Du pâturage à l’assiette, l’agneau version Est ontarien
Marc-Olivier Bisson, Le Droit/Agricom
Ludovic et Jennifer Villeneuve se sont connus à l’émission L’amour est dans le pré. Ils ont aujourd’hui six enfants et… 200 brebis!
PHOTO : Marc-Olivier Bisson
À Saint-Eugène, dans l’Est ontarien, la Bergerie Jenovic mise sur le pâturage, la planification des naissances et la vente directe pour faire une place à l’agneau local dans l’assiette des consommateurs.
Du pâturage à l’assiette, l’agneau version Est ontarien
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En ce matin d’hiver, sur les 450 acres de terrain de la Bergerie Jenovic, tout est blanc, silencieux, immobile. Nous sommes à un jet de pierre de la frontière du Québec, non loin du village de Saint-Eugène, dans la municipalité de Hawkesbury Est.
Lorsque j’arrive sur les lieux, Ludovic et Jennifer Villeneuve, les propriétaires de la bergerie, m’accueillent avec un sourire franc. Ils ne sont pas seuls: une chienne de montagne des Pyrénées, blanche comme la neige, s’avance vers mon véhicule et s’assoit à quelques mètres de moi, attentive.
Ils m’expliquent qu’il s’agit d’Arya, une chienne de protection du troupeau. Son rôle est de veiller sur les moutons lorsqu’ils sont au pâturage, durant la belle saison. Elle m’observe sans bouger, attendant le signal de ses maîtres avant de me considérer comme inoffensif.
Si vous avez l’impression de déjà connaître Ludovic et Jennifer, c’est peut-être parce que vous avez suivi l’émission L’amour est dans le pré. Ils se sont rencontrés lors de la troisième saison. Et à l’automne 2023, ils ont accueilli leur sixième enfant!
Les moutons élevés à la Bergerie Jenovic sont de race Katahdin, reconnue pour sa résistance naturelle aux parasites. Cette race s’adapte particulièrement bien au pâturage et au travail avec les chiens.
PHOTO : Marc-Olivier Bisson
L’hiver à l’intérieur
Nous entrons à l’étable, où près de 200 moutons passent l’hiver ensemble, à l’abri. En saison estivale, le troupeau pâture directement dans les champs de la ferme.
À peine avons-nous franchi la porte que les bêlements remplissent l’espace. Certains moutons s’éloignent nerveusement, d’autres restent immobiles et observent les visiteurs avec curiosité.
«Ce sont des animaux anxieux par nature, explique Ludovic. Mais ici, ils sont en sécurité. Ils sont protégés par les chiens, ce qui permet de réduire leur stress au minimum.»
Pour attirer le troupeau, le producteur saisit une pelle et commence à disperser de l’ensilage de foin le long de l’enclos. Aussitôt, les moutons s’approchent du grillage, allongent la tête et trient minutieusement leur nourriture. Les morceaux les plus fins disparaissent en premier.
«Les moutons sont très sélectifs, dit-il en souriant. Ils choisissent toujours ce qu’il y a de meilleur avant le reste.»
L’hiver, les moutons ont accès à des aliments de qualité, mais à la Bergerie Jenovic, le pâturage occupe une place centrale dans le modèle de production. Dès que la saison le permet, les moutons se nourrissent directement dans les champs. «Tout commence avec le sol, explique Ludovic. Un sol en santé donne des aliments plus nutritifs. Les animaux vont mieux. Et le produit final aussi. Ça se goûte ensuite dans l’assiette.»
À la Bergerie Jenovic, les chiens travaillent! Ils sont essentiels pour éloigner les prédateurs comme les coyotes.
PHOTO : Marc-Olivier Bisson
Les chiens de troupeau jouent un rôle central dans l’équilibre de la ferme. Au pâturage, ils sont toujours deux avec le troupeau. Le résultat est sans équivoque: aucune perte liée aux prédateurs.
«Un bon chien peut remplacer trois ou quatre personnes autour des moutons», souligne Jennifer, rappelant que ce partenariat améliore autant le bien-être animal que la qualité de vie humaine.
L’agnelage selon mère Nature
Une fois les animaux rassasiés, l’étable devient plus calme. Les brebis gestantes se déplacent plus lentement, le ventre bien arrondi.
Les brebis donnent en moyenne entre 1,7 et 1,8 agneau par année. La plupart auront donc des jumeaux. Les naissances sont concentrées en hiver, une stratégie qui permet de mieux répartir le travail, tout en respectant le rythme naturel des animaux.
«On vise un agnelage en février et mars. Ça nous permet de mieux planifier la saison et d’avoir des animaux prêts pour la mise en marché. Mais avec le vivant, il y a toujours des surprises», confie le producteur.
Le Bergergie Jenovic mise le plus possible sur le pâturage, comme moyen écologique de nourrir ses moutons. L’hiver, cependant, les bêtes sont à l’intérieur, nourries à l’ensilage de foin.
PHOTO : Marc-Olivier Bisson
À l’arrière de l’étable, un espace distinct attire l’attention. Quelques agneaux nouveau-nés, minuscules et encore maladroits, suivent leur mère de près. Certains n’ont que quelques jours. Malgré leur jeune âge, ils sont étonnamment vifs.
«Les agneaux sont très curieux. S’ils s’éloignent trop vite, ils peuvent perdre l’odeur de leur mère et celle-ci pourrait refuser de les nourrir», explique Ludovic.
Un goût local à découvrir
Certains agneaux sont vendus à d’autres producteurs, certains passent par l’encan, tandis qu’une partie est réservée à la vente directe sous forme de coupes de viande.
Au pâturage, la croissance des agneaux prend plus de temps qu’à l’étable. Ceux destinés à l’encan sont prêts entre trois et six mois, alors que les agneaux vendus directement aux consommateurs, sous forme de viande, atteignent plutôt six à neuf mois. Avec un troupeau d’environ 200 brebis, la ferme produit près de 350 agneaux par année.
Selon Ludovic et Jennifer Villeneuve, une grande part du défi de l’agriculture ovine demeure l’éducation des consommateurs. «L’agneau est vendu presque au même prix que certaines coupes de bœuf, et pourtant, il demeure méconnu, souligne Jennifer. Souvent, le goût de l’agneau est associé à celui des produits importés, notamment de Nouvelle-Zélande, où les animaux sont abattus plus vieux, ce qui donne une viande au goût plus prononcé».
La Ferme Jenovic tire une importante part de ses revenus de travaux à forfait effectués dans les champs d’autres producteurs.
PHOTO : Marc-Olivier Bisson
«Les gens disent que ça goûte fort, mais quand on creuse, on se rend compte que ce qu’ils ont mangé n’était pas de l’agneau local de l’année», explique Ludovic, qui décrit l’agneau produit ici comme une viande jeune, plus douce et facile à digérer.
Pour familiariser les consommateurs, la ferme mise notamment sur les marchés agricoles, comme celui de Cumberland, en proposant des produits accessibles comme des saucisses, burgers, brochettes ou coupes marinées. «L’idée, c’est de faire goûter pour convaincre», résume Jennifer.
Travaux à forfait
Au-delà de l’élevage ovin, la Bergerie Jenovic tire une importante part de ses revenus de travaux à forfait qu’elle effectue dans les champs d’autres producteurs. En 2025, ces travaux (semis, battage, récolte de foin) se sont étendus sur plus de 3000 acres. En 2026, le producteur souhaite doubler ces superficies.
Ce reportage a été réalisé avec une aide financière de Financement agricole Canada