le Samedi 20 juillet 2024
le Mercredi 29 mai 2024 10:55 Collaborateur

Sécheresses et inondations – y faire face au champ!

Champ de soya inondé
Champ de soya inondé
Les épisodes de sécheresse et d’inondations sont de plus en plus fréquents. Ces variations extrêmes dans le climat causent un défi énorme aux producteurs agricoles, et les solutions pour diminuer les impacts impliquent souvent d’améliorer la santé des sols.
Sécheresses et inondations – y faire face au champ!
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Goutte à goutte pour l’ail

Les cellules des plantes ont besoin de l’oxygène, de l’eau et des éléments nutritifs du sol. En sol sec, l’eau peut manquer; à l’autre extrême, en sol saturé d’eau, l’oxygène est restreint. L’une ou l’autre de ces situations ralentit ou paralyse les processus biochimiques vitaux pour la plante. Un sol sain, à capacité au champ, possède 25% de pores remplis d’air, et un autre 25% de pores remplis d’eau; une situation idéale à conserver pour la croissance des cultures.

Drainage et irrigation

En période de sécheresse, il est évident que l’utilisation fréquente du système d’irrigation accroît l’eau utile au sol. Pour l’économie d’eau, on préfère le système goutte à goutte plutôt que le système par aspersion. En période d’inondation, un drainage efficace en surface et souterrain réduira la durée de saturation du sol et le manque d’oxygène pour les racines. 

Ces systèmes doivent être appuyés par un sol sain, qui possède des caractéristiques et conditions favorables pour soutenir la croissance des plantes.

Santé du sol et résilience

Pour se protéger contre les conditions extrêmes sèches ou trop humides, il faut une structure de sol stable, éviter tout sol compacté et conserver ou augmenter la quantité de matière organique du sol.

La structure du sol, soit le regroupement des particules de sable, limon, argile et matière organiques, détermine les espaces poreux du sol. Une bonne structure stabilise le sol et améliore la rétention d’eau, le drainage, et même l’aération qui s’effectue par les pores plus gros (≥75 microns). 

Pour favoriser une bonne structure du sol, il faut moins le travailler, garder le pH près de la neutralité, avoir un bon taux de calcium, et conserver le plus possible de matière organique et de vie dans le sol.

Un sol compacté et dense contient moins d’air (d’oxygène) pour les racines, retient moins d’eau, empêche les racines de pénétrer facilement, ne permet pas un bon drainage et il est plus propice à l’érosion. Les cultures en sol compacté sont plus sensibles à la sécheresse et l’eau en surplus se drainera moins bien, rendant la culture plus fragile à l’érosion en période d’inondation. De nombreux sols en Ontario et au Québec souffrant de compaction pourraient être améliorés.

Matières organiques et résilience

L’augmentation de matière organique permet en général d’augmenter l’eau utile contenue dans le sol. Même si l’augmentation de matière organique est nettement plus bénéfique sur des sols qui en contiennent peu, tout ajout peut rendre les systèmes agricoles plus résilients face aux changements climatiques. 

On a démontré qu’un sol qui passe de 1 à 2% de matière organique conserve presque trois litres de plus d’eau par pied cube de sol (225 000 litres/hectare de plus). Plus un sol est léger, plus l’augmentation de matière organique est profitable à cet égard.

Les pratiques de travail minimal du sol, de laisser plus de résidus de culture, d’ajouter des amendements organiques, de maintenir des cultures de couvertures, d’ajouter des engrais verts et d’exploiter des cultures mixtes peuvent augmenter la matière organique du sol. Un effet positif pourra aussi être observé sur le contenu nutritionnel des récoltes, la biodiversité et la diminution de maladies des cultures.

Assurance-sécheresse

La conservation ou l’augmentation de la matière organique du sol, la réduction de la compaction et l’amélioration de la structure du sol peuvent apporter une certaine assurance contre les effets des sécheresses et des accumulations d’eau. Les fréquences d’irrigation seront réduites et les rendements connaîtront une croissance lors des saisons plus sèches ou plus pluvieuses; de grands bénéfices payants à long terme!

Simon Lachance et Philip Lavoie sont professeurs en Techniques agricoles au Collège La Cité. Philip est aussi membre du Groupe Bovi-Expert.