui signifie aujourd’hui «se caler confortablement» ou «s’installer à son aise».
On associe parfois ce mot de l’anglais to cant, qui signifie «pencher», mais il s’agit davantage d’une parenté historique que d’un emprunt direct.
Personnellement, je trouve que s’encanter est une expression imagée. C’est le moment où l’on retire ses bottes après une longue journée dans les champs, où l’on s’installe dans sa chaise et où l’on s’étend enfin, une fois toutes les tâches de la journée terminées.
Sur ce, je vais aller m’encanter sur mon lit!
Si vous avez d’autres expressions à me suggérer, je vous invite à m’écrire au : [email protected]
Petar Seslija est journaliste stagiaire au Journal Agricom.