Joyce Beauchamp a voulu consigner la mémoire des agriculteurs du nord de la province avant que leur histoire ne tombe dans l’oubli.
« Sudbury comptait une énorme population de travailleurs des mines », raconte-t-elle, « et à l’époque, on devait faire venir le lait du sud de la province. En été, le lait tournait et en hiver, il gelait. On a donc encouragé l’établissement de fermes laitières. À une époque, on en comptait 400; aujourd’hui, il n’en reste que deux. »
Pour l’amour de la ferme
À la retraite, Joyce quitte la région de Barrie pour s’installer à West Nipissing, où elle entreprend une carrière dans l’immobilier. Rapidement, elle remarque la présence de belles granges qui semblent toutes avoir une histoire à raconter.
« Je me suis rendue à la Coop régionale et on a lancé l’idée de faire un calendrier avec les photos de 79 granges de la région. J’ai approché les agriculteurs et j’ai réalisé qu’ils détenaient chacun un bout d’histoire qu’il fallait absolument consigner pour la postérité. Après le projet de calendrier, j’ai entrepris de rencontrer une trentaine d’agriculteurs et j’ai recueilli leurs propos », indique-t-elle.
Ainsi commence un voyage dans le temps. Au fil des pages, on apprend que l’office de commercialisation du lait qui régit les producteurs canadiens est né ici. Que des agriculteurs québécois incapable de trouver des terres dans leur province natale se sont expatriés aux États-Unis, avant d’être invités à s’établir dans le nord de l’Ontario par un curé de Verner. Et que beaucoup d’idées nouvelles en agricultures dans la région sont venues d’une femme, Janet Parson, qui aime faire les choses différemment.
Les temps changent
Climatosceptique, Joyce n’en rapporte pas moins les propos d’agriculteurs qui ont été témoins du réchauffement climatique qui affecte le nord: « Un agriculteur me racontait que plus jeune, il faisait du ski de fond dans son champ en octobre; aujourd’hui, il cultive du maïs, du canola et des fèves de soja. »
Normand Delorme représente la 3e génération d’agriculteurs dans sa famille.
Normand Delorme est de ceux qui ont livré un témoignage pour la rédaction du livre. Propriétaire de la ferme Nordia -contraction de Normand et Diane, son épouse-, il est lui-même fils et petit-fils d’agriculteur.
« Mon grand-père Herménégilde a quitté Clarence Creek dans l’Est de la province pour s’établir ici dans la région. Mon père a eu une ferme à Sturgeon Falls, qui est maintenant à mon frère. De mon côté, j’ai travaillé comme mécanicien agricole diplômé avant d’acheter une ferme au Québec. Ça a duré trois ans, puis on a eu le mal du pays et on est revenu à Verner. »
À l’époque de son grand-père, les colons obtenaient 50$ du gouvernement s’ils défrichaient une dizaine d’acres par année et éventuellement, ils obtenaient la propriété de leur terre.
« Mon grand-père a été parmi les premiers à avoir une auto et un tracteur dans le coin », dit-il. « Mon père a acheté une ferme avec deux chevaux et une dizaine de vaches et il a augmenté le nombre de têtes quand les quotas de lait sont arrivés. »
La relève
Aujourd’hui, Normand et son épouse s’apprêtent à céder leur ferme de 1 000 acres à un de leur fils. Les démarches pour la transition sont amorcées. « Je veux continuer d’aider sur la ferme, mais je ne veux plus m’occuper de gestion », dit-il.
Pour sa part, Jean-Noël Beaudry n’a pas eu cette chance, ses deux enfants n’ayant exprimé aucun intérêt dans la reprise de la ferme familiale, vendue à un voisin il y a une trentaine d’années. « Ils n’en voulaient pas et ne le regrettent pas aujourd’hui. »
Son grand-père Sinaï a été le premier à labourer la terre, l’un des premiers à avoir l’électricité à la ferme et à tuiler le champ. Son père Germain a pris la relève, puis Jean-Noël a racheté la ferme en 1975. « J’ai aussi acheté la terre à côté et j’ai bâti ma maison où j’habite encore aujourd’hui. La ferme a beaucoup changé en 30 ans, ma voisine en a fait une exploitation quasi industrielle », indique-t-il.
Bien que Building a Northern farming community- one step at a time soit publié en anglais, il semble qu’une lectrice ait entrepris des démarches pour le faire traduire. Ainsi, on pourra assurer une plus grande diffusion du recueil des mémoires de ceux qui, à la sueur de leur front, ont transformé à jamais le paysage du nord de l’Ontario.
Pour acheter
On peut commander le livre au coût de 32$ (incluant les frais de poste) auprès de Joyce Beauchamp, 134 Glenrock Road, Sturgeon Falls, ON P2B 2M5.
IJL – Réseau.Presse – Agricom