Pendant de longs mois en 2025, des éclosions successives de grippe aviaire ont fait exploser le prix des œufs aux États-Unis. Généralement peu chers, les œufs ont momentanément pris un statut d’aliment politique, alors que leur prix a largement dépassé les 8 dollars US la douzaine en février 2025. Les œufs sont alors devenus un symbole des effets pervers de l’inflation, canalisant la grogne populaire et accaparant une place disproportionnée dans l’actualité.
Depuis, la pression de l’influenza aviaire s’est calmée. Pendant les semaines de hauts prix, les profits mirobolants générés par certaines entreprises ont soutenu la reconstitution du cheptel. Rapidement, le prix des œufs a retrouvé son niveau usuel.
Les œufs ne sont plus un aliment politique. Le bœuf leur a succédé.
En février 2025, le prix de la douzaine d’oeufs a grimpé au-delà des 8 $ US aux États-Unis.
Les Américains sont de grands consommateurs de bœuf. Lorsque son prix augmente comme il l’a fait au cours des dernières années, il devient, comme les œufs l’ont été, un déversoir de grogne populaire. Rien de mieux pour ébranler les pouvoirs publics.
Avec la hargne et la confusion qui ont fait sa réputation, le président Trump a voulu prendre le parti des citoyens à l’automne 2025 en vilipendant sévèrement la communauté bovine américaine. Il lui a intimé de baisser le prix du bœuf pour soulager le consommateur.
Ce n’est pas si simple : les prix actuels sont le résultat d’années de baisse de cheptel, notamment en raison de sécheresses dans de grandes zones de production.
Or, la solution aux prix élevés réside paradoxalement dans des prix encore plus élevés, pour favoriser la reconstitution du cheptel et éventuellement accroître l’offre. La diatribe présidentielle a provoqué l’effet inverse. Tant et si bien que le cheptel ne se reconstruit pas. Le bœuf est encore cher.
En février, Donald Trump a signé un décret qui multiplie par cinq le quota d’importation de bœuf argentin vers les États-Unis. L’impact de 80 000 tonnes métriques (TM) de bœuf argentin supplémentaires aux États-Unis sera anecdotique, ne représentant que moins de 1% des 13 000 000 TM consommées annuellement aux États-Unis.
Alors que les prix des produits bovins demeurent à des niveaux stratosphériques, la classe politique américaine a choisi de prendre pour cible les géants de la transformation bovine. Sous le feu des projecteurs, les quatre grands (JBS, Cargill, Tyson, National Beef) n’en ont pas fini avec les foudres de la classe politique, qu’elles soient justifiées ou non.
Entretemps, les fondamentaux ne changent pas : le cheptel de vaches de boucherie demeure bas, alors que les producteurs américains préfèrent vendre leurs taures sevrées aux parcs d’engraissement plutôt que d’agrandir leur cheptel reproducteur.
Non seulement la profitabilité de la production vache-veau est-elle excellente, l’effet percole jusque dans le secteur laitier, où la valeur des bovins de réforme et des petits veaux laitiers continue de croître à un rythme inédit. N’eut été de l’avancement technologique que représentent les semences sexées en production laitière, on imagine à peine le niveau que les prix auraient atteint.
Concluons sur une parenthèse laitière : la hausse des prix des animaux vendus par les producteurs laitiers est captée par les enquêtes de coût de production de la Commission canadienne du lait, y provoquant un effet baissier non négligeable. Cet effet sera-t-il compensé par d’autres postes de dépenses qui eux sont à la hausse, qu’il s’agisse des carburants ou des fertilisants? On le saura à l’automne 2026, lors de l’annonce de l’ajustement de prix annuel du lait.
Vincent Cloutier est économiste agricole à la Banque Nationale.