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le Mercredi 22 octobre 2025 9:27 Gens d'ici

La belle vie, comme un poisson dans l’eau!

La ferme La belle vie est située dans la région de Sudbury.
La ferme La belle vie est située dans la région de Sudbury.

À Saint-Charles, à l’est de Sudbury, la ferme de Denis Turcot et Anne Hamilton est un curieux mélange symbiotique dans lequel des poissons contribuent à la culture de légumes en circuit fermé. L’aquaponie, vous connaissez?

La belle vie, comme un poisson dans l’eau!
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Bien que modestes, les installations dédiées à l’aquaponie sont fascinantes. À la ferme La belle vie, dans une serre à l’abri des caprices de la météo, des plantes, principalement de la laitue et des herbes, poussent dans une installation verticale, les pieds dans l’eau… où nagent une dizaine de truites arc-en-ciel!

Oubliez le joli aquarium du salon; l’aquaponie suggère l’utilisation d’une approche plus fonctionnelle. 

« Dans une installation aquaponique, les poissons vivent dans un aquarium et leurs excréments contiennent des nutriments essentiels à la croissance des plantes », indique Anne Hamilton. « Au lieu d’utiliser de la terre, les plantes poussent dans une eau riche en nutriments provenant de l’aquarium. » 

L’intérêt de ce système réside dans son efficacité et sa durabilité. Les excréments des poissons s’accumulent dans l’eau, qui est ensuite pompée vers un filtre biologique, où des bactéries transforment les excréments des poissons en nutriments que les plantes peuvent absorber. L’eau atteint ensuite les racines des plantes qui, en retour, contribuent à la purifier en absorbant ces nutriments, créant ainsi un écosystème en boucle fermée.

Anne Hamilton est à même de constater que cette relation symbiotique se traduit par une croissance plus rapide des plantes, des poissons en meilleure santé et une consommation d’eau réduite par rapport aux méthodes d’élevage traditionnelles. 

« L’aquaponie offre une solution peu encombrante, permettant d’élever des poissons et de faire pousser des légumes dans un espace relativement restreint, ce qui la rend idéale pour les environnements intérieurs des climats nordiques. » Si l’hydroponie traditionnelle se fait habituellement à l’aide de nutriments achetés, l’agricultrice estime que cette façon de faire est moins naturelle.

Ici, ces plantes ne poussent pas dans la terre, elles ont les pieds dans l’eau!

Encore du travail

Bien que son système roule rondement, Mme Hamilton croit qu’il y aurait un projet de recherche à faire éventuellement pour automatiser le système, prendre des notes scientifiques et améliorer les processus.

« Toute notre laitue est vendue au Collège Boréal pour la cafétéria, mais l’opération n’est pas rentable. On a besoin d’optimiser le système. L’installation de culture verticale a été conçue par nous-mêmes, l’eau est réutilisée pour la serre et le verger. »

Pour le moment, l’entreprise fait une mise en marché encore modeste de ses produits à base de camerises: jus, baies congelées, confitures et sauces, notamment. On retrouve ces produits transformés principalement au Marché à Sudbury et ils sont aussi disponibles pendant les Fêtes dans les marchés de Noël. « Notre objectif est de placer nos produits dans une vingtaine de magasins au détail », indique Anne Hamilton.

Anne Hamilton croit qu’il est encore possible d’améliorer les processus en culture aquaponique. 

Changement de cap

Pendant des années, voire même des générations, les parents et les ancêtres de Denis Turcot élevaient des bœufs sur la ferme familiale. Mais quand le jeune couple a repris l’entreprise, un vent de changement a soufflé sur la petite ferme: les bovins ont cédé leur place aux baies!

« On n’était pas intéressé à poursuivre l’élevage bovin, explique Anne. Il y a trop de fluctuations dans les prix et ce n’est pas dans nos valeurs. Nous, on voulait innover, ajouter à l’offre du Nord, et surtout nourrir. On voulait créer une entreprise qui pourrait se transmettre à nos enfants. »

Les serres ne sont pas accessibles au public pour des raisons de salubrité, mais les champs le sont l’été, durant la période de l’autocueillette. La ferme compte une dizaine d’acres de champs consacrés aux camerises et 25 autres de forêts où l’on trouve des arbres fruitiers, ce qui en fait le deuxième plus grand producteur de camerises du nord de l’Ontario.

On y trouve aussi une culture de camerises. 

L’or bleu

C’est en 2012 que le couple cultive ses premiers plants de camerises, un petit fruit qui ressemble à un bleuet allongé. D’entrée de jeu, la partie ne sera pas facile: la camerise pousse en zone 2, tandis que la ferme de Saint-Charles est en zone 4. 

De plus, cultiver la camerise exige de la patience: il faut une bonne dizaine d’années pour que la récolte atteigne le seuil de la rentabilité. Mais contrairement à d’autres arbustes de fruits sauvages éphémères, les plants de camerisiers peuvent rester productifs pour 60 ans.

Passionnés par les plantes et la vie rurale, Anne et Denis veulent à la fois nourrir et éduquer. « Il y a plus d’antioxydants dans la camerise que le bleuet », dit-elle en exemple. D’ailleurs, la cultivatrice est d’avis qu’il faudrait plus de recherches sur les cultures viables du nord.

« Ici, on ne trouve pas beaucoup de producteurs de fruits et de cultures vivaces, souligne-t-elle. On peut optimiser la culture des fruits du nord avec des biostimulants. L’agriculture est en croissance dans le nord de l’Ontario, il y a un besoin soutenu; pourtant, on est 20-25 ans en retard ici. » Trouver de la main-d’œuvre est aussi un défi à l’extérieur des villes de North Bay et Sudbury.

Une approche naturelle

Pour protéger ses petits fruits des oiseaux, le couple a installé un filet, qui a vite été retiré parce qu’il causait trop de mortalité chez les petits voleurs ailés. 

« Je suis allée lire sur un site web qui suggère d’attirer les oiseaux de proie, raconte Anne. Ils utilisent les poteaux comme perches et éloignent les petits oiseaux. Maintenant, on a une plus belle diversité d’oiseaux, ils mangent les insectes. »

Puisqu’il faut boucler les fins de mois, Anne est enseignante le jour au primaire. Elle a appris le français grâce à un programme d’immersion française près d’Ottawa. « La famille de ma mère est francophone. Mes enfants vont à l’école française et parlent les deux langues à la maison. »

Ses enfants constituent la quatrième génération de la famille Turcot sur la terre ancestrale. À 8 et 12, ils apportent leur aide et commencent à s’intéresser aux métiers de la terre. À l’âge adulte, reprendre l’entreprise familiale pourrait être une belle porte d’entrée en agriculture. Ayant grandi dans un environnement stimulant, ils auront une longueur d’avance pour faire fleurir l’entreprise. 

Ce reportage a été réalisé avec une aide financière de Financement agricole Canada.